jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205719 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ALTERNATIVES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet 2022 et 5 avril 2023, Mmes B et Alice H, la première dénommée ayant la qualité de représentante unique, représentées par Me Mailly, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le maire de Lyon a accordé à la SCP Saint-Gervais et Mme C un permis de construire portant sur la rénovation et l'extension d'un bâtiment ainsi que la création d'un logement sur un terrain situé 43 rue Saint-Gervais dans le 8ème arrondissement, ainsi que la décision du 1er juin 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Lyon une somme de 3 000 euros à verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles disposent d'un intérêt à agir ;
- leur requête n'est pas tardive ;
- elles ont procédé aux formalités de notification requises par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, les pétitionnaires n'ayant d'ailleurs pas sollicité la communication de la " pièce soi-disant manquante " ;
- il appartient au maire de Lyon de démontrer la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 2.2.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 ;
- il méconnaît l'article 3.2.3 du règlement du PLU-H applicable à la zone URm1.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2023 et 16 février 2024, la SCP Saint-Gervais et Mme G C, représentées par le cabinet Alternatives avocats, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérantes le versement d'une somme globale de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est irrecevable ; les requérantes ne justifient pas du respect des obligations de notification imposées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, la requête introductive d'instance n'ayant pas été jointe au courrier de notification ; la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, la ville de Lyon conclut au rejet de la requête.
Par une lettre du 20 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 6 mars 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 18 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Mailly, représentant Mmes H, requérantes,
- les observations de M. A, représentant la ville de Lyon,
- et celles de Me Brun, représentant la SCP Saint-Gervais et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 mai 2021, la SCP Saint-Gervais et Mme C ont déposé en mairie de Lyon une demande de permis de construire portant sur la rénovation et l'extension d'un bâtiment ainsi que la création d'un logement sur un terrain situé 43 rue Saint-Gervais dans le 8ème arrondissement. Par un arrêté du 24 novembre 2021, le maire de Lyon leur a délivrée l'autorisation ainsi sollicitée. Mmes H demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté du 24 novembre 2021 et de la décision du 1er juin 2022 de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. ".
3. Le permis de construire en litige a été signé par M. F E, adjoint délégué à l'urbanisme et à l'aménagement, à l'habitat et au logement, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Lyon datée du 1er septembre 2021, consentie notamment à cet effet. L'arrêté de délégation a été transmis aux services de la préfecture le jour même et publié au bulletin municipal officiel n° 6435 du 13 septembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 24 novembre 2021 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.2.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 : " Dans la bande de constructibilité principale / a. Implantation par rapport aux limites séparatives latérales / Les constructions sont implantées : / - en retrait* d'une limite séparative latérale* au moins, pour les terrains* ayant une façade inférieure ou égale à 18 mètres en limite de référence* ; () / Adossement à une construction contigüe / Pour favoriser une meilleure insertion d'une construction, une implantation sur les limites séparatives latérales* est admise lorsqu'il s'agit de l'adosser à une construction principale présentant une hauteur de façade* au moins égale à 9 mètres et implantée en limite séparative latérale* sur un terrain contigu*. () ". Aux termes de l'article 2.2.2 de ce règlement : " Règles alternatives / Une implantation différente de celle prévue par la règle peut être appliquée dans les conditions et cas suivants : () e. l'extension* d'une construction existante*, à la date d'approbation du PLU-H, dont l'implantation n'est pas conforme à la règle, dès lors qu'elle est réalisée dans le respect d'une harmonie d'ensemble avec la construction existante dans le prolongement des murs et qu'aucune baie* nouvelle n'est créée dans les parties de la construction qui ne respecteraient pas le retrait* minimal prévu par la règle. () ". Et en application de l'article 2.1.