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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205677

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205677

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMESSERLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 juillet 2022, 26 février et 21 mars 2024, M. B A, représenté par Me Messerly, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2022 du général de corps d'armée, commandant la région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes, portant ordre de mutation à la brigade de proximité d'Annonay, ainsi que la décision du 20 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la mesure est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation : en effet :

* la décision de mutation d'office n'a pas été prise dans l'intérêt du service : les faits invoqués dans le rapport du 6 décembre 2021 du commandant du groupement ne sont pas avérés, aucune charge pénale n'ayant été retenue à son encontre et l'affaire ayant été classée sans suite, le 4 novembre 2021 ; la mesure de mutation dans l'intérêt du service ne peut être justifiée par une perte de confiance de la part de l'autorité judiciaire qui n'est pas son autorité hiérarchique ; les deux gendarmes à l'origine de l'enquête administrative puis judiciaire ont quitté la brigade gendarmerie de Tullins plus d'un avant la procédure de mutation d'office, de sorte que la mutation d'office dans l'intérêt du service n'était plus justifiée en décembre 2021 ;

* la mesure critiquée constitue une sanction disciplinaire déguisée : elle a été prise à l'issue du classement sans suite de la procédure judiciaire ; l'autorité hiérarchique ne lui a pas attribué l'affectation sollicitée, ce qui révèle l'intention de le sanctionner ; sa demande de permutation, qui lui aurait permis de quitter la brigade de Tullins plus tôt, n'a pas été acceptée ; la mesure conduit à une dégradation de sa situation professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucune des moyens de la requête n'est fondé.

Par une lettre du 13 mars 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du 28 janvier 2022 sont irrecevables, dès lors que la décision du 20 juin 2022 du ministre de l'intérieur prise sur recours administratif préalable obligatoire s'y est substituée.

Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office ont été présentées pour M. A le 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de Me Long, substituant Me Messerly, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gendarme depuis 2008, titulaire du grade de maréchal des logis-chef depuis 2013, exerce ses fonctions au sein de la brigade de Tullins. A la fin de l'année 2020, une enquête interne de commandement initiée à la suite d'un signalement d'agissements susceptibles d'être qualifiés de harcèlement au sein de la communauté de brigades de Tullins a visé six militaires dont M. A. En suivant, l'intéressé a fait l'objet d'une mesure de garde-à-vue les 27 et 28 mai 2021. Toutefois, aucune procédure judiciaire n'a été diligentée à son encontre par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Valence. Par une décision du 28 janvier 2022, le général de corps d'armée commandant la région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes a cependant décidé de sa mutation d'office à la brigade de proximité d'Annonay. M. A a exercé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission des recours des militaires, qui l'a rejeté par une décision du ministre de l'intérieur du 20 juin 2022. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 28 janvier 2022 :

2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () ". Selon l'article R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. ". L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

3. Par une décision du 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A contre la décision du 28 janvier 2022 du général de corps d'armée commandant la région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes portant ordre de mutation. La décision du ministre s'étant entièrement substituée à la décision du 28 janvier 2022, les conclusions du requérant à fin d'annulation de cette dernière sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 20 juin 2022 :

4. Aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu. () ". Il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier l'intérêt du service pour prononcer les mutations et affectations de personnels.

5. Aux termes de l'article 75 du code de procédure pénale : " Les officiers de police judiciaire et, sous le contrôle de ceux-ci, les agents de police judiciaire désignés à l'article 20 procèdent à des enquêtes préliminaires soit sur les instructions du procureur de la République, soit d'office. / Ces opérations relèvent de la surveillance du procureur général. "

6. En premier lieu, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

7. Si M. A soutient que la décision contestée a conduit à une dégradation de sa situation professionnelle, dès lors que sa nouvelle brigade d'affectation ne disposait pas de logement immédiatement disponible, il n'en justifie pas et indique dans ses écritures que cette situation n'a été que temporaire. Par ailleurs, si M. A soutient que la mesure porte atteinte à sa dignité et à son honneur, comme en témoigne la dégradation de sa notation professionnelle, les éléments dont il fait état ne sont pas des effets de la mutation d'office en cause, mais les conséquences des faits pour lesquels, il a notamment fait l'objet d'une mutation d'office. Par suite, dès lors que la mutation d'office contestée n'a pas été à l'origine d'une dégradation de sa situation professionnelle et qu'elle n'a pas davantage porté atteinte aux prérogatives qu'il tire de son grade, le moyen tiré de ce que la mesure en cause constituerait une sanction disciplinaire déguisée doit être écarté.

8. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier qu'une décision portant mutation d'office dans l'intérêt du service se fonde sur des faits matériellement exacts, et n'est entachée, ni de détournement de pouvoir, ni d'erreur manifeste d'appréciation, étant précisé que l'intérêt du service s'apprécie à la date de son édiction.

9. Il ressort des pièces du dossier que le commandant du groupement de gendarmerie de l'Isère a sollicité, le 6 décembre 2021, la mutation d'office dans l'intérêt du service de M. A en raison du comportement de l'intéressé à l'égard de collègues féminins, jugé contraire aux valeurs de l'institution de la gendarmerie et de nature à perturber le service, et en raison du courrier électronique du 7 octobre 2021 du procureur de la République de Grenoble faisant état d'une perte de confiance du parquet à l'égard de l'intéressé et demandant sa mutation. Si M. A soutient que les faits invoqués dans le rapport du 6 décembre 2021 du commandant du groupement de Gendarmerie ne sont pas avérés, et qu'aucune charge pénale n'a été retenue à son encontre, la seule circonstance que le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Valence ait décidé d'un classement sans suite le 4 novembre 2021 n'établit pas que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, mais seulement que l'autorité judiciaire n'a pas jugé opportun d'engager des poursuites à son encontre, comme en atteste le courrier électronique du 18 novembre 2021 du procureur de Valence indiquant qu'il a fait le choix de s'arrêter sur les situations " pénalement les mieux caractérisées ", et que s'il n'a pas retenu cette orientation pour M. A et d'autres gradés et gendarmes de la communauté de brigades de Tullins, cette orientation ne faisait pas obstacle à " d'éventuelles poursuites disciplinaires à leur encontre ". En tout état de cause, dès lors qu'eu égard à ses fonctions d'officier de police judiciaire, et en application des dispositions précitées de l'article 75 du code de procédure pénale, M. A pouvait être amené à procéder à des enquêtes préliminaires sur les instructions du procureur de la République de Grenoble, le motif tiré de la perte de confiance de l'autorité judiciaire, qui était de nature à porter atteinte au bon fonctionnement du service, pouvait justifier à lui seul la mutation d'office dans l'intérêt du service. Par suite, alors même que les gendarmes à l'origine de l'enquête administrative puis judiciaire avaient quitté la brigade de gendarmerie de Tullins plus d'un avant la procédure de mutation d'office, la décision contestée a été prise dans l'intérêt du service et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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