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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205762

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205762

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 juillet 2022, 15 mai 2023 et 2 juin 2023, M. A B, Mme E D et la SCEA Val de Saône, représentés par Me Moutoussamy, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'admettre à titre provisoire M. B et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'abandonner la procédure d'expulsion engagée sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme ;

3°) d'annuler le courrier du 11 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Ain les a mis en demeure de libérer leur maison d'habitation de tous occupants et mobiliers avant le 31 août 2022, la décision, révélée par ce courrier, de procéder à la démolition d'office de cet immeuble à compter du 1er septembre 2022, ainsi que la décision implicite ayant rejeté leur recours gracieux ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros TTC au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le maire était seul compétent pour ordonner la démolition d'office sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme ;

- le préfet ne pouvait pas faire usage des pouvoirs que lui confère l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme pour ordonner la démolition d'office de leur maison d'habitation, dès lors que le juge pénal n'a pas indiqué dans quel délai les travaux de démolition doivent être exécutés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 avril, 2 juin et 17 juillet 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors, d'une part, que la décision de procéder à la démolition d'office et la décision rejetant leur recours gracieux n'étaient pas encore intervenues à la date d'introduction de la requête, d'autre part, que la mise en demeure du 11 juillet 2022 n'est qu'une mesure préparatoire à la décision de démolition d'office ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 août 2024.

Un mémoire a été enregistré le 21 août 2023 pour les requérants et n'a pas été communiqué, l'instruction étant close.

Par un courrier du 8 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la requête en raison du caractère purement confirmatif de la décision du 11 juillet 2022 portant mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme et, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant le recours gracieux.

M. B et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de M. C, représentant la préfète de l'Ain.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme D sont les gérants de la SCEA Val de Saône. Le 20 juin 2003, cette société a obtenu un permis de construire en vue de l'édification d'une ferme d'héliciculture comprenant un bâtiment d'élevage d'escargots et une maison d'habitation, sur un terrain situé dans la commune de Messimy-sur-Saône. Le terrain était classé en zone de richesses naturelles (NC 1) du plan d'occupation des sols alors en vigueur et seules les constructions à usage d'habitation directement liées et nécessaires à l'exploitation agricole pouvaient y être édifiées. Si les travaux de construction de la maison d'habitation ont été achevés, il n'en a pas été de même pour les travaux relatifs au bâtiment d'exploitation. Par un jugement du 7 février 2007, le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse a condamné la SCEA Val de Saône à une peine d'amende avec sursis et ordonné à titre complémentaire la démolition de la construction à usage d'habitation irrégulièrement édifiée. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Lyon du 12 mars 2008, devenu définitif du fait du rejet du pourvoi formé par la société requérante, intervenu le 18 novembre 2008. Par un jugement n° 1105163 du 2 juillet 2014, le tribunal a rejeté le recours de la SCEA Val de Saône et autre contre la décision du 16 mars 2011 par lequel le préfet de l'Ain les a mis en demeure d'exécuter l'arrêt de la cour d'appel de Lyon. Ce jugement précise par ailleurs que, par courrier du 3 mai 2011, le préfet de l'Ain a rappelé aux requérants la procédure pénale et l'obligation, découlant de l'arrêt de la Cour d'appel de Lyon, de démolir la construction à usage d'habitation. Ce courrier les informait également que, faute de réalisation des travaux de démolition avant le 31 mai 2011, le préfet procéderait d'office à leur exécution. Par une décision du 10 juillet 2012, le préfet a confirmé sa décision de procéder à l'exécution d'office de l'arrêt de la cour d'appel de Lyon et a précisé que la démolition de la construction en cause interviendrait à compter du 15 septembre 2012. Puis, par un jugement du 19 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse, saisi par le préfet de l'Ain, a ordonné l'expulsion immédiate de la SCEA Val de Saône, de M. et Mme B, de tous leurs biens et tous les occupants de leur chef de l'immeuble d'habitation litigieux. Le 30 mars 2021, un huissier de justice leur a signifié un commandement de quitter les lieux dans un délai de deux mois. Par une ordonnance du 21 juin 2021, le juge délégué du premier président de la cour d'appel de Lyon a rejeté leur demande tendant à l'arrêt de l'exécution provisoire du jugement du 19 novembre 2020. Un procès-verbal de tentative d'expulsion a ensuite été dressé le 4 avril 2022 par l'huissier qui, se heurtant à un refus des occupants de quitter les lieux, indique s'être retiré afin de requérir la force publique en vue de procéder à l'expulsion par la force. Le 3 juin 2022, les intéressés ont demandé à la préfète, par l'intermédiaire de leur conseil, d'abandonner toute procédure de démolition d'office et, par voie de conséquence, leur expulsion. Par courrier du 11 juillet 2022, la préfète de l'Ain a confirmé qu'elle allait procéder d'office, à une date postérieure au 1er septembre 2022, à tous les travaux nécessaires à l'exécution des décisions pénales sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, et leur a demandé de libérer les lieux de tout occupant et de tout mobilier avant le 31 août 2022. La SCEA Val de Saône ainsi que M. et Mme B ont, le 26 juillet 2022, formé un recours gracieux à l'encontre de ce courrier pour obtenir le retrait de la mise en demeure de quitter les lieux ainsi que la décision, qu'ils estiment révélée par ce courrier, de procéder à la démolition d'office de leur habitation, ainsi que le paiement d'une indemnité en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subi du fait de cette procédure. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant deux mois par l'autorité préfectorale. Par la présente requête, M. B et autres demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'abandonner la procédure d'expulsion engagée sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, le courrier du 11 juillet 2022 par lequel elle les a mis en demeure de quitter les lieux, la décision révélée par ce courrier de procéder à la démolition d'office de leur habitation ainsi que la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 480-5 du code de l'urbanisme : " En cas de condamnation d'une personne physique ou morale pour une infraction prévue aux articles L. 480-4 (), le tribunal, au vu des observations écrites ou après audition du maire ou du fonctionnaire compétent, statue même en l'absence d'avis en ce sens de ces derniers, soit sur la mise en conformité des lieux ou celle des ouvrages avec les règlements, l'autorisation ou la déclaration en tenant lieu, soit sur la démolition des ouvrages ou la réaffectation du sol en vue du rétablissement des lieux dans leur état antérieur. () ". Selon l'article L. 480-7 de ce code : " Le tribunal impartit au bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol un délai pour l'exécution de l'ordre de démolition, de mise en conformité ou de réaffectation ; il peut assortir son injonction d'une astreinte de 500 € au plus par jour de retard. L'exécution provisoire de l'injonction peut être ordonnée par le tribunal () ". L'article L. 480-9 dudit code dispose : " Si, à l'expiration du délai fixé par le jugement, la démolition, la mise en conformité ou la remise en état ordonnée n'est pas complètement achevée, le maire ou le fonctionnaire compétent peut faire procéder d'office à tous travaux nécessaires à l'exécution de la décision de justice aux frais et risques du bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol. / Au cas où les travaux porteraient atteinte à des droits acquis par des tiers sur les lieux ou ouvrages visés, le maire ou le fonctionnaire compétent ne pourra faire procéder aux travaux mentionnés à l'alinéa précédent qu'après décision du tribunal judiciaire qui ordonnera, le cas échéant, l'expulsion de tous occupants ". En vertu de l'article R. 480-4 de ce code : " L'autorité administrative habilitée à exercer les attributions qui sont définies aux articles L. 480-2 (alinéas 1er et 4), L. 480-5, L. 480-6 (alinéa 3) et L. 480-9 (alinéas 1er et 2), est le préfet. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2122-34 du code général des collectivités territoriales : " Dans le cas où le maire, en tant qu'agent de l'Etat, refuserait ou négligerait de faire un des actes qui lui sont prescrits par la loi, le représentant de l'Etat dans le département peut, après l'en avoir requis, y procéder d'office par lui-même ou par un délégué spécial () ".