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H, la limite de référence est constituée par la limite séparant les emprises publiques et les voies privées de la propriété riveraine de ces voies. Les emprises publiques et les voies sont exclusivement constituées des emprises et voies existantes ou à créer, permettant notamment la desserte des constructions, telles que les voies publiques ou privées ouvertes ou destinées à être ouvertes à la circulation automobile. Les servitudes de passage et les espaces de dessertes internes ne constituent pas des limites de référence au sens de la présente définition. Par ailleurs, les limites qui aboutissent à la limite de référence constituent les limites séparatives latérales. Enfin, ces dispositions communes du règlement du PLU-H définissent les baies comme " les ouvertures d'une construction en façade, ou dans le VETC, créant une vue ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige consiste en l'extension d'une maison existante, laquelle est implantée en limite de la rue Saint-Gervais, limite de référence, et sur les deux limites séparatives latérales du terrain d'assiette, l'impasse Saint-Gervais ne pouvant quant à elle être qualifiée de limite de référence en raison de sa nature non contestée de servitude de passage et alors qu'elle n'est, au demeurant, pas ouverte à la circulation publique. Cette extension est réalisée dans le prolongement du mur nord de la construction initiale, sur la limite séparative latérale nord, et aucune baie n'est créée face à cette limite séparative. Si la création d'une terrasse aura pour effet de créer, depuis cette terrasse, une vue vers le nord, cette terrasse, dépourvue de tout encadrement, ne peut être qualifiée de baie au sens et pour l'application de l'article 2.2.2 précité. Par ailleurs, la construction initiale et l'extension comportent un bardage en bois et les toitures de l'extension et de cette construction sont toutes deux en tuiles. Si l'extension comporte un premier volume en R + 1 et un second volume en rez-de-chaussée, cette circonstance ne permet pas d'établir que les constructions en litige ne sont pas harmonieuses. Ainsi, le projet d'extension en litige est réalisé dans le respect d'une harmonie d'ensemble avec la construction existante, dans le prolongement de son mur nord et sans qu'aucune baie nouvelle ne soit créée dans la partie de la construction qui ne respecte pas le retrait minimal prévu par la règle générale. Dans ces conditions, la SCP Saint-Gervais et Mme C sont fondées à soutenir que cette extension respecte les conditions posées par la règle alternative prévue par l'article 2.2.2 précité. La circonstance, invoquée par les requérants, que le projet ne respecte pas la règle applicable en cas d'adossement à une construction contiguë est sans incidence sur la légalité du projet au regard de la règle alternative dont il est ainsi fait application. Dès lors, le maire de Lyon n'a pas fait une inexacte application de l'article 2.2.1.1 précité du règlement en délivrant le permis en litige.
6. En dernier lieu, en application de l'article 3.1.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H, le coefficient de pleine terre, qui est le rapport entre la surface constituée de pleine terre et la superficie totale du terrain, ne s'applique qu'aux terrains présentant une superficie supérieure à 300 m² à la date d'approbation du PLU-H. Et aux termes de l'article 3.2 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URm1 : " 3.2.1 - Le coefficient de pleine terre / Le coefficient de pleine terre* est au minimum de 20 %. () 3.2.3 - Règle alternative () / Les travaux, les extensions* et changements de destination, affectant une construction existante*, à la date d'approbation du PLU-H, implantée sur un terrain ou partie de terrain, présentant une surface de pleine terre* inférieure à celle prévue par la règle, peuvent être admis dès lors qu'ils n'ont pas pour effet de réduire la surface de pleine terre* existante avant travaux. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet présente une superficie de 295 m². Si les requérantes font valoir que la superficie de la parcelle litigieuse est erronée, elles n'établissent pas qu'une partie de l'impasse privée n'est pas intégrée dans cette superficie, alors que la surface de 295 m² ressort clairement des informations recueillies sur le site officiel cadastral. Dans ces conditions, alors que le projet n'est pas assujetti à un coefficient de pleine terre, les requérantes ne peuvent utilement soutenir que l'autorisation d'urbanisme litigieuse contrevient à l'article 3.2.3 du règlement du PLU-H applicable à la zone URm1.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense par la SCP Saint-Gervais et Mme C, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2021 et de la décision du 1er juin 2022 de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la ville de Lyon qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérantes le versement d'une somme globale de 1 400 euros à la SCP Saint-Gervais et à Mme G C au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes H est rejetée.
Article 2 : Mmes H verseront à la SCP Saint-Gervais et à Mme C une somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H, représentante unique, à la ville de Lyon, à la SCP Saint-Gervais et à Mme G C.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
F.-M. DLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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