lundi 24 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 19 juillet 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a procédé au retrait de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire, a fixé le Libéria comme pays de destination et lui a fait obligation de se présenter aux services de police ;
2°) d'enjoindre à cette autorité administrative de lui restituer sans délai son titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de son titre de séjour sont recevables dès lors qu'elles concernent un titre de séjour dont la délivrance ne fait pas suite à une injonction du tribunal ;
- la procédure contradictoire préalable au retrait n'a pas été respectée ;
- le retrait est entaché d'une erreur de droit, le titre retiré n'ayant pas été délivré sur injonction du tribunal ; il a été accordé au regard d'un nouveau contrat d'apprentissage et d'une nouvelle autorisation de travail ; il remplissait les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est à tout le moins entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité du retrait du titre de séjour ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire manque de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle l'oblige à quitter le territoire français quelques jours avant la fin de son apprentissage ;
- la décision attaquée fixant le pays de destination devra être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du retrait de titre et de la mesure d'éloignement ;
- l'obligation de se présenter aux services de police devra être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du retrait de titre et de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne comporte aucune limitation dans le temps.
Par un mémoire enregistré le 9 août 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 7 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur,
- et les observations de Me Zouine, pour M. B, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant libérien né le 10 janvier 2002, est entré en France en février 2019 à l'âge de dix-sept ans. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ardèche par une ordonnance du 18 février 2019 et a entamé une scolarité pour préparer un CAP en mécanique automobile. A la suite d'une demande de titre de séjour déposée le 10 septembre 2019, le préfet de l'Ardèche lui a opposé un refus assorti d'une mesure d'éloignement, par un arrêté du 12 juin 2020. Ces décisions ont été annulées par un jugement du 31 décembre 2020 du tribunal administratif de Lyon, qui a également enjoint à l'autorité administrative de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié ". Au terme de la durée de validité du titre délivré en exécution de cette injonction, le préfet de l'Ardèche a octroyé à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'en février 2023. À la suite de l'annulation du jugement par la cour administrative d'appel de Lyon, par un arrêt du 7 avril 2022, le préfet a procédé, par un arrêté du 19 juillet 2022, au retrait de ce titre de séjour, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Libéria comme pays de destination et l'a obligé à se présenter aux services de police. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
3. Aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
4. Si le préfet de l'Ardèche a délivré à M. B, en exécution du jugement précité du tribunal administratif de Lyon du 31 décembre 2020, un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable du 10 février 2021 au 9 février 2022, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le titre qu'il lui a accordé, portant la mention " travailleur temporaire ", valable du 10 février 2022 au 9 février 2023, résultait nécessairement d'une nouvelle appréciation de la situation de l'intéressé, alors qu'il avait plus de dix-neuf ans et qu'il ne pouvait par suite bénéficier des dispositions de l'article L. 435-3. Ainsi, ledit titre a été octroyé au regard de critères différents, alors que le requérant justifie avoir disposé à l'époque d'un contrat d'apprentissage d'un an, assimilé à un contrat à durée déterminée, effectif à compter du 1er septembre 2021, pour la préparation du CAP " maintenance des véhicules " avec le centre de formation de la chambre de commerce et d'industrie de l'Ardèche, ainsi que d'une autorisation de travail accordée par les services de l'État le 9 août 2021, pour un contrat à durée déterminée de douze mois. Par suite, le préfet de l'Ardèche ne peut soutenir que ce titre découlait logiquement du jugement précité du 31 décembre 2020 et que le retrait est justifié par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 7 avril 2022 qui a annulé ce jugement.
5. Le préfet de l'Ardèche se prévaut en défense des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent de retirer à tout moment un titre si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions de délivrance, la cour administrative d'appel de Lyon ayant relevé le caractère frauduleux des documents d'identité présentés par M. B à l'appui de sa demande de titre de séjour déposée en septembre 2019. Toutefois, ce motif est relatif à la détermination de la date de naissance de l'intéressé, au regard des conditions à remplir pour bénéficier d'un titre de séjour fondé sur les dispositions de l'article L. 435-3 précité. Au surplus, l'intéressé a produit depuis lors un nouvel extrait d'acte de naissance, délivré par la section consulaire de l'ambassade du Liberia et daté du 28 janvier 2020, dont la force probante n'est pas remise en cause. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet de l'Ardèche a commis une erreur de droit en procédant au retrait du titre de séjour qui lui avait été délivré.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Ardèche du 19 juillet 2022 retirant son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble des décisions subséquentes contenues dans le même arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement, qui annule la décision de retrait du titre de séjour et les décisions subséquentes, implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet de l'Ardèche restitue à M. B le titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 9 février 2023. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette mesure d'exécution, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SCP Couderc-Zouine, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de la SCP Couderc-Zouine.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Ardèche du 19 juillet 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Ardèche de restituer à M. B le titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SCP Couderc-Zouine une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Ardèche.
Copie en sera adressée à la SCP Couderc-Zouine.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président-rapporteur,
Mme Marie Monteiro, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
J.-P. Chenevey
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. C
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026