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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205522

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205522

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, Mme B D épouse C, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et, dans le délai d'un mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement contestés sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement en litige sont entachés d'illégalité dès lors que c'est à tort que la demande de titre de séjour formée par son époux sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée et que celui-ci s'est vu illégalement opposer une obligation de quitter le territoire ;

- le refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement qui lui sont opposés portent une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision portant fixation de son pays de destination, qui est entachée d'une erreur de droit et méconnaît également les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité des décisions sur le fondement desquelles elle a été prise entache d'illégalité l'interdiction de retour qui lui est opposée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui est opposée est entachée d'un défaut de motivation en droit, résulte d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juillet 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par une ordonnance du 21 juillet précédent.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Reniez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paquet pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante arménienne née en 1962, Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de l'état de santé de son mari et de sa nécessaire présence auprès de lui. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

3. Alors que l'arrêté du 20 avril 2022, qui fait en particulier état de la possibilité d'un suivi médical du mari de l'intéressée, de sa situation administrative et de ses attaches familiales, comporte l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles l'autorité administrative a entendu fonder sa décision, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de la requérante doit être écarté.

4. Par un jugement n° 2205521 de ce jour, le tribunal a rejeté la requête de M. C dirigée contre le refus opposé à la demande de titre de séjour formée par celui-ci en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et contre la décision consécutive lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus opposé à sa propre demande de titre de séjour doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation des décisions opposées à son mari.

5. Pour soutenir que le refus critiqué porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme C fait valoir l'ancienneté de sa présence en France, où se trouvent également son mari et son fils né en 1985, la prise en charge depuis plusieurs années de l'état de santé de son conjoint, son isolement en Arménie et sa bonne insertion dans la société française. Toutefois, compte tenu en particulier des conditions du séjour en France de la requérante, qui y est entrée au mois de novembre 2016 à l'âge de 54 ans sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités polonaises et qui s'y est maintenue irrégulièrement malgré la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet au mois de janvier 2019, et alors que le conjoint de la requérante s'est également vu opposer un refus de titre de séjour et une décision d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont Mme C fait état ne permettent pas davantage de considérer que le préfet du Rhône, s'agissant de la possibilité de régulariser la situation de la requérante ou encore des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressée, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Si Mme C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, ce moyen doit être écarté pour les motifs exposés au point 3.

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions opposées à son mari.

8. Eu égard à la situation familiale de la requérante et compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 5, les moyens selon lesquels la mesure d'éloignement en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui ont fondé la décision en litige doit être écarté.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu en particulier des motifs circonstanciés de l'arrêté critiqué, que le préfet du Rhône se serait cru lié par le rejet de la demande d'asile de la requérante et aurait ainsi négligé de procéder à un examen particulier de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qu'il traduirait doit être écarté.

12. Alors que la demande d'asile de Mme C a été rejetée par une décision du 30 avril 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 octobre suivant et compte tenu de ce qui a été dit au point 4, les circonstances dont la requérante fait état relatives à la santé de son conjoint et, s'agissant notamment de l'agression dont ce dernier a été victime en Arménie en 2016, aux risques auxquels son couple serait exposé dans ce pays du fait de l'engagement politique de M. C ne suffisent pas pour considérer que le préfet du Rhône a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (Les) décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire. Elles sont motivées ".

14. L'arrêté critiqué ne fait en rien état du fondement légal de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qu'il oppose à Mme C. Dans ces conditions, celle-ci est fondée à soutenir que cette décision d'interdiction de retour est entachée d'un défaut de motivation en droit et, pour ce motif, à en demander l'annulation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2022 en tant seulement qu'il lui oppose en son article 5 une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement que le préfet du Rhône fasse procéder à la suppression du signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai d'un mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 5 de l'arrêté du préfet du Rhône du 20 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de faire procéder dans le délai d'un mois à l'effacement du signalement de Mme C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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