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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205851

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205851

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAMALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés le 29 juillet 2022, les 27 octobre et 9 décembre 2023 ainsi que le 25 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Mamalet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le maire de la commune de Charmes-sur-Rhône sur sa demande en date du 4 avril 2022 tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Charmes-sur-Rhône de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) de condamner la commune de Charmes-sur-Rhône à lui verser une indemnité de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle a subi ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Charmes-sur-Rhône la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que c'est à tort que le bénéfice de la protection fonctionnelle lui a été refusé dès lors qu'elle est victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, la commune de Charmes-sur-Rhône, représentée par la Selarl Retex Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête à fin d'indemnisation ne sont pas recevables, faute pour la requérante d'avoir présenté une demande préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mamalet pour Mme A ainsi que celles de Me Marthelet pour la commune de Charmes-sur-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Employée par la commune de Charmes-sur-Rhône en qualité de directrice générale des services entre les mois de septembre 2016 et de mars 2019, Mme A conteste la décision implicite de refus née du silence conservé par la commune sur sa demande en date du 4 avril 2022 tendant à ce qu'elle bénéficie de la protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral dont elle estime avoir fait l'objet de la part du maire de Charmes-sur-Rhône.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre () les agissements constitutifs de harcèlement () dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

3. En premier lieu, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose un délai pour demander la protection prévue par les dispositions citées au point précédent et que la procédure pénale relative aux faits de harcèlement dénoncés par la requérante demeure pendante, la commune de Charmes-sur-Rhône n'est pas fondée à se prévaloir de l'ancienneté des faits en cause pour soutenir que la décision implicite en litige peut trouver son fondement dans la tardiveté de la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme A.

4. En second lieu, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

5. Pour soutenir que c'est à tort qu'un rejet a été opposé à sa demande de protection fonctionnelle, Mme A fait état de façon circonstanciée du comportement colérique et dévalorisant du maire de Charmes-sur-Rhône à son égard, comme d'ailleurs à l'égard d'autres agents de la commune, de la décision de celui-ci de lui retirer certaines des fonctions inhérentes à sa qualité de directrice générale des services, en particulier en matière de gestion des ressources humaines, ou encore de sa mise à l'écart de réunions auxquelles elle avait vocation à être conviée, ainsi que des conséquences du comportement de cet élu sur son état de santé. Alors que les écritures de la requérante et les éléments qu'elle produit sont de nature à faire présumer l'existence du harcèlement moral allégué et que les faits en cause ont d'ailleurs justifié, outre l'ouverture d'une instruction pénale à la suite notamment de la plainte déposée par l'intéressée le 13 décembre 2017, le renvoi du maire de Charmes-sur-Rhône devant le tribunal correctionnel de Privas par une ordonnance du 18 janvier 2024, la commune défenderesse se borne pour sa part à dénier le caractère de harcèlement moral aux faits en débat et n'apporte au dossier aucun élément permettant d'éclairer les circonstances dans lesquelles se sont produits les faits relatés par Mme A. Dans ces conditions et alors que la commune de Charmes-sur-Rhône ne contredit ainsi pas utilement les éléments qu'elle avance, Mme A est fondée à soutenir que le refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposé est entaché d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite portant refus d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme A doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu de ses motifs, l'exécution du présent jugement implique que la commune de Charmes-sur-Rhône accorde à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Si Mme A demande l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité du rejet de sa demande de protection fonctionnelle, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante a formé une demande tendant à la réparation du préjudice allégué auprès de la commune défenderesse. Dans ces conditions, la commune de Charmes-sur-Rhône est fondée à soutenir que les conclusions de Mme A à fin d'indemnisation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de Mme A, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Charmes-sur-Rhône, le versement à la requérante de la somme de 1 400 euros au titre des frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commune de Charmes-sur-Rhône portant refus d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Charmes-sur-Rhône d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Charmes-sur-Rhône versera à Mme A la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Charmes-sur-Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La rapporteure,

C. FeronLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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