vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205870 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2022, M. C E, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant six mois sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- elles sont entachées d'erreur de droit, faute pour la préfète de la Loire d'avoir procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et pris en considération l'intérêt supérieur de ses enfants ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstances particulières ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant six mois :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur de droit au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son principe, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans sa durée ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par M. E ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention des Nations Unies du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 3 août 2022, Mme B a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, pour M. E, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, à l'exception de ceux tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués et de la violation du droit d'être entendu, expressément abandonnés, indique que si l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur la circonstance que M. E se maintient irrégulièrement sur le territoire français, il n'a jamais pu déposer de demande d'admission exceptionnelle au séjour faute de rendez-vous et compte-tenu des exigences, non prévues par la loi, imposées aux demandeurs par les services préfectoraux et souligne que les décisions attaquées méconnaissent non seulement les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, mais aussi celles de l'article 7 de la convention internationale relative aux personnes handicapées ;
- et les observations de M. E, assisté de Mme D, interprète en langue albanaise, qui, interrogé sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, expose qu'il risque d'être tué par une personne de son village avec laquelle il est en conflit, sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités policières, qui ont immédiatement relâché cet individu après l'avoir interpellé.
La préfète de la Loire n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant albanais né le 2 mars 1986, serait entré en France le 15 avril 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 18 octobre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 mars 2018. M. E a fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 26 novembre 2018 et 22 juin 2021. Le 28 juillet 2022, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits d'usage d'un faux permis de conduire. Par des arrêtés du 29 juillet 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, d'une part, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que la fille de M. E, A, née le 21 février 2021, présente une syndactylie bilatérale des trois doigts ulnaire " complète et complexe ", pour laquelle elle a été opérée le 30 juin 2022, un nouveau geste chirurgical étant nécessaire environ six mois plus tard selon les médecins la prenant en charge au sein du service de chirurgie infantile du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne. Lors de son audition par les services de police le 29 juillet 2022, M. E a indiqué que sa fille " [subissait] des opérations de la main car quand elle est née elle avait les doigts collés " et qu'elle " [était] suivie à l'hôpital Nord ", dont il sortait au moment de son interpellation. Or, dans son arrêté du 29 juillet 2022, la préfète de la Loire ne mentionne ni la malformation dont est atteinte la jeune A, ni le traitement chirurgical en cours, se bornant à viser le jugement rendu par la magistrate désignée par la présidente du tribunal le 28 juin 2021 dans l'instance concernant la précédente obligation de quitter le territoire français visant M. E, au cours de laquelle aucune précision n'avait toutefois été apportée concernant l'état de santé de l'enfant, et à indiquer que l'épouse du requérant se trouvant elle-même en situation irrégulière, la cellule familiale qu'ils forment avec leurs deux enfants mineurs peut se reconstituer en Albanie. Une telle motivation révèle un défaut d'examen particulier de la situation de M. E, qui n'est démenti par aucune autre pièce du dossier. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de la préfète de la Loire du 29 juillet 2022 obligeant M. E à quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant six mois et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
5. Eu égard au motif d'annulation retenu après examen de tous les autres moyens, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, ainsi que le demande l'intéressé. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. E de la somme de 1 000 euros au titre de ses frais d'instance.
DECIDE :
Article 1er : Les arrêtés du 29 juillet 2022 par lesquels la préfète de la Loire a obligé M. E à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, d'une part, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.
Article 3 : L'Etat versera à M. E la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
La magistrate désignée,
R. B
La greffière,
N. Oudji
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026