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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205952

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205952

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2022, M. A D, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait, notamment au regard de sa situation à la lumière de l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- il est entaché d'erreur de droit, en l'absence d'examen de sa situation au regard de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de justification d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'un avis préalable du collège de médecins de l'OFII ; en outre, il n'est pas démontré que l'avis aurait été rendu par un collège de trois médecins, régulièrement habilités par le directeur de l'office, et sans intervention du praticien ayant établi le rapport médical transmis au collège ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lu à la lumière de la circulaire du 28 novembre 2012 invoquée sur le fondement de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'en raison de son état de santé, il relève du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale, étant fondée sur un refus de titre de séjour et une décision portant obligation de quitter le territoire français eux-mêmes illégaux ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, étant fondée sur un refus de titre de séjour et une décision portant obligation de quitter le territoire français eux-mêmes illégaux ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois est illégale, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2022 à 16 h 30.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B C,

- et les observations de Me Guillaume, représentant M. D, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, est entré sur le territoire français le 23 janvier 2011 selon ses déclarations. Par un arrêté du 5 juillet 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 4 mars 2022, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'arrêté attaqué ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'expose pas expressément les raisons pour lesquelles les décisions qu'il contient ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. D ne saurait caractériser une insuffisante motivation en droit comme en fait des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas pris en compte la présence en France des enfants mineurs du requérant et n'aurait pas examiné la situation de ce dernier à la lumière de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.() ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces transmises par la préfète de la Loire qu'un rapport médical a été établi le 28 septembre 2021, à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. D. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le 28 septembre 2021. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis, également produit à l'instance, a ensuite été émis sur l'état de santé du requérant par ledit collège, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le médecin ayant établi le rapport médical n'ayant pas participé à la délibération de ce collège, composé de trois autres médecins, les docteurs Fresneau, Zak-Dit-Zbar et Cizeron, lesquels ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'OFII par une décision du 10 août 2021, régulièrement publiée sur le site de l'office et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée de vices de procédure résultant de l'inexistence de cet avis et du rapport médical, de ce qu'il n'est pas démontré que cet avis aurait été rendu par un collège de médecins habilités, ni que le médecin ayant établi le rapport médical n'aurait pas siégé au sein de ce collège, doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, la partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 15 octobre 2021, l'intéressé fait valoir qu'il souffre de complications liées à une intervention chirurgicale tardive, d'une hépatite C chronique et d'un cancer du poumon, qu'il est médicalement suivi à la suite d'un infarctus du myocarde thoracique et qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement du traitement approprié en Géorgie, au regard du dispositif de santé qui connaît des difficultés d'approvisionnement de médicaments et lui reste inaccessible pour des raisons financières. Toutefois, M. D se borne à produire à l'appui de ses allégations un certificat médical peu circonstancié d'un médecin généraliste, attestant d'ailleurs uniquement que l'absence de traitement peut avoir pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et des extraits d'un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) publié le 30 juin 2020 faisant état de considérations générales sur le système de santé géorgien, au nombre desquelles " la mauvaise qualité et l'indisponibilité régulière de médicaments ". Si le requérant verse également aux débat l'avis rendu en 2013 par le médecin de l'agence régional de santé indiquant qu'aucun traitement approprié à son état de santé n'existe en Géorgie ainsi qu'un certificat médical de 2015, ces éléments ne sauraient permettre d'établir tant les caractéristiques de son état de santé que celles du dispositif de santé existant en Géorgie à la date de la décision attaquée du 5 juillet 2022, les unes comme les autres ayant pu évoluer depuis 2013 et 2015. Par suite, par la production de ces seules pièces, le requérant ne contredit pas sérieusement l'avis médical du collège de médecins de l'OFII du 15 octobre 2021, et notamment le positionnement dudit collège sur la possibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié et à un suivi de sa pathologie en Géorgie depuis cette date. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Si M. D fait valoir qu'il réside depuis plus de onze années sur le territoire français, avec son épouse, également géorgienne, et leurs trois enfants nés en 2005, 2011 et 2018, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à un mois d'emprisonnement, dont le sursis a été révoqué de plein droit en 2013, un an et 6 mois d'emprisonnement en 2014, 6 mois d'emprisonnement dont 5 mois avec sursis en mai 2017, 6 mois d'emprisonnement en septembre 2017, ainsi qu'à 8 mois d'emprisonnement en octobre 2018. Compte tenu de la récurrence et de la durée des condamnations de M. D depuis 2013, et alors que ce dernier n'apporte aucun élément quant à l'effectivité des liens qu'il aurait entretenus depuis 2013 avec son épouse et ses enfants, notamment durant les périodes d'incarcération, le requérant ne peut être regardé comme établissant l'ancienneté et la stabilité de ses liens familiaux sur le territoire français. Par ailleurs, en raison des diverses condamnations pénales dont il a fait l'objet et des multiples autres infractions mentionnées au fichier de traitement des antécédents judiciaires, dont il ne conteste pas être l'auteur, M. D ne peut sérieusement invoquer une quelconque insertion dans la société française. Dans ces conditions, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, la préfète de la Loire n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles le requérant n'a pas fondé sa demande de titre de séjour.

11. En quatrième lieu, en vertu de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Tel qu'il a été exposé au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu des circonstances de l'espèce, le requérant entretiendrait des liens stables et anciens avec ses enfants, à l'entretien et l'éducation desquels il ne peut être regardé comme ayant substantiellement contribué. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement soulever la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il n'a pas formé sa demande de titre de séjour.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 8 que le requérant n'est pas fondé à invoquer une erreur de droit dans l'application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation personnelle de M. D doivent, en l'absence de tout autre élément invoqué par le requérant, être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté. En outre, le refus de titre de séjour ne constituant pas la base légale de la décision fixant le pays de destination, le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de ce refus à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

19. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

20. M. D soutient encourir des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son état de santé. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit précédemment sur l'absence de démonstration par l'intéressé qu'il ne serait pas en mesure d'y bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a pour ce motif méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

21. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire doit être écarté. En outre, le refus de titre de séjour ne constituant pas la base légale de la décision fixant un délai de départ volontaire, le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de ce refus à l'encontre de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

24. D'abord, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait fondée sur la seule existence des condamnations pénales dont a fait l'objet M. D, sans apprécier le comportement de l'intéressé dans sa globalité, notamment au regard des éléments récents et actuels. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

25. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné à cinq peines d'emprisonnement en 2013, 2014, 2017 et 2018, notamment pour des faits de vols par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, dont la sévérité s'est à chaque fois accentuée. Par suite, la préfète n'a commis aucune erreur d'appréciation ni aucune erreur de fait en estimant que le comportement de M. D constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public.

26. Enfin, tel qu'il a été exposé au point 10, M. D ne peut se prévaloir, dans les circonstances de l'espèce, de liens familiaux anciens et stables sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre au cours de l'année 2018 et que, tel qu'il a été dit au point précédent, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, alors même que l'intéressé a résidé plus de dix ans en France, la préfète de la Loire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant d'interdire à l'intéressé le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

27. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation de M. D, doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés précédemment s'agissant de la décision portant refus de séjour.

28. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marie Monteiro, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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