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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205469

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205469

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, Mme B A D, représentée par la Selarl Bescou-Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 23 juin 2022 ;

- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui lui sont opposés portent une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision du préfet portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 faisaient obstacle à ce qu'elle puisse légalement faire l'objet de l'obligation de quitter le territoire qu'elle conteste ;

- la fixation d'un délai de départ volontaire d'un mois est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions consécutives portant fixation d'un délai de départ volontaire et de son pays de destination.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 octobre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par une ordonnance du 20 juillet précédent.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, notamment son article 7 quater ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Guillaume pour Mme A D.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante tunisienne née en 2003, Mme A D demande l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté critiqué a été signé par Mme E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que le préfet du Rhône lui a donnée par un arrêté du 8 juin 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Au soutien de sa requête, Mme A D fait valoir sa présence depuis 2015 en France, où se trouvent également ses parents et ses cinq frères et sœurs, la prise en charge depuis plusieurs années du handicap dont elle-même et son frère Mohamed souffrent, et sa bonne insertion dans la société française. Toutefois, compte tenu en particulier de l'âge de la requérante, de l'irrégularité du séjour en France de ses parents, de la mesure d'éloignement dont son père fait l'objet et du caractère encore récent de l'arrivée sur le territoire français de sa mère accompagnée de trois de ses frères et sœurs au mois de novembre 2018, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige a porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Les circonstances dont Mme A D fait état, tirées en particulier de la poursuite de sa scolarité et du suivi dont son handicap a fait l'objet depuis 2015, ne permettent pas davantage de considérer que le préfet du Rhône, au regard des prévisions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité de régulariser la situation de la requérante ou encore des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressée, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A D dirigées contre l'arrêté du préfet du Rhône du 23 juin 2022 en ce qu'il porte refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions relatives à l'éloignement de Mme A D :

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".

7. Il est constant que la requérante, qui est née en 2003, est entrée sur le territoire français au mois de juillet 2015 et y réside depuis lors. Dans ces conditions, Mme A D est fondée à soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à son éloignement et, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions fixant son délai de départ volontaire et désignant son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Rhône statue à nouveau sur le cas de la requérante et, dans l'attente, qu'il munisse celle-ci d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai de deux mois pour procéder au réexamen de la situation de la requérante. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et de mettre à ce titre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à la Selarl BS2A Bescou-Sabatier Avocats associés, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les articles 2, 3, 4 et 5 de l'arrêté du préfet du Rhône du 23 juin 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de munir Mme A D d'une autorisation provisoire de séjour et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de statuer à nouveau sur sa situation.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la Selarl BS2A Bescou-Sabatier avocats associés, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

G. Verley-CheynelLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition,

Un greffier,

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