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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205534

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205534

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPOPLAWSKYJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, M. C A B, représenté par Me Poplawskyj, demande au tribunal :

1°) d'annuler d'une part, le titre de perception émis le 21 octobre 2021 par la direction régionale des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes relatif à la récupération d'un trop perçu d'un montant total de 30 431 euros d'aides exceptionnelles au titre des mois de mars 2020 à février 2021 versées dans le cadre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et d'autre part, la décision du 12 mai 2022 rejetant sa réclamation préalable du 9 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision du attaquée méconnaît les disposition des l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'est fondée sur aucun texte juridique ;

- il était en droit de prétendre à une aide d'un montant de 1 387 euros au titre des mois d'avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2020 et janvier et février 2021 dès lors qu'il a réalisé un chiffre d'affaires mensuel moyen de 1 387 euros en 2019 et qu'il n'a réalisé aucun chiffre d'affaires au titre des mois précités ;

- il était fondé à percevoir la somme de 15 275 euros qui correspond au cumul des aides versées au titre du fond de solidarité dès lors qu'il a déjà restitué la somme de 15 741 euros, le titre de perception d'un montant total de 30 431 euros émis à son encontre n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le directeur régional des Finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, qui exerce une activité de restauration rapide, a perçu l'aide exceptionnelle au titre de mars à novembre 2020 et de janvier et février 2021 versée dans le cadre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. L'administration lui a demandé, le 26 avril 2021, de produire les éléments justifiant son chiffre d'affaires au titre des années 2019 et 2020. En l'absence de réponse, le service a émis un titre de perception, le 21 octobre 2021, à son encontre d'un montant total de 30 431 euros. M. A B s'est acquitté du paiement de la somme de 15 174 euros, le 10 décembre 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation du titre de perception du 21 octobre 2021 et de la décision du 12 mai 2022 par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation du 9 décembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt. ". Le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 précise que sont éligibles au fonds de solidarité les entreprises qui remplissent certaines conditions, dont la justification d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % au titre du mois concerné par rapport à la même période de l'année précédente, ou à compter des demandes d'aide au titre du mois d'avril 2020, si elles le souhaitent, par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019.

3. Il résulte de l'instruction que M. A B n'a pas répondu à la demande de produire des justificatifs relatifs à son chiffre d'affaires au titre des années 2019 et 2020 qui lui a été adressée par le service, le 26 avril 2021. L'administration précise, en défense, que le requérant a déclaré sur chaque formulaire de demande d'aide l'équivalent de son chiffre d'affaires annuel pour la période de référence alors qu'il aurait dû déclarer le chiffre d'affaires du mois de référence ou la moyenne mensuelle, à savoir le chiffre d'affaires annuel divisé par douze. Le cumul des chiffres d'affaires de référence de l'année 2019, déclarés dans les formulaires au titre des mois de mars à décembre 2019 s'élève ainsi à 130 123 euros, alors que M. A B a déclaré auprès de l'URSSAF un chiffre d'affaires pour l'année 2019 de 16 641 euros et sur sa déclaration de revenus 2042 un chiffre d'affaires de 18 128 euros. Or, en se bornant à produire, dans le cadre de la présente instance, un relevé de situation au régime auto-entrepreneur délivré par l'URSSAF au titre des années notamment des années 2019, 2020 et des mois de janvier à août 2021, M. A B ne justifie pas de la perte de chiffre d'affaires dont il se prévaut au titre des années 2019 et 2020. Dans ces conditions, il ne démontre pas son éligibilité à l'aide exceptionnelle au titre des mois de mars à novembre 2020 et de janvier à février 2021. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a émis à son encontre le titre de perception litigieux et a rejeté la réclamation préalable qu'il a présentée à l'encontre de ce titre de perception.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que la décision du 12 mai 2022 constitue une décision qui a pour seul objet de rejeter la réclamation préalable obligatoire formée par le requérant à l'encontre du titre de perception émis le 21 octobre 2021 à l'encontre de M. A B. La contestation de ce titre devant le tribunal donne ainsi à l'ensemble des conclusions de la requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dans ces conditions, les vices propres de cette décision sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au directeur régional des Finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et département du Rhône.

Délibéré après l'audience le 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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