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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205843

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205843

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantASTERIO CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet et 22 décembre 2022, la société DG immobile, représentée par la SELARL Asterio, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la directrice générale de l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes (EPORA) a exercé le droit de préemption urbain sur les biens cadastrés section AR nos 17, 23 et 24 sis rue Jules Ferry au lieu-dit " Le Pontet ", sur le territoire de la commune de Saint-Symphorien-d'Ozon ;

2°) de mettre à la charge de l'EPORA une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence, faute que soit établie la publicité régulière de la décision du 10 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Symphorien-d'Ozon a délégué le droit de préemption à l'EPORA ; cette décision n'a en outre pas été notifiée au liquidateur judiciaire ;

- elle est également entachée d'incompétence dès lors que, fondée sur un motif de développement économique relevant de la compétence de la communauté de communes du pays de l'Ozon, elle ne pouvait être prise pour le compte de la commune de Saint-Symphorien-d'Ozon par l'EPORA ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- aucun projet ne justifie l'exercice du droit de préemption ; le déficit du foncier économique de la communauté de communes du pays de l'Ozon ne peut justifier la préemption litigieuse ; aucun élément ne permet de s'assurer de l'identification du site concerné par la préemption ; rien ne justifie que la parcelle cadastrée section AR n° 17 soit comprise dans le périmètre de la préemption ;

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait, le site n'étant pas occupé par l'entreprise citée dans cette décision et le terrain d'assiette n'étant ni sous-évalué, ni pollué, ni voué à la démolition ;

- la décision de préemption litigieuse méconnaît les articles 2 et 4 du décret n° 98-923 du 14 octobre 1998 portant création de l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes (EPORA) en l'absence de convention entre l'EPORA et la commune de Saint-Symphorien-d'Ozon et de stipulation autorisant l'EPORA à préempter pour le compte de la commune.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 octobre 2022 et 16 janvier 2023, l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes (EPORA), représenté par la SCP Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés (Sensei avocats), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la société Ajup qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Bracq, représentant la société DG immobile, société requérante,

- et celles de Me Azogui, représentant l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes.

Une note en délibéré, présentée pour l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes, a été enregistrée le 19 septembre 2024.

Une note en délibéré et une pièce complémentaire, présentées pour la société DG immobile, ont été enregistrées le 20 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Une déclaration d'intention d'aliéner, reçue en mairie de Saint-Symphorien-d'Ozon le 15 avril 2022, a informé cette commune qu'une audience d'adjudication avait été fixée le 16 juin 2022 pour les biens cadastrés section AR nos 17, 23 et 24 sis rue Jules Ferry au lieu-dit " Le Pontet ". Par un jugement d'adjudication du 16 juin 2022, ces biens ont été adjugés à la société DG immobile. Par une décision du 4 juillet 2022, la directrice générale de l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes (EPORA) a exercé le droit de préemption urbain sur ces biens. La société DG immobile, adjudicataire évincé, demande l'annulation de cette décision du 4 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire. () ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues aux articles L. 211-2 à L. 211-2-3 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales : " I. ' La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : () / 2° Actions de développement économique dans les conditions prévues à l'article L. 4251-17 ; création, aménagement, entretien et gestion de zones d'activité industrielle, commerciale, tertiaire, artisanale, touristique, portuaire ou aéroportuaire ; () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 321-1 du code de l'urbanisme : " Dans les territoires où les enjeux d'intérêt général en matière d'aménagement et de développement durables le justifient, l'Etat peut créer des établissements publics fonciers. () / Les établissements publics fonciers mettent en place des stratégies foncières afin de mobiliser du foncier et de favoriser le développement durable, la lutte contre l'étalement urbain et la limitation de l'artificialisation des sols. () / Dans le cadre de leurs compétences, ils peuvent contribuer au développement des activités économiques, (). / Les établissements publics fonciers sont compétents pour réaliser toutes acquisitions foncières et immobilières dans le cadre de projets conduits par les personnes publiques et pour réaliser ou faire réaliser toutes les actions de nature à faciliter l'utilisation et l'aménagement ultérieur, au sens de l'article L. 300-1, des biens fonciers ou immobiliers acquis. () ".

5. Par une délibération du 9 juin 2020, le conseil municipal de Saint-Symphorien-d'Ozon a délégué à son maire l'exercice du droit de préemption urbain ainsi que la faculté de déléguer cet exercice. Par une décision du 10 mai 2022, le maire a délégué à l'EPORA le droit de préemption à l'occasion de l'aliénation des biens cadastrés section AR nos 17, 23 et 24. Il ressort des pièces du dossier que le droit de préemption a été exercé en vue de développer une nouvelle activité économique en lien avec l'artisanat ou la petite industrie, conformément à la stratégie globale en matière de développement économique de la communauté de communes du pays de l'Ozon qui souhaite engager un processus de requalification et d'optimisation des parcs d'activités. L'opération d'aménagement ainsi projetée entre dans les compétences de la communauté de communes du pays de l'Ozon définies à l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, et non dans les compétences de la commune. Par ailleurs, la circonstance qu'une convention d'études et de veille foncière ait été conclue le 18 juillet 2018 entre la commune de Saint-Symphorien d'Ozon, la communauté de communes du pays de l'Ozon et l'EPORA, relative au périmètre " Parc d'activités du Pontet - site Air Liquide ", est sans incidence sur les compétences statutaires de chaque collectivité et n'a pas eu pour objet ni pour effet de transférer la compétence en matière d'actions de développement économique à la commune de Saint-Symphorien d'Ozon. Ainsi, en déléguant à l'EPORA l'exercice du droit de préemption en vue de la réalisation d'une opération d'aménagement qui ne relevait pas des compétences de cette commune, mais de celle de la communauté de communes du pays de l'Ozon, le maire de Saint-Symphorien d'Ozon a entaché d'illégalité sa décision du 10 mai 2022. Dans ces conditions, la société DG immobile est fondée à soutenir que l'illégalité de cette décision emporte l'incompétence de la directrice générale de l'EPORA pour exercer, par la décision attaquée du 4 juillet 2022, par délégation, le droit de préemption.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 juillet 2022 de la directrice générale de l'EPORA est entachée d'illégalité et doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EPORA le versement d'une somme de 1 400 euros au profit de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de cet article font obstacle à ce que soit mis à la charge de cette société, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par l'EPORA et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 juillet 2022 de la directrice générale de l'EPORA est annulée.

Article 2 : L'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes versera à la société DG immobile une somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société DG immobile, à l'Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes et à la société Ajup.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F.-M. ALe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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