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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205577

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205577

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 août 2022, Mme E C de Sousa Goncalves, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une personne incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la préfète de la Loire ne pouvait prendre une obligation de quitter le territoire français, alors qu'elle instruisait une demande de titre de séjour fondée sur son état de santé ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 1er A 2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces.

Par décision du 7 octobre 2022, Mme C de Sousa Goncalves a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, et le premier protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C de Sousa Goncalves, ressortissante angolaise née en 1980, est entrée en France en décembre 2019. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par décision du 29 octobre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejet confirmé par décision du 11 mars 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 29 juin 2022, la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme C de Sousa Goncalves demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 29 juin 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 15 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions dont la préfète de la Loire a fait application, précise que sa demande d'asile a été rejetée, motif justifiant la mesure d'éloignement en litige, fondée sur le 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait propres à la situation de la requérante. Elle est par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, la circonstance que la requérante ait engagé en juin 2022 une procédure en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour fondée sur son état de santé et qu'elle ait été convoquée en préfecture à cette fin le 21 juin 2022 reste sans incidence, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture de la Loire aurait à cette occasion délivré un récépissé de demande de titre de séjour autorisant l'intéressée à séjourner en France, sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français en litige.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

6. La requérante soutient vivre en couple depuis quelques mois avec un ressortissant français, et être en instance de divorce avec son mari, qui réside en Angola. Toutefois, la seule attestation produite, peu précise et d'ailleurs contradictoire avec ses écritures contentieuses sur la date de vie commune, ne permet pas d'établir l'ancienneté et l'intensité de cette relation. En toute état de cause, compte tenu du caractère récent du séjour en France de Mme C de Sousa Goncalves, qui n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu l'essentiel de sa vie, et alors même qu'elle fait valoir qu'elle est bien intégrée et apprend la langue française, la décision faisant obligation à l'intéressée de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. La requérante soutient que, victime d'un viol, alors qu'elle était encore enfant, de la part de son oncle, personnalité influente en Angola, elle aurait subi pendant de nombreuses années des représailles de ce dernier, après qu'elle a déposé plainte, notamment en novembre 2019, date à laquelle elle a été menacée de mort et amenée jusqu'à la frontière avec la Namibie. Toutefois, elle ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations, par ailleurs peu circonstanciées sur la nature exacte des faits qu'elle relate. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de la méconnaissance de la convention de Genève, alors au demeurant que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C de Sousa Goncalves n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 29 juin 2022 de la préfète de la Loire est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C de Sousa Goncalves est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C de Sousa Goncalves et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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