lundi 8 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205920 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MANTIONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, sous le n° 2205920, Mme A B demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet du Rhône l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône ;
4°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission.
Mme B soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen personnalisé et attentif de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent le principe de respect du droit de la défense ;
- elle méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- elle méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le 3 août 2022, le préfet du Rhône a versé des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 août 2022, M. Pineau, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Mantione, avocate pour Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en se désistant toutefois du moyen tiré de l'incompétence. Sont rappelées les conditions d'entrée de Mme B alors qu'elle était mineure, sa prise en charge par son oncle dans le cadre d'une Kafala et les études suivies en France. Elle souligne que si Mme B a fait l'objet d'un refus de séjour et d'une mesure d'éloignement confirmés par le tribunal et la cour administrative d'appel, le préfet n'a pas pris en compte un élément déterminant révélé postérieurement à ces décisions puisque Mme B a été victime de violences conjugales de la part de son compagnon, père de son enfant, qui a été condamné à un an de prison ferme et est incarcéré. Cette circonstance pouvait lui ouvrir un droit au séjour et les décisions attaquées l'exposent à des risques en Algérie où son ex-compagnon sera nécessairement reconduit au terme de sa peine et où elle ne pourra pas bénéficier de la protection lui ayant été reconnue en qualité de victime. Cette qualité constitue une circonstance particulière de nature à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination l'expose à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, elle présente un caractère disproportionné en la privant de la possibilité de revenir en France où elle dispose d'attaches familiales et où elle bénéficie d'une prise en charge sociale, psychologique et éducative.
- les observations de Mme B qui répond aux questions posées dans le cadre de l'instruction s'agissant de ses études en France, la participation éventuelle du père de son enfant à son entretien malgré son incarcération et les liens qu'elle conserve en Algérie.
- les observations de Mme C, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés. Elle précise que la requérante n'a pas présenté de demande de titre de séjour en raison de violences conjugales, ni entrepris des démarches pour prendre un rendez-vous et relève qu'elle n'a pas fait part de cette information lors de son audition par les services de police. La requérante ne justifie pas de liens particuliers en France puisqu'il ressort des précédents contentieux que son oncle a mis fin à son hébergement suite à une mésentente, qu'elle a alors bénéficié d'un contrat jeune majeur en raison de son isolement et si elle a obtenu un diplôme, elle ne démontre pas avoir poursuivi une scolarité ni exercé des activités salariées. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, il est valablement fondé sur l'inexécution de la précédente mesure d'éloignement. S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, la requérante ne démontre pas y encourir des risques, son concubin étant incarcéré en France et il n'est pas certain qu'il sera reconduit en Algérie et ne s'y trouve pas actuellement. Enfin, l'interdiction de retour sur le territoire ne présente pas un caractère disproportionné puisque sa durée est limitée à un an sur un maximum possible de trois ans.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 17 septembre 1999, est entrée en France en septembre 2015 munie d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 13 août 2020, qui sera confirmé par un jugement du tribunal du 26 février 2021 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 18 novembre 2021, l'intéressée a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours. S'étant maintenue sur le territoire français, le préfet du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à Mme B, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an par un arrêté du 22 juillet 2022. Le préfet du Rhône a, par une décision du même jour, assigné Mme B à résidence dans le département du Rhône. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions prises à son encontre par le préfet du Rhône le 22 juillet 2022.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précisent les éléments qui ont conduit le préfet du Rhône à édicter à l'encontre de Mme B les décisions contestées. S'agissant de la mesure d'éloignement, elle vise les dispositions du 3° de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle que l'intéressée a fait l'objet d'une décision portant refus de séjour, le 13 août 2020, et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en dépit de cette décision et de la mesure d'éloignement dont elle était assortie. La décision portant refus de délai de départ volontaire vise le 3° de l'article L. 612-2 du code précité relatives au risque de soustraction à une mesure d'éloignement et les dispositions du 3°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code et la décision précise notamment que Mme B s'est maintenue irrégulièrement, qu'elle ne justifie pas de ses moyens d'existence ni d'une résidence effective ou permanente ayant indiqué vivre dans un foyer d'hébergement. Ensuite, la décision fixant le pays de destination vise l'article L. 721-4 du code précité, rappelle que Mme B est de nationalité algérienne et précise que l'intéressée n'établit pas être exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, elle vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle précise que la requérante ne justifie pas de circonstances humanitaires, qu'elle ne justifie ni de la nature ni de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. Enfin, s'agissant de la décision d'assignation à résidence, le préfet a visé les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé que l'intéressée avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 21 juillet 2022 pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'avait été accordé et que si Mme B ne peut immédiatement quitter le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable, perspective devant conduire à ce qu'elle se présente aux fins de pointage deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Francheville. Les décisions en litige comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettent à la requérante de discuter utilement les motifs lui ayant été opposés. