mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022, Mme A B épouse D, représentée par Me Rodrigues, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui est refusé, de mettre à la charge de l'Etat une même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requérante a demandé l'introduction de son époux sur le territoire français alors que celui-ci est déjà présent en France, ce qui faisait obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande de regroupement familial ;
- les moyens soulevés par Mme B épouse D ne sont pas fondés.
La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle de Mme B épouse D a été rejetée par une décision du 22 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Boulay, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne titulaire d'une carte de résident valable du 20 septembre 2021 au 19 septembre 2031, s'est mariée le 17 février 2018 avec M. C D, ressortissant algérien. Elle a déposé le 6 septembre 2018 une demande de regroupement familial au profit de son époux. Par une décision du 4 mars 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté cette demande.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, alors que la requérante ne justifie pas avoir informé la préfecture du Rhône qu'elle avait eu un enfant, né postérieurement à sa demande, cette décision fait mention des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Dès lors, elle comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent son fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, alors que Mme B épouse D ne justifie pas avoir porté la naissance de son enfant ou les éléments relatifs à sa situation médicale à la connaissance des services de la préfecture, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation avant de refuser de faire droit à sa demande de regroupement familial. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
5. Mme B épouse D fait valoir qu'elle réside depuis plus de quatorze années en France, où sont présents plusieurs membres de sa famille, qu'elle est titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans valable jusqu'en 2031, qu'elle est mariée depuis le 17 février 2018 avec son époux, présent en France depuis le 14 décembre 2017 et justifiant d'une insertion professionnelle, que le couple a un enfant née le 28 mars 2021, qu'elle était enceinte à la date de la décision attaquée et que la présence de son époux en France est nécessaire eu égard à son état de santé. Cependant, alors que la décision contestée n'a, par elle-même, pas pour effet de séparer Mme B épouse D de son époux et de leur fille, la circonstance qu'elle est atteinte d'asthme, pour lequel elle suit un traitement médicamenteux et qui aurait nécessité son hospitalisation en 2020, ne fait pas obstacle à ce que son époux puisse retourner temporairement en Algérie le temps de l'examen d'une nouvelle demande de regroupement familial à l'initiative de son épouse. Ainsi, la décision attaquée ne porte pas une atteinte excessive au droit de la requérante à mener une vie privée et familiale normale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. La décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant mineur de l'un de ses parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / () 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français () ".
9. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser à Mme B épouse D le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux, le préfet du Rhône, en se bornant à énoncer que la requérante ne justifiait pas de revenus au moins égaux au salaire interprofessionnel minimum de croissance, sans prendre en compte les ressources de son conjoint, et à indiquer que leur mariage présentait un caractère récent, s'est fondé sur le seul motif tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressée. Or, il appartenait au préfet du Rhône de prendre en compte, en application de l'article 4 de l'accord franco-algérien, les ressources du conjoint de la requérante, qui justifie d'un salaire supérieur à 1 500 euros mensuels, pour apprécier si elle justifiait de ressources stables et suffisantes. Ainsi, alors que l'ensemble des ressources du couple est supérieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance, le motif retenu dans la décision attaquée est entaché d'erreur de droit.
10. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Pour établir que la décision attaquée était légale, la préfète du Rhône invoque, dans son mémoire en défense, un autre motif, tiré de ce que l'époux de la requérante résidait déjà, à la date de cette décision, en France.
12. Or, la circonstance que M. D résidait irrégulièrement en France à la date de la demande de regroupement familial déposée par la requérante permettait, en application des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien susmentionné, de l'exclure du bénéfice du regroupement familial. Il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Dès lors, ce dernier peut être substitué au motif fondant la décision, dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver la requérante d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B épouse D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
P. Boulay
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026