jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, M. D E, représenté par la SELARL BS27A Bescou et Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui renouveler son titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé en fait ;
- ce refus est entaché d'erreur de droit, en l'absence d'examen de sa situation personnelle au regard de son état de santé ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de justification d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'un avis préalable du collège de médecins de l'OFII ; en outre, il n'est pas démontré que l'avis aurait été rendu par un collège de trois médecins, régulièrement habilités par le directeur de l'office, et sans intervention du praticien ayant établi le rapport médical transmis au collège ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application du pouvoir de régularisation exceptionnelle dont dispose le préfet ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, étant fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'en raison de son état de santé, il est protégé contre toute mesure d'éloignement en application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale, étant fondée sur des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, étant fondée sur des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par ordonnance du 4 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 à 16h30.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A C,
- et les observations de Me Guillaume, représentant M. E, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant mongol, est entré sur le territoire français le 28 janvier 2015 selon ses déclarations. Sur injonction prononcée par le tribunal par jugement du 16 octobre 2020, la préfète de la Loire a délivré à l'intéressé, en qualité d'étranger malade, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", valable du 21 janvier 2021 au 20 janvier 2022. Par arrêté du 5 juillet 2022 dont M. E demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / () ".
3. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Pour refuser d'admettre au séjour M. E en qualité d'étranger malade, la préfète de la Loire a estimé, en accord selon elle avec le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 23 mars 2022, que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont l'absence ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'eu égard aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Toutefois, d'une part, le collège de médecins de l'OFII a au contraire indiqué dans son avis du 23 mars 2022 que le défaut de prise en charge médicale de M. E peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort d'ailleurs à cet égard des certificats médicaux du Dr B, médecin exerçant au service de neurologie du CHU de Saint-Etienne, que M. E présente une épilepsie assez sévère d'allure plutôt généralisée, cryptogénique, à scanner normal, avec des crises de fréquence mensuelle. Ces certificats précisent que le patient reçoit un traitement composé de trois molécules dont les dosages pourront être augmentés, avec ajout d'un quatrième médicament s'il continue à présenter des crises. D'autre part, si le collège de médecins a en effet indiqué que l'intéressé pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Mongolie, M. E, qui soutient que ce traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine, verse au