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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205481

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205481

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAHDJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022 et des pièces enregistrées le 26 juillet 2022 avant l'audience, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 26 juillet 2022, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mahdjoub pour M. A, qui conclut aux mêmes fins ainsi qu'à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'état de santé de l'intéressé aurait dû conduire la préfète de l'Ain à solliciter l'avis préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est irrégulière dès lors que M. A entend solliciter un titre de séjour en qualité d'étranger malade, n'a pas pu exercer effectivement ses droits en détention et méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ; que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entaché d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des craintes pour sa vie qu'il nourrit en cas de retour dans son pays d'origine, et l'interdiction de retour pour une durée de deux ans est infondée et disproportionnée compte tenu notamment de la présence de sa compagne et de leur fille en France et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- et celles de M. A, assisté de Mme D, interprète par téléphone en langue géorgienne, qui indique que ses problèmes de santé, qui l'handicapent beaucoup, ont commencé en détention lorsqu'il est tombé et s'est cogné la tête, et que l'essentiel pour lui est de pouvoir demeurer auprès de son fils une fois libéré ;

- la préfète de l'Ain n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant géorgien né en 1991, M. A conteste les décisions de la préfète de l'Ain d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". L'article R. 611-1 du même code énonce que : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Et l'article R. 611-2 de ce code prévoit que : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

4. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

5. Si le requérant déclare souffrir d'une part d'importants problèmes psychiques depuis sa chute, en détention, et prendre à ce titre un traitement depuis environ trois mois, et d'autre part d'un ulcère à l'estomac, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait porté à la connaissance de l'administration des éléments d'information médicale suffisamment précis permettant d'établir que son état de santé serait susceptible de nécessiter une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, et alors que le requérant ne conteste pas le motif de la décision en litige tiré de ce que de nombreux traitements sont prescrits pour ces pathologies en Géorgie, pays dans lequel il pourrait bénéficier d'un suivi médical, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

6. M. A soutient également qu'il entend solliciter un titre de séjour en qualité d'étranger malade et n'a pas pu exercer effectivement ses droits en détention. Toutefois, M. A n'établit pas avoir entrepris des démarches ni même avoir saisi l'administration pénitentiaire en ce sens. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A se prévaut de la présence en France de sa compagne qu'il a, selon ses déclarations, épousée religieusement en Géorgie, et de leur fils. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier pas de l'acte de naissance de l'enfant le 27 février 2019, qui ne mentionne que le nom de la mère, que M. A serait effectivement le père de l'enfant. Si la compagne de M. A attestait le 25 mai 2021 l'héberger à son domicile, ce qui ressort également de l'attestation d'EDF qui mentionne que le contrat de fourniture d'électricité du logement situé au Chesnay (78) est conclu au nom de Madame et de Monsieur, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa compagne, de nationalité géorgienne vit également en situation irrégulière en France où elle a demandé l'asile sans l'obtenir, et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 4 mars 2020. Dès lors, les éléments exposés par M. A ne sauraient suffire à établir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée entache la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire qui y trouve son fondement.

9. Pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, la préfète de l'Ain s'est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

10. S'il n'est pas établi par la préfète de l'Ain que M. A serait entré illégalement sur le territoire français en 2018, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est demeuré en France au-delà d'un délai de trois mois sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'au moins deux mesures d'éloignement antérieures par arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine du 7 novembre 2018 et du 26 juin 2021, et qu'il a expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Ain aurait pris la même décision si elle s'était fondée seulement sur ces trois motifs. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".

12. M. A n'apporte aucun élément en vue d'établir la réalité des risques pour sa vie qu'il soutient encourir en cas de retour en Géorgie, alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa seconde demande d'asile le 29 avril 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 juillet 2019. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. M. A soutient que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre serait infondée et disproportionnée, et résulterait d'une erreur d'appréciation. Toutefois, M. A a déjà fait l'objet d'au moins deux précédentes mesures d'éloignement les 7 novembre 2018 et 21 juin 2021, ne fait état que d'une durée peu significative de séjour en France, et n'a conservé sur le sol national aucune attache familiale intense, alors que la femme qu'il aurait épousée religieusement a également la nationalité géorgienne et réside irrégulièrement sur le territoire français depuis l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à son encontre en mars 2020. Par ailleurs, si M. A expose que les faits qui ont donné lieu à un emprisonnement délictuel de dix mois étaient une erreur, et qu'il souhaite ardemment demeurer en France afin d'y vivre paisiblement, il a été condamné le 2 février 2022 par le tribunal correctionnel d'Annecy à 10 mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, et est défavorablement connu des services de police pour des faits commis en 2019 et 2020 de vol à l'étalage, vol en réunion, usage de stupéfiants. Il s'ensuit qu'eu égard à l'ensemble de ces éléments, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qui n'est, en l'espèce, pas disproportionnée.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La magistrate désignée

A. C

La greffière

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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