jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205866 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de justification d'un avis préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- il est entaché d'erreur de droit, la préfète s'étant crue liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, étant fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée.
Par ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 à 16h30.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique au cours de laquelle le rapport de Mme B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de République démocratique du Congo, est entré sur le territoire français le 2 février 2014 selon ses déclarations. Après avoir été titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade de 2017 à 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 16 juin 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 4 mars 2022, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'arrêté attaqué vise la demande de renouvellement de titre de séjour pour raison de santé. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas pris en compte l'état de santé de l'intéressé et la circonstance qu'il a été titulaire, de 2017 à 2021, d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il ne ressort enfin pas plus des pièces du dossier que l'autorité compétente se serait crue liée par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 8 février 2022. Les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la demande et de la situation du requérant et de l'erreur de droit quant à l'étendue de la compétence dont disposait la préfète, doivent, par suite, être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. "
5. Il ressort des pièces transmises par la préfète de la Loire qu'à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. C, un avis, produit à l'instance, a été émis le 8 février 2022 sur l'état de santé du requérant par le collège de médecins de l'OFII, préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'acte en litige serait entaché d'un vice de procédure résultant de l'inexistence de cet avis doit être écarté, ce moyen étant au surplus inopérant en tant qu'il est soulevé à l'encontre des décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.
6. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, l'intéressé fait valoir qu'il est suivi par le service de gastro-entérologie et d'hépathologie du centre hospitalier universitaire de l'hôpital Nord de Saint-Etienne pour une hépatite chronique B au stade de cirrhose F3-F4. Il indique être traité depuis de nombreuses années par Tenofovir 245 et être suivi en consultation de façon semestrielle, avec à chaque fois un bilan biologique et échographique. Pour établir qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement du traitement approprié en République démocratique du Congo, il se borne à produire un certificat médical d'un gastroentérologue certifiant que l'absence de traitement pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa santé, ainsi qu'un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) datant du 19 juin 2018 faisant état de considérations générales sur le système de santé de République démocratique du Congo. En outre, la circonstance qu'au cours des années 2017 à 2020, le médecin de l'agence régionale de santé puis le collège de médecins de l'OFII aient estimé que les soins nécessités par l'état de santé du requérant étaient indisponibles dans son pays d'origine ne saurait permettre d'établir la persistance de cette indisponibilité à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, par la production de ces seules pièces, le requérant ne contredit pas sérieusement l'avis médical du collège de médecins de l'OFII du 8 février 2022, et notamment le positionnement dudit collège sur la possibilité d'accéder effectivement à un traitement et à un suivi appropriés à son état de santé en République démocratique du Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérant en tant qu'il est soulevé à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si M. C fait valoir qu'il réside depuis plus de huit années sur le territoire français, dont cinq années en séjour régulier, et qu'il justifie d'une intégration socio-professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où vivent ses deux enfants. Dans ces conditions, alors même qu'il justifie d'une intégration professionnelle en France durant la période de séjour régulier, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par l'acte en litige. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision de refus de titre de séjour :
10. L'arrêté attaqué, qui n'a pas à rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision de refus de renouvellement du titre de séjour se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
12. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emportent la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit, en l'absence de tout autre élément invoqué, être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9.
En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :
13. L'arrêté attaqué, qui n'a pas à rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision fixant le pays de destination se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marie Monteiro, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026