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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205463

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205463

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Loire lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien valable dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa demande, en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où la commission du titre prévue par l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour n'a pas été consultée ;

- la décision en litige procède d'une erreur de droit dans l'application de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, la menace à l'ordre public ne pouvant être opposée s'agissant d'un renouvellement automatique du titre de séjour sollicité ;

- elle est également entachée d'erreur de droit dans la mesure où il entrait de plein droit dans le champ d'application des dispositions des 1) et 2) de l'article 6 du même accord ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte également atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 10 mai 1984, demande au tribunal l'annulation de la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Loire lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien valable dix ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () / e) Au ressortissant algérien qui justifie résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans ; / f) Au ressortissant algérien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'un certificat de résidence portant la mention "étudiant" ; () / h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention "vie privée et familiale", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France. () ".

3. En vertu des stipulations du troisième alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le certificat de résidence valable dix ans est renouvelé automatiquement. Il ressort de ces stipulations qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement automatique du certificat tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public. En revanche, cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger suivant les modalités définies par le législateur en fonction de l'importance respective qu'il attache, d'une part, aux impératifs liés à la sauvegarde de l'ordre public et à leur degré d'exigence et, d'autre part, au but d'assurer l'insertion de catégories d'étrangers déterminées en raison de considérations humanitaires, du souci de ne pas remettre en cause l'unité de la cellule familiale ou de l'ancienneté des liens noués par les intéressés avec la France.

4. Pour refuser le renouvellement du certificat de résidence de dix ans de M. A, le préfet de la Loire s'est fondé sur le seul motif tiré de ce que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné à près de dix reprises par des juridictions pénales entre les années 2002 et 2021. Ainsi qu'il a été exposé au point précédent, l'autorité administrative ne saurait, sans méconnaître le principe du droit de mener une vie familiale normale dont l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 a entendu assurer le respect, légalement opposer à un ressortissant algérien l'existence d'une menace pour l'ordre public pour justifier le rejet d'une demande de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans. M. A indique, sans être contredit par le préfet de la Loire, qu'il est entré en France à l'âge de cinq ans et qu'il n'est, depuis, jamais retourné en Algérie. Il justifie avoir été mis en possession d'un certificat de résidence de dix ans du 10 mai 2002 au 9 mai 2012, puis du 10 mai 2012 au 9 mai 2022, dont il a sollicité le renouvellement. Dans ces conditions, M. A remplissait les conditions fixées par l'article 7 bis précité pour obtenir automatiquement le renouvellement de ce certificat. Le préfet de la Loire a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions accessoires :

6. D'une part, le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de délivrer à M. A le certificat de résidence algérien valable dix ans dont il avait sollicité le renouvellement. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

7. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de la Loire du 4 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de renouveler le certificat de résidence algérien de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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