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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205513

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205513

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, M. A B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Guérault, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 juillet 2022 par lesquelles le préfet de la Savoie a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le même jour, et lui a interdit de retourner en France pour une durée de douze mois ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- les décisions en litige ne sont pas motivées ;

- elles révèlent que le préfet de la Savoie n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de garanties de représentation et que le risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire n'est pas établi ;

- l'interdiction de retour sur le territoire méconnaît l'article L. 612-6 et présente un caractère disproportionné.

Des pièces ont été produites le 21 juillet 2022 par le préfet de la Savoie.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Guérault, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire elle-même illégale ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue albanaise ;

- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

2. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

4. M. B, de nationalité albanaise, a été interpellé à la frontière franco-italienne le 17 juillet 2022 à bord d'un autobus en provenance de France et à destination de Turin, la police italienne s'étant opposé à son entrée sur le territoire. Il était accompagné de sa compagne, de nationalité albanaise, titulaire d'un titre de séjour italien valable jusqu'au 21 janvier 2023. Il est constant que M. B ne bénéficie d'aucun droit au séjour sur le territoire français pas plus que sur le territoire italien, étant entré dans l'espace Schengen pour la dernière fois le 26 août 2020 via la Hongrie sans avoir sollicité depuis la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, au cours de son audition par les forces de police, M. B a expressément indiqué qu'il était en partance pour l'Italie afin d'y retrouver la famille de sa compagne qui y réside régulièrement, et qu'il projetait par ailleurs de retourner en Albanie pour s'y marier avec l'intéressée le 7 août 2022, ses allégations étant corroborées par les pièces jointes à sa requête. Il est, en outre, titulaire d'un passeport albanais en cours de validité et n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces circonstances particulières, et alors même que M. B a indiqué ne plus occuper le logement dans lequel il vivait depuis deux mois à Béziers sous couvert d'un contrat de bail d'un an conclu le 8 avril 2022, c'est à tort que le préfet de la Savoie a estimé qu'il existait un risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant le 18 juillet 2022.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à son encontre.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

7. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire étant annulée par le présent jugement, l'interdiction de retour sur le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 précité, doit également être annulée par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à son encontre.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme à Me Guérault par application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions du préfet de la Savoie du 18 juillet 2022 refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire pour mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire français, et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Savoie.

Lu en audience publique le 22 juillet 2022.

Le magistrat délégué,

E. de Lacoste Lareymondie

Le greffier,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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