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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205539

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205539

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. C D, représenté par la Selarl Bescou-Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté critiqué ;

- le refus de titre de séjour contesté est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet de produire l'avis du collège de médecins au vu duquel il a pris sa décision et faute d'établissement de la régularité des conditions dans lesquelles cet avis a été rendu au vu d'un rapport médical par trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) habilités pour ce faire ;

- le refus de séjour en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation et dans l'examen des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- la mesure d'éloignement contestée ne pouvait légalement intervenir sans nouvelle consultation du collège des médecins de l'OFII ;

- l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui a été opposé et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions consécutives portant fixation d'un délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français et fixation de son pays de destination ;

- la décision fixant son pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui est opposée porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la prise en compte de circonstances humanitaires.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 octobre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par une ordonnance du 21 juillet précédent.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Guillaume pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant de la République de Guinée né en 1982, M. D demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté critiqué a été signé par Mme F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que le préfet du Rhône lui a donnée par un arrêté du 8 juin 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

S'agissant de la légalité externe :

4. Alors que le préfet du Rhône a versé au dossier l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 14 juillet 2021 au vu duquel il a pris sa décision, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, cet avis a été émis au vu d'un rapport établi le 23 juin précédent par un médecin de l'OFII qui n'était lui-même pas au nombre des médecins du service médical de l'OFII ayant rendu cet avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure lié à l'irrégularité alléguée des conditions de recueil de l'avis médical requis doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. D au titre de son état de santé, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 14 juillet 2021 mentionné ci-dessus selon lequel l'état de santé du requérant pourrait effectivement faire l'objet d'un suivi approprié dans son pays d'origine. Si M. D expose qu'il souffre non seulement d'importants troubles d'ordre psychiatrique ayant initialement justifié sa demande de titre de séjour et justifiant un suivi médical mais également d'un diabète diagnostiqué quelque jours à peine avant que n'intervienne la décision en litige et pour lequel un traitement a été récemment engagé, les éléments d'ordre médical qui sont avancés, notamment les énonciations du certificat du Dr A du 26 juillet 2022 ou celles du certificat du Dr E du 6 juillet 2022 ainsi que les indications relatives aux carences du système de santé guinéen dans le suivi des affections psychiatriques, ne suffisent pas pour remettre en cause le bien-fondé de la décision critiquée, fondée sur la possibilité d'une prise en charge appropriée de l'état de santé de M. D dans son pays et prise, s'agissant de la pathologie dont l'autorité compétente était informée, conformément à l'avis du 14 juillet 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Au soutien de sa requête, M. D fait valoir l'ancienneté de sa présence en France depuis 2014, la prise en charge depuis plusieurs années de sa pathologie et sa bonne insertion dans la société française. Toutefois, compte tenu en particulier des conditions du séjour en France du requérant, qui est célibataire, sans enfants, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 31 juillet 2015 et dont la mère demeure en Guinée, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont M. D fait état ne permettent pas davantage de considérer que le préfet du Rhône, au regard des prévisions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité de régulariser la situation du requérant ou encore des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressé, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui lui a été opposée entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

9. Si les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce qu'un étranger remplissant les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 de ce même code fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. M. D ne s'étant pas prévalu auprès de l'autorité préfectorale du diabète dont il souffre et qui n'a été diagnostiqué qu'au début du mois de juin 2022, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui est opposée ne pouvait légalement intervenir qu'après consultation du collège de médecins à compétence nationale de l'OFII doit être écarté.

10. Eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle qu'elle est notamment rappelée aux points 5 et 7, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation d'un délai de départ volontaire :

11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen invoqué par M. D par la voie de l'exception et tiré de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui ont fondé la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

13. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui ont fondé la décision en litige doit être écarté.

14. A l'appui de sa contestation, M. D soutient qu'au regard de son état de santé et des possibilités de prise en charge de celui-ci, le préfet du Rhône a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu toutefois de ce qui a été dit au point 5, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code, l'autorité administrative tient compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

16. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ayant fondé la décision en litige doit être écarté.

17. Alors notamment qu'il ne justifie pas d'attaches particulières en France et n'a pas déféré à la mesure d'éloignement qui lui a été opposée au mois de mai 2016, M. D n'est pas fondé à soutenir que, pour prononcer à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois, le préfet du Rhône a, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D dirigées contre l'arrêté du préfet du Rhône du 28 juin 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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