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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205584

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205584

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. E H B, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du préfet du Rhône du 22 juin 2022 par lesquelles celui-ci lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. H B soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet se serait cru tenu d'édicter une mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que M. H qui serait de nationalité française ne peut faire faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en prononçant une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de 18 mois, le préfet a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. H B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par ordonnance du 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme I a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. H B, né le 16 novembre 1997, ressortissant portugais, déclare être entré en France en décembre 2017. A la suite de son incarcération à la maison d'arrêt de Lyon Corbas du 10 juillet 2021 au 25 mai 2022, le préfet du Rhône, par des décisions du 22 juin 2022 dont le requérant demande l'annulation, après avoir constaté qu'il ne dispose plus d'aucune droit au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de 18 mois.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Les décisions en litige ont été signées par Mme C, attachée, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 8 juin 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. Si le préfet n'a pas mentionné que la mère de l'intéressé était de nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et aurait ainsi entaché ses décisions d'erreur de droit.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation personnelle de M. H B ni davantage que le préfet du Rhône se serait cru tenu d'adopter une " position de principe " et de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français compte tenu de la suppression de son droit au séjour Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article L 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, " Sont considérés comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité ". Enfin, aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".

6. M. H B soutient qu'il serait de nationalité française en se prévalant de ce que sa mère est Française. Toutefois, alors qu'il ne justifie pas être titulaire d'un certificat de nationalité française et qu'il n'établit ni même n'allègue en avoir sollicité la délivrance, l'intéressé, en se bornant à verser au dossier son acte de naissance portugais mentionnant que sa mère, Alexandrina Borges H est née en France, ainsi que l'acte de naissance de cette dernière et des documents la concernant attestant seulement qu'elle était Française à la date de délivrance de sa carte nationale d'identité soit le 27 décembre 1993, n'apporte pas la preuve de ce qu'il serait titulaire de la double nationalité franco-portugaise. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait commis une erreur de droit en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. H B, à la date de la décision attaquée, résidait en France depuis seulement trois ans. En outre, il est sans enfant à charge. Si l'intéressé déclare être en couple depuis janvier 2021 avec une ressortissante française, Mme F D, et vivre en concubinage depuis sa remise en liberté, les attestations sur l'honneur produites ne permettent pas d'établir la réalité et l'ancienneté de la vie commune. Dans ces conditions, le requérant qui ne démontre pas, au surplus, une intégration socio-professionnelle ne justifie pas d'une vie privée et familiale suffisamment ancienne, intense et stable, sur le territoire français Dans ces circonstances il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, pour prononcer la mesure d'éloignement, le préfet du Rhône s'est fondé sur ce que les faits reprochés à M. H B étaient suffisamment caractérisés pour représenter du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société. Pour contester cette appréciation, l'intéressé soutient qu'il s'agit de sa seule condamnation depuis qu'il réside en France et qu'il a purgé sa peine. Toutefois, il ressort de la décision attaquée que le requérant a été incarcéré le 10 juillet 2021 et condamné à quinze mois d'emprisonnement pour des faits de harcèlement d'une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, dégradation des conditions de vie entraînant une altération de la santé, dégradation ou destruction d'un bien appartenant à autrui, transport sans motif légitime d'arme blanche catégorisée, menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. Au regard de ces éléments et sans qu'y fassent obstacle l'absence d'antécédent judiciaire et la circonstance que l'intéressé a purgé sa peine, le préfet a pu légalement considérer que le comportement de M. H B constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet fixant le pays de destination serait illégale du fait qu'elle serait la conséquence d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ".

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français par voie de conséquence de la précédente doit être écarté.

13. En deuxième lieu et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en prononçant à l'encontre de M. H B une interdiction de circuler sur ce territoire pendant une durée de dix-huit mois en application des articles L 251-1-2° et L.251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont en vertu de l'article L.110-3 dudit code applicables aux étrangers qui n'ont pas la nationalité française.

14. En troisième lieu, si M. H B soutient qu'aucune circonstance ne justifie une interdiction de circuler sur le territoire, la menace à l'ordre public que représente le requérant est suffisamment caractérisée pour justifier légalement l'interdiction de circuler sur le territoire français de dix-huit mois dans son principe et dans sa durée, laquelle n'apparait pas disproportionnée. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être carté.

15. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écartés pour les mêmes raisons que précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E H B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme I, première vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La première vice-présidente,

C. I

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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