3. Il résulte des articles L. 480-5, L. 480-7 et L. 480-9 du code de l'urbanisme que, au terme du délai fixé par la décision du juge pénal prise en application de l'article L. 480-5, il appartient au maire ou au fonctionnaire compétent, de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers, sous la réserve mentionnée au deuxième alinéa de l'article L. 480-9, de faire procéder d'office à tous travaux nécessaires à l'exécution de cette décision de justice, sauf si des motifs tenant à la sauvegarde de l'ordre ou de la sécurité publics justifient un refus.

4. Ainsi qu'il a été dit, M. B et autres ont demandé à la préfète, par courrier du 3 juin 2022, d'abandonner la procédure initiée sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme et, par voie de conséquence, leur expulsion, préalable nécessaire aux travaux de démolition. Le courrier du 11 juillet 2022, par lequel la préfète de l'Ain a confirmé que l'Etat allait procéder d'office, à une date postérieure au 1er septembre 2022, à tous les travaux nécessaires à l'exécution des décisions pénales et leur a demandé de libérer les lieux de tout occupant et de tout mobilier avant le 31 août 2022, doit être regardé comme le rejet expresse de cette demande. Ce courrier constitue ainsi une décision de procéder à l'exécution d'office des travaux sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, dont l'expulsion des requérants n'est que la conséquence. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision du 11 juillet 2022 portant mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme et la décision implicite rejetant le recours gracieux formé le 26 juillet 2022.

5. Une décision qui a le même objet qu'une précédente décision devenue définitive est, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige, purement confirmative. Une telle décision est, par conséquent, insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

6. La décision en litige a le même objet que les décisions des 3 mars 2011 et 10 juillet 2012 par lesquelles le préfet de l'Ain a décidé de faire procéder d'office aux travaux nécessaires à l'exécution des décisions pénales sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme. Ces décisions, dont les requérants ont nécessairement eu connaissance durant l'instance n° 1105163 qui a donné lieu à un jugement du 2 juillet 2014, sont devenues définitives. En l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait, la décision du 11 juillet 2022 est purement confirmative de celles des 3 mars 2011 et 10 juillet 2012 et n'est pas de nature à rouvrir les délais de recours contentieux. Par suite, la requête de M. B et autres, enregistrée au greffe du tribunal le 27 juillet 2022, a été présentée tardivement et n'est, dès lors, pas recevable.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B et autres doit être rejetées en toutes ses conclusions, y compris celles formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, désigné représentant unique, et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2205762

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