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant d'édicter à son encontre les décisions contestées. La requérante fait état de ce qu'elle a été victime de violences conjugales et de ce que postérieurement aux décisions des juridictions administratives mentionnées au point 1, elle a reçu notification du jugement du tribunal judiciaire de Lyon du 14 octobre 2021 par lequel son ex-compagnon, père de son fils, a été condamné à douze mois d'emprisonnement, dont six mois assorti d'un sursis probatoire de deux ans, période où ce dernier devra s'abstenir de paraître au domicile de la requérante, d'entrer en contact avec elle et se soumettre à des mesures médicales. Mme B soutient que le préfet n'aurait pas pris en compte ces éléments, de nature à lui ouvrir un droit au séjour en qualité de victime de violences conjugales, avant d'édicter les décisions contestées. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition de la requérante du 21 juillet 2022, produit par le préfet en défense, que Mme B n'a nullement fait état des éléments précités et si elle a indiqué entendre déposer une nouvelle demande de titre de séjour pour la vie privée et familiale et attendre à cette fin que son fils soit scolarisé pour déposer son dossier comportant des certificats de scolarité au mois de septembre, elle n'a pas évoqué les violences conjugales précitées ni son intention de solliciter son admission au séjour à ce titre. Par suite et alors que les décisions attaquées précisent les éléments déterminants de la situation de la requérante et les éléments dont elle s'était prévalue lors de son audition, le préfet ne saurait être regardé comme n'ayant pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de lui faire obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à destination du pays dont elle a la nationalité et de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et en l'assignant à résidence. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit ainsi être écarté.
7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, invoqués dans les écritures de la requérante, n'est pas assorti cependant de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Mme B fait état de la durée de son séjour en France où elle est arrivée mineure, prise en charge par son oncle dans le cadre d'une kafala, de la scolarité suivie sur le territoire français, de la naissance de son fils, le 24 octobre 2019, et de ce qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales en Algérie, pays qu'elle a quitté depuis huit ans. Toutefois, la requérante s'est maintenue irrégulièrement en dépit de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, prises à son encontre en août 2020, et de la confirmation juridictionnelle réitérées de ces décisions. Par ailleurs, Mme B est désormais majeure et si elle invoque la présence sur le territoire de son oncle et d'autres membres de sa famille, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'elle se trouve en situation d'isolement en France où elle est hébergée depuis cinq mois au sein d'un centre d'hébergement d'urgence, l'intéressée ayant bénéficié antérieurement d'un contrat jeune majeur en raison de son isolement familial et Mme B n'établit pas être dépourvue de toute attache, privée ou familiale, en Algérie, où elle a vécu pour l'essentiel et où, ainsi qu'il ressort de l'arrêt de cour administrative d'appel susmentionné, sa grand-mère, à qui elle avait été confiée par un acte de kafala entre 2001 et 2017, réside. La requérante fait par ailleurs état d'une scolarité en France et de l'obtention d'un CAP " employé de commerce multi-spécialités " en juin 2018 mais il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait poursuivi sa scolarité, une formation ou qu'elle exercerait des activités salariées, l'intéressé étant en outre défavorablement connu des services de police pour des faits de vols intervenus en novembre 2016 et ayant été mise en cause personnellement pour des faits de recel de vol le 21 juillet 2022. Enfin, Mme B n'apporte pas la preuve de ce qu'elle ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment en Algérie où elle a passé l'essentiel de son existence, et dont son fils a également la nationalité, de telle sorte que l'enfant ne sera pas séparé de sa mère avec laquelle il vit depuis sa naissance. Il résulte de ces éléments que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis ni que le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son fils mineur en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme B en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, si la requérante fait état de ce que sa qualité de victime de violences conjugales serait de nature à lui ouvrir un droit au séjour, il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que l'intéressée n'a, d'une part, pas évoqué cette circonstance lors de son audition et lorsqu'elle a été invitée à présenter des observations écrites et que, d'autre part, elle n'a pas présenté de demande tendant à obtenir la délivrance d'un titre de séjour pour ce motif, ni entamé des démarches à cette fin. A supposer qu'elle ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne sont, en tout état de cause, pas applicables aux ressortissants algériens et Mme B ne peut être regardée comme relevant de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit faisant obstacle à ce que lui soit fait obligation de quitter le territoire français.
11. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison des risques invoqués dans le pays d'origine, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision faisant obligation à l'intéressée de quitter le territoire français, laquelle, par elle-même, n'implique pas un retour en Algérie de Mme B.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
13. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône se serait cru tenu de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme B. Le préfet a, au contraire, examiné sa situation au regard des dispositions précitées et a retenu, au terme de cet examen, un risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement, notamment en l'absence de garanties de représentation et compte tenu de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement, devant conduire à ce que Mme B se voit refuser l'octroi du délai de départ volontaire de droit commun. Enfin, le préfet a estimé qu'aucune circonstance particulière ne justifiait que soit accordé en délai de départ volontaire à Mme B. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
14. En deuxième lieu, si Mme B invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ne ressort pas de sa situation personnelle et familiale telle qu'exposée précédemment, notamment le fait qu'elle se trouve en situation d'isolement avec son enfant mineur sur le territoire français, que la décision portant refus de délai de départ volontaire puisse être regardée comme portant atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France ni à l'intérêt supérieur de son fils mineur. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
15. En troisième lieu, la condamnation de l'ex-compagnon de Mme B, par un jugement du tribunal judiciaire de Lyon en date du 14 octobre 2021, pour des faits de violence commis contre la requérante, violence aggravée par une autre circonstance, ayant entrainé une incapacité n'excédant pas huit jours, pour menace de mort réitérée, et pour dégradation ou détérioration de biens, faits ayant été commis le 23 juillet 2021, ne peut être regardée, alors que l'ex-compagnon de Mme B est incarcéré à la date de la décision en litige, comme constituant une circonstance particulière au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant conduire à ce que le préfet accorde à Mme B un délai de départ volontaire malgré le risque de soustraction résultant de l'absence de garantie de représentation et de l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
18. Mme B soutient que la décision attaquée l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations précitées en raison, d'une part, des difficultés rencontrées par les mères célibataires en Algérie et, d'autre part, compte tenu du fait que son ex-compagnon, également de nationalité algérienne et en situation irrégulière en France, sera reconduit au terme de sa peine d'emprisonnement en Algérie où il n'aura pas à respecter les mesures lui ayant été imposées par le jugement susmentionné du tribunal judiciaire de Lyon du 14 octobre 2021, Mme B indiquant qu'elle pourrait alors être à nouveau victime de ses violences. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 9, Mme B a passé l'essentiel de son existence en Algérie où réside d'ailleurs sa grand-mère et en se bornant à invoquer la condition des mères célibataires et des difficultés rencontrées par ces dernières dans son pays d'origine, elle n'établit pas être exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, dès lors que son ex-compagnon se trouve, à la date de la décision attaquée, sur le territoire français et qu'en tout état de cause, il n'est pas établi que ce dernier regagnera l'Algérie au terme de son incarcération, Mme B ne démontre pas le caractère actuel, réel et personnel des menaces qu'elle invoque, ni au demeurant que les autorités algériennes ne pourraient lui assurer une protection dans l'hypothèse où son ex-compagnon serait reconduit dans l'Algérie. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B que le préfet du Rhône a pu au pays dont elle a la nationalité ou tout pays où elle établit être légalement admissible le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
19. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, Mme B n'apportant pas la preuve de ce qu'elle ne pourrait poursuivre son existence avec son fils mineur, également de nationalité algérienne, en Algérie où elle a passé l'essentiel de son existence.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
21. Pour prononcer à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet du Rhône a examiné la situation de la requérante au regard des critères prévus par les dispositions précitées en relevant, au cours de cet examen, que l'intéressée ne justifie pas de circonstances humanitaires, ni de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. Si la requérante fait état de ce qu'elle est prise en charge au sein d'un foyer et bénéficie en qualité de mère célibataire d'une assistance éducative et d'un suivi psychologique, ces éléments ne permettent pas de caractériser des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées qui auraient dû conduire le préfet à s'abstenir d'assortir la mesure d'éloignement sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet ne pouvant davantage être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant du prononcé de la décision attaquée en raison de la condamnation de l'ex-compagnon de Mme B pour violences conjugales, eu égard aux éléments qui ont été exposés précédemment. Ensuite, Mme B soutient que la durée d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an présenterait un caractère disproportionné compte tenu de son séjour en France depuis 2015 et des attaches familiales dont elle y dispose mais il ressort des pièces du dossier qu'elle se trouve en situation d'isolement sur le territoire national, ainsi qu'il a été exposé au point 9, et dès lors qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour en litige, cette durée ne présentant pas un caractère disproportionné dans la mesure où elle pouvait aller jusqu'à trois ans. En outre, si Mme B indique avoir maintenu avec son oncle vivant en France des liens réguliers, il lui est loisible, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de la décision attaquée puis de revenir régulièrement sur le territoire national.
22. En dernier lieu, si Mme B invoque les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens doivent, en l'absence de toute argumentation distincte, être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
23. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Enfin l'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
24. En premier lieu, alors que Mme B, qui est hébergée au sein d'un foyer situé à Francheville, est assignée à résidence dans le département du Rhône, avec une obligation de se présenter deux fois par semaine, les lundi et jeudis entre 14 heures et 18 heures à la brigade de gendarmerie de Francheville, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Enfin, le préfet du Rhône n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B, laquelle ne fait état d'aucune circonstance précise tenant à sa situation personnelle et familiale susceptible de l'empêcher de se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Francheville.
25. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison de risques dans le pays d'origine, demeure, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2205920 de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mantione et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.
Le magistrat désigné,
N. Pineau
La greffière
N. Oudji
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026