lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 14 juillet 2022 et le 12 avril 2024 sous le n° 2205401, M. B A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2024 de la préfète du Rhône portant rejet de sa demande de titre de séjour et la décision du 3 janvier 2022 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de le convoquer en vue du dépôt d'une demande d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le munir sans délai d'un récépissé l'autorisant à travailler puis de lui délivrer dans le délai d'un mois un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou, subsidiairement, un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros assortie des intérêts légaux capitalisés en réparation des préjudices résultant des décisions attaquées ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de séjour sont entachées d'un défaut de motivation ;
- le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les stipulations du §1 et du §5 de l'article 6 ainsi que l'article 7 bis c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision portant refus de rendez-vous, qui est dépourvue de signature et de motivation et qui résulte d'une erreur de droit dès lors que sa demande n'est ni dilatoire ni abusive.
La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 4 mars 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2024 par une ordonnance du 12 juin précédent.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées par lettre du 4 juillet 2024 de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office que les conclusions dirigées contre le refus de rendez-vous allégué ont perdu leur objet.
II. Par une requête enregistrée le 14 juillet 2022 sous le n° 2205402, M. B A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 5 000 euros assortie des intérêts légaux capitalisés en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive des décisions implicites par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute en lui refusant illégalement un titre de séjour ;
- le préjudice lié aux troubles subis dans ses conditions d'existence peut être évalué à 5 000 euros.
La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 4 mars 2023.
Vu les pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard-Rendolet,
- et les observations de Me Zouine pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Ressortissant algérien né en 1980 et déclarant être entré en France en 2010, M. A conteste les décisions portant rejet de ses demandes de titre de séjour et la décision du 3 janvier 2022 portant refus de le convoquer en préfecture en vue du dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour. Il demande également la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions.
Sur les conclusions de la requête n° 2205401 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'objet des conclusions :
3. Il est constant que, par une décision du 4 mars 2024, la préfète du Rhône a explicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A sur les différents fondements qu'il lui avait soumis et, en particulier, sur le fondement des dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont il entendait se prévaloir lors du rendez-vous en préfecture qu'il a vainement sollicité et dont il a par la suite invoqué le bénéfice en s'adressant par voie postale à l'autorité préfectorale au mois de décembre 2021. Dans ces conditions, les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être regardées comme étant dirigées contre la seule décision du 4 mars 2024, qui s'est substituée à celles que le requérant contestait initialement.
S'agissant de la légalité du refus de titre de séjour opposé à M. A :
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () / 5. Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour formée par M. A, la préfète du Rhône s'est fondée sur la situation personnelle et familiale du requérant et sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Si M. A fournit de nombreuses pièces pour justifier de sa présence sur longue période en France, notamment des certificats et un compte rendu médicaux relatifs au suivi de la pathologie de son épaule établis aux mois d'octobre 2015, de janvier 2016 et de mars 2017, les éléments produits ne suffisent toutefois pas, compte tenu de leur nombre et de leur nature, pour établir une résidence habituelle en France, en particulier au dernier trimestre de l'année 2015 et au premier semestre de l'année 2016 alors qu'ainsi que le relève la décision en litige, les services de la police aux frontières de Lyon ont signalé, le 8 octobre 2015, le départ volontaire du territoire français de M. A, destinataire d'une décision du 25 novembre 2014 lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite et alors que le requérant ne fait pas état d'attaches particulières en France et, étant logé en centre d'hébergement, n'y justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Les circonstances dont il est fait état et tirées notamment d'une promesse d'embauche en qualité de maçon faite à M. A ne suffisent pas davantage pour considérer que le refus de séjour en litige résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de l'autorité préfectorale au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
6. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : () c) Au ressortissant algérien titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 p. 100 ainsi qu'aux ayants droit d'un ressortissant algérien, bénéficiaire d'une rente de décès pour accident de travail ou maladie professionnelle versée par un organisme français () ". Si M. A fait valoir qu'il est bénéficiaire d'une rente d'accident du travail servie par la Mutualité sociale agricole pour un taux d'incapacité permanente partielle de 35 % qui le rendrait éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations, il est constant que le requérant ne séjourne en France que sous couvert des récépissés de sa demande de titre de séjour et ne justifie en outre pas être titulaire du visa de long séjour mentionné par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 bis de l'accord du 27 décembre 1968 au motif que celui-ci ne séjournait pas régulièrement sur le territoire français.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :
7. M. A fait valoir que l'illégalité des décisions portant refus de séjour et refus de rendez-vous qui lui ont été opposées est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat et demande la réparation du préjudice d'ordre moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il impute à cette illégalité. Toutefois et alors qu'il est constant que le requérant s'est vu délivrer des récépissés successifs constatant le dépôt de sa demande de titre de séjour, il résulte de ce qui a été dit précédemment quant au droit au séjour du requérant que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions de la requête n° 2205402 :
10. Le présent jugement statuant sur la demande de M. A tendant à l'indemnisation des préjudices allégués présentée dans sa requête n° 2205401, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête dirigées contre l'Etat, qui ne peut en l'espèce être regardé comme partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête n° 2205401 de M. A est rejetée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2205402 de M. A tendant au versement d'une provision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2205402 de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
Le rapporteur,
F-X. Richard-RendoletLe président,
A. Gille
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier-220540
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026