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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205468

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205468

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête enregistrée le 19 juillet 2022, M. E A D, représenté B la Selarl Bescou-Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 B lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros B jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 23 juin 2022 ;

- le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour qui lui sont opposés portent une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaissent l'intérêt supérieur de ses enfants protégé B les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision du préfet du Rhône portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions consécutives portant fixation d'un délai de départ volontaire et de son pays de destination ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui est opposée, qui présente également un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale B une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 juin 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 B une ordonnance du 20 juillet précédent.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, notamment son article 7 quater ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Guillaume pour M. A D.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1975, M. A D demande l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022 B lequel le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté critiqué a été signé B Mme F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que le préfet du Rhône lui a donnée B un arrêté du 8 juin 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. B suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Au soutien de sa requête, M. A D fait valoir sa présence depuis 2015 en France, où se trouvent également son épouse et leurs six enfants, qui y sont scolarisés, la prise en charge depuis plusieurs années du handicap dont souffrent deux d'entre eux, et sa bonne insertion dans la société française. Toutefois, compte tenu en particulier des conditions de son séjour en France, où il s'est en particulier maintenu irrégulièrement malgré la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet au mois de mai 2017 et où il n'a été rejoint B son épouse et trois de leurs enfants qu'au mois de novembre 2018, M. A D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Les circonstances dont M. A D fait état, tirées en particulier de son engagement associatif et de ses perspectives professionnelles, ne permettent pas davantage de considérer que le préfet du Rhône, au regard des prévisions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité de régulariser la situation du requérant ou encore des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressé, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Eu égard à l'objet et aux effets de la décision en litige et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré B M. A D de ce que le refus critiqué méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses enfants en violation des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui lui a été opposée entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

7. Eu égard à l'objet et aux effets de la décision critiquée ainsi qu'à la situation personnelle et familiale du requérant telle qu'elle est rappelée ci-dessus, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement en litige méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la fixation d'un délai de départ volontaire et du pays de renvoi :

8. Compte tenu de ce qui précède, le moyen invoqué B M. A D B la voie de l'exception et tiré de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui ont fondé les décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée B l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code, l'autorité administrative tient compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

10. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré B voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ayant fondé la décision en litige doit être écarté.

11. Alors que M. A D n'a pas déféré à la mesure d'éloignement qui lui a été opposée au mois de mai 2017, les circonstances dont celui-ci fait état, tirées en particulier de la présence en France de son épouse et de ses enfants, ne suffisent pas pour considérer que l'interdiction de retour d'une durée de six mois prononcée à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A D dirigées contre l'arrêté du préfet du Rhône du 23 juin 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A D à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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