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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205901

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205901

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 2 août 2022, sous le n° 2205901, Mme H, représentée par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 21 septembre 2022.

Par une décision du 30 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II - Par une requête enregistrée le 2 août 2022, sous le n° 2205904, M. E C, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 21 septembre 2022.

Par une décision du 30 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2205901 et n° 2205904 présentées respectivement pour Mme A et M. C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme A et M. C, ressortissants albanais nés respectivement en 2001 et 2000, sont entrés en France en octobre 2021. Ils ont présenté chacun une demande d'asile, qui ont été rejetées par décisions du 25 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par deux arrêtés du 20 juillet 2022, la préfète de la Loire les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office. Mme A et M. C demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la légalité des arrêtés du 20 juillet 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

3. Les arrêtés attaqués ont été signés par M. G D, sous-préfet de Montbrison, titulaire d'une délégation de signature à cet effet en cas d'absence de M. Schuffenecker, secrétaire général, par arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ne séjournaient en France que depuis quelques mois, à la date des décisions attaquées, après avoir vécu l'essentiel de leur vie en Albanie. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments faisant obstacle à ce qu'ils puissent mener une vie familiale normale dans leur pays d'origine et même s'ils font valoir que leur premier enfant est né en France et qu'ils y sont bien intégrés, les décisions obligeant Mme A et M. C à quitter le territoire français ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En deuxième lieu, les décisions en litige ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de l'enfant des requérants, au seul motif que ce dernier est né en France le 15 juin 2022. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'indiquant pas par elles-mêmes le pays vers lequel doivent être réalisées les mesures d'éloignement, le moyen tiré par les requérants des risques encourus en Albanie et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. En premier lieu, les décisions fixant le pays de destination citent les dispositions applicables et précisent que Mme A et M. C, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 5, et alors que les décisions n'ont pas pour effet de séparer les requérants, le moyen selon lequel les décisions fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Les requérants soutiennent qu'un retour en Albanie les exposerait, en vertu de la loi du kanun, à de graves menaces de représailles de la part de membres de leurs familles qui ont refusé leur union. Toutefois, ils n'établissent pas, par leur récit et les pièces produites, la réalité des faits allégués et l'existence de risques personnels et actuels en cas de retour en Albanie, alors qu'au demeurant, leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, en désignant ce pays comme pays de renvoi, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A et M. C ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés du 20 juillet 2022 de la préfète de la Loire sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte des requêtes doivent également être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2205901 de Mme A est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2205904 de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H, à M. E C et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry BLa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,-2205904

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