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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205599

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205599

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Letellier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 mars 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, dès lors que le préfet ne peut lui reprocher l'absence de visa de la promesse d'embauche par la DIRECCTE ; il a été mal conseillé par l'administration ;

- le préfet ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il n'avait pas précédemment obtenu une autorisation de travail ;

- compte tenu des particularités de sa situation sur le territoire français, d'une part, de son diplôme, de son expérience professionnelle et des emplois qu'il a occupés, d'autre part, le préfet a commis des erreurs manifestes d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- compte tenu des graves conséquences sur sa situation, le refus de titre de séjour litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu, consacré par le droit de l'Union européenne ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu des circonstances humanitaires dont il peut se prévaloir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 30 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que le pouvoir de régularisation dont dispose le préfet doit être substitué à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale du refus d'admission au séjour de M. A en qualité de salarié, d'autre part, de ce qu'il y a lieu de substituer, à la base légale erronée tirée de l'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 612-7 de ce code.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 par une ordonnance du 28 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Letellier, représentant M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1971, est entré sur le territoire français le 22 janvier 2015 muni d'un visa de long séjour. Le 24 février 2022, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mars 2022, le préfet de l'Ardèche a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler ce refus de titre de séjour, cette obligation et cette interdiction.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, le refus de titre de séjour litigieux vise les textes dont il est fait application, notamment l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les articles L. 423-23, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, notamment, contrairement à ce que soutient M. A, ce refus comporte des éléments suffisants sur sa situation professionnelle. Par suite, le refus d'admission au séjour comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation du requérant, et aurait ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. " Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a seulement présenté une promesse d'embauche manuscrite datée du 22 novembre 2021, pour travailler en qualité d'ouvrier agricole pendant la saison des vignes. Dès lors qu'il ne soutient pas avoir présenté une demande d'autorisation de travail dans les conditions prévues par les dispositions précitées, il ne peut utilement soutenir que le préfet ne pouvait légalement lui opposer l'absence de visa de ce contrat par les autorités compétentes. Par ailleurs, la circonstance qu'il aurait été mal informé par l'administration est sans aucune incidence sur la légalité de la décision attaquée. En outre, le requérant ne conteste pas le second motif de refus de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, tiré de l'absence de visa de long séjour. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour sur ce fondement.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Ardèche a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A présentée en qualité de salarié en se fondant sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que ces dispositions ne sont pas applicables à l'intéressé, de nationalité marocaine. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, il y a lieu de substituer à la base légale erronée tirée de l'application de l'article L. 435-1 du code précité celle tirée du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de cet article.

9. Le préfet de l'Ardèche a relevé dans sa décision que les emplois que M. A a précédemment occupés n'avaient pas donné lieu à des demandes d'autorisations de travail visées par les autorités compétentes, mais n'a pas entendu, dans le cadre de l'examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui opposer un refus de régularisation en raison de l'absence de tout contrat visé. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet ne pouvait légalement refuser de faire usage de son pouvoir de régularisation en se fondant sur un tel motif.

10. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser la régularisation de M. A, le préfet de l'Ardèche s'est fondé sur le fait que la situation de l'emploi pour des postes d'ouvrier agricole dans la région Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas en tension, que son expérience et son ancienneté dans l'emploi ne sont pas significatives et que la durée de son séjour sur le territoire français n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière. En se bornant à invoquer la détention du diplôme de bucheron élagueur, sans au demeurant en justifier, à fournir une liste d'offres pour l'emploi de bûcheron dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, faisant apparaître que peu de candidats se sont présentés pour 6 des 56 emplois offerts, son expérience dans ce secteur d'activité et des promesses d'embauche datées des 8 mars et 22 novembre 2021, M. A n'établit pas que le préfet de l'Ardèche aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M A résidait en France depuis 7 ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où résident sa femme, ses deux enfants majeurs, son père et ses 5 frères et sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. S'il allègue être séparé de sa femme, il n'en justifie par aucun élément versé au dossier. Enfin, s'il se prévaut de témoignages attestant de ses efforts d'intégration et du suivi de cours de français, ces éléments ne permettent pas d'établir que le requérant aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Ardèche a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. En l'absence de tout élément particulier invoqué, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 11.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. Le droit d'être entendu implique qu'avant d'obliger un étranger à quitter le territoire français, l'autorité préfectorale, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où l'obligation de quitter le territoire français est prononcée concomitamment au refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour.

15. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

16. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que M. A n'a pas été empêché de porter à la connaissance du préfet les éléments qu'il aurait jugé utiles. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a méconnu le droit d'être entendu, au sens du principe général du droit de l'Union européenne, tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

18. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. En l'espèce, la décision attaquée indique que M. A est entré régulièrement sur le territoire français le 22 janvier 2015, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 9 août 2019, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux forts en France et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que la motivation de la décision interdisant à M. A de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an atteste de la prise en considération par le préfet de l'Ardèche des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

19. En second lieu, les circonstances que M. A soit entré régulièrement sur le territoire français et qu'il ait continué à travailler après l'accident de travail qu'il a subi, avant de solliciter un titre de séjour en qualité de salarié, n'est pas de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Ardèche.

Copie en sera adressée à Me Letellier.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

Mme Monteiro, première conseillère,

Mme Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. C

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. D

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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