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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205744

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205744

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHINOUF SOPHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui restituer son titre de séjour ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à défaut, en cas de refus de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui allouer directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission d'expulsion était irrégulièrement composée, faute pour le préfet de justifier que les deux magistrates judiciaires ayant siégé ont disposé d'une délégation du président du tribunal judicaire pour l'une et, pour l'autre, été désignée par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ;

- il n'est pas établi qu'un procès-verbal enregistrant les explications qu'il a fournies devant la commission ait été transmis au préfet, conformément à l'article L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le directeur départemental chargé de la cohésion sociale n'a pas été entendu par la commission d'expulsion, en méconnaissance de l'article R. 632-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le traitement des antécédents judiciaires (TAJ) a été consulté par une personne qui n'y était pas individuellement habilitée pour ce faire, en violation du 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- la décision portant expulsion est entachée d'un défaut d'examen particulier qui révèle une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et une méconnaissance de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a réalisé aucune enquête administrative, que l'actualité et la gravité de la menace à l'ordre public que son comportement représenterait ne sont pas démontrées, et qu'il présente des gages de réinsertion ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision ordonnant son expulsion ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 14 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 30 septembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 13 juillet 1979, est entré en France le 6 octobre 2004 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités allemandes. Après avoir obtenu une carte de séjour temporaire en 2013 en qualité de conjoint de français, il s'est vu délivré une carte de résident valable jusqu'au 28 janvier 2024. Par arrêté du 13 juin 2022, la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision d'expulsion :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : / a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; / b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; / c) d'un conseiller de tribunal administratif. / Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commission d'expulsion qui s'est réunie le 9 mai 2022 pour se prononcer sur la situation de M. B était composée de deux magistrates de l'ordre judiciaire et d'une magistrate de l'ordre administratif. La préfète du Rhône n'a pas produit les désignations des deux magistrates judiciaires, de sorte que le tribunal n'est pas en mesure de vérifier la régularité de la composition de la commission.

4. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ne ressort des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs allégué ni que le vice de procédure relevé au point 3 ait été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée, ni qu'il aurait effectivement privé M. B d'une garantie, dès lors que les deux magistrates judiciaires ayant siégé jouissent, en tout état de cause, des mêmes garanties d'indépendance et d'impartialité attachées à leur statut qu'un magistrat régulièrement désigné. Par suite, le vice de procédure résultant de la composition irrégulière de la commission d'expulsion est demeuré sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".

7. Il résulte de ces dispositions que la transmission d'un procès-verbal des débats devant la commission à l'autorité administrative compétente pour statuer, débats qui doivent être publics, procède du caractère contradictoire de la procédure qui précède la prise de cette mesure et constitue une formalité substantielle destinée à permettre à cette autorité de statuer au vu notamment des observations présentées par l'étranger concerné.

8. La préfète du Rhône a produit le procès-verbal enregistrant les explications fournies par M. B devant la commission d'expulsion. Le requérant ne fait état d'aucun élément circonstancié de nature à laisser supposer que ce procès-verbal, rédigé par un agent de la préfecture, n'aurait pas été transmis au préfet préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans tous les cas, la commission doit émettre son avis dans le délai d'un mois. Le préfet ou son représentant assure les fonctions de rapporteur ; le directeur départemental de l'action sanitaire et sociale ou son représentant est entendu par la commission. Ces personnes n'assistent pas à la délibération de la commission ".

10. Si la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités, laquelle ne fait pas partie des membres de la commission d'expulsion, n'était pas présente lors de la séance du 9 mai 2022, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été régulièrement convoquée et excusée. M. B ne fait pas état d'éléments qu'il n'aurait pas été en mesure de porter lui-même à la connaissance de la commission. Par suite, il n'est pas établi que l'absence d'audition de la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités par les membres de la commission ait exercé une influence sur le sens de la décision attaquée, ni qu'elle a privé l'intéressé d'une garantie.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

12. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.

13. La préfète du Rhône ne s'est pas bornée à relever les infractions pénales dont s'est rendu coupable M. B pour prendre à son encontre un arrêté d'expulsion mais a porté sa propre appréciation sur le comportement de l'intéressé, avant d'en déduire qu'il représente une menace pour l'ordre public. Ainsi, il ne ressort pas de la motivation de cette décision, qui n'était pas tenue de faire état de l'ensemble des éléments de la vie socio-professionnelle de l'intéressé, ni des autres pièces du dossier que la préfète aurait négligé de procéder à un examen attentif et complet de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté en toutes ses branches.

14. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France sous couvert d'un visa Schengen le 6 avril 2004, à l'âge de vingt-quatre ans. Il a été ensuite condamné à trois mois d'emprisonnement le 11 avril 2008 pour des faits de violence sur une personne chargée d'une mission de service public suivie d'une incapacité supérieure à huit jours, outrage à agent d'un exploitant de réseau de transport public de voyageurs et rébellion, à trois mois d'emprisonnement le 10 juin 2009 pour des faits de vol à l'aide d'une effraction, à deux ans d'emprisonnement le 8 février 2012 par la cour d'assise du Rhône pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, à quatre mois d'emprisonnement le 2 avril 2013 pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, à quatre mois d'emprisonnement le 19 novembre 2015 pour vol, à six mois d'emprisonnement le 6 juillet 2017 pour violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité en récidive, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive et rébellion, à 120 jours-amende de 5 euros à titre principal le 20 novembre 2018 pour violence sur une personne chargée d'une mission de service public entraînant une incapacité n'excédant pas huit jours, à deux ans et un mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans le 23 janvier 2020 pour menace de mort réitérée, violence par personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité en récidive, port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et menace de crime contre les personnes matérialisée par écrit, image ou autre objet, à dix mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis probatoire pendant deux années le 16 septembre 2020 pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à huit jours et à un an d'emprisonnement le 18 novembre 2020 pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'une incapacité supérieure à huit jours en récidive. M. B a ainsi été condamné à un total de sept ans et demi d'emprisonnement sur une période qui s'étend sur douze années. Par ailleurs, il a été incarcéré de décembre 2019 à février 2021 avant de bénéficier d'un aménagement de peine sous le régime du placement à l'extérieur. Le requérant fait valoir que les infractions pour lesquelles il a été condamnées résultent de ses addictions, pour lesquelles il est suivi depuis 2007. Toutefois, l'ancienneté d'un tel suivi n'est pas étayée par les pièces du dossier et ce suivi n'a de toute évidence pas permis à M. B d'amender de manière durable son comportement violent envers, notamment, les agents dépositaires de l'autorité publique. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est suivi par un psychiatre depuis 2019 dans le cadre d'une obligation de soins, lequel atteste de sa " stabilité clinique ", et qu'il s'est investi dans son suivi-judiciaire auprès de l'association des Foyers Matter, de tels efforts de réinsertion demeurent, au regard de l'ancienneté du parcours délinquant précédemment évoqué, insuffisants et trop récents à la date de l'arrêté litigieux pour que sa présence en France puisse être regardée comme dépourvue de risques d'atteinte à l'ordre public et à la sécurité des personnes. Par suite, eu égard à la nature, à la gravité et à la réitération des faits de violence qui lui sont reprochés, pour lesquelles il a encore été récemment condamné le 18 novembre 2020, la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de diligenter une enquête administrative, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la présence en France de M. B constitue toujours une menace grave et actuelle pour l'ordre public.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. () ".

16. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que les faits reprochés à M. B de violences volontaires avec usage ou menace d'une arme, commis le 21 novembre 2004, ont été portés à la connaissance du préfet du Rhône dans le cadre d'une consultation du traitement des antécédents judiciaires (TAJ). La préfète ne verse aucun élément en défense permettant d'attester que l'agent ayant procédé à cette consultation aurait été, en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin. Toutefois, il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur les faits exposés au point 14 du présent jugement, qui sont sans rapport avec la procédure de consultation du fichier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté.

17. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

18. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait en France depuis dix-huit ans à la date de la décision attaquée, après en avoir vécu vingt-quatre dans son pays d'origine. S'il fait valoir qu'au décès de sa mère, son père, atteint de la maladie d'Alzheimer, s'est remarié avec une femme qui l'a exclu alors qu'il avait cinq ans, qu'il a subi des sévices avant de gagner le territoire français et qu'il a conservé des contacts avec son ex-épouse, de nationalité française, avec laquelle il a divorcé en 2016 après quatre ans de mariage, il ne produit aucun élément de nature à étayer ses allégations. Ainsi, il n'est pas établi qu'il serait isolé dans son pays d'origine, ni qu'il conserverait des liens affectifs ou familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il ait travaillé en 2017 et en 2019 comme agent d'entretien, en 2018 comme agent de manutention et en 2020 dans le cadre de sa détention et de plusieurs mission d'intérim ne suffit pas, eu égard à son âge et à sa durée de présence en France, à justifier d'une insertion professionnelle particulière. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 14, sa présence en France représente une menace grave et actuelle à l'ordre public. Compte tenu de ses conditions de séjour en France et de son comportement délictuel, et en dépit de sa longue durée de présence sur le territoire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des exigences de sécurité publique en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision ordonnant son expulsion ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

20. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une décision d'expulsion () ". Selon l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

21. M. B fait valoir qu'il bénéficie d'un suivi psychiatrique en France depuis 2007 et que l'interruption de ce traitement aurait des conséquences néfastes pour son équilibre psychologique. Toutefois, il ne démontre pas qu'un tel suivi ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, ni que le changement de praticien aurait des conséquences telles sur sa santé qu'il pourrait, par lui-même, être qualifié de peine ou traitement inhumain ou dégradant. S'il indique avoir subi des sévices en Tunisie lorsqu'il avait cinq ans, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, ni ne démontre être exposé à l'heure actuelle à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 18, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chinouf et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

No 2205744

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