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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205624

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205624

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 3ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives à des infractions commises les 20 février 2019, 30 octobre 2019, 18 août 2020 et 18 septembre 2021, ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 1er juillet 2022 du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés et de rétablir son capital de points, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas été destinataire des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal ayant désigné Mme Michel, présidente de la troisième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article ;

La magistrate désignée ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Michel.

Considérant ce qui suit :

1.M. A B demande l'annulation des décisions de retrait de points consécutives à des infractions commises les 20 février 2019, 30 octobre 2019, 18 août 2020 et 18 septembre 2021, ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 1er juillet 2022 du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

2.Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3.En application des dispositions des articles L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de point et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4.L'information prévue par les articles L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie, et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. B soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 20 février 2019, 30 octobre 2019, 18 août 2020 et 18 septembre 2021.

S'agissant des infractions des 20 février et 30 octobre 2019 :

5.Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit la copie des procès-verbaux dressés à l'occasion des infractions des 20 février et 30 octobre 2019, qui sont revêtus de la signature de M. B, précisent la qualification des infractions et comportent en annexe la mention selon laquelle un retrait de points est prévu. Ces procès-verbaux indiquent en outre l'existence d'un traitement automatisé des points, la possibilité pour l'intéressé d'exercer un droit d'accès et de rectification et que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les retraits de points à la suite de ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

S'agissant des infractions des 18 août 2020 et 18 septembre 2021 :

6.Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que les infractions des 18 août 2020 et 18 septembre 2021 ont été constatées par l'établissement d'un procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit une copie des procès-verbaux électroniques, ces documents ne sont revêtus ni de la signature du requérant, ni de la mention " refus de signer " et ne comportent pas l'ensemble des informations exigées par le code de la route. Enfin, contrairement à ce que fait valoir le ministre en défense, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait reçu, à l'occasion d'une infraction antérieure suffisamment récente, les informations relatives à la nature et la qualification des infractions commises les 18 août 2020 et 18 septembre 2021, de sorte que le ministre n'est pas fondé à soutenir que l'intéressé aurait bénéficié à l'occasion d'une infraction précédente récente de l'ensemble des informations légalement exigées. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions, M. B est fondé à soutenir que les décisions portant retrait de deux fois trois points consécutives à ces infractions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

7.En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

8.Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral que les infractions des 20 février et 30 octobre 2019 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions portées sur son relevé d'information intégral, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

9.Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux fois trois points à la suite des infractions commises les 18 août 2020 et 18 septembre 2021 ainsi que, par voie de conséquence, de la décision référencée " 48 SI " du 1er juillet 2022 constatant la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10.Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réattribuer six points au permis de conduire de M. B et d'en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11.Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 18 août 2020 et 18 septembre 2021 et la décision du ministre de l'intérieur du 1er juillet 2022 constatant la perte de validité du titre de conduite de M. B pour solde de points nul sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de six points sur le permis de conduire de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire et de lui restituer son permis si le solde de points est positif.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La magistrate désignée,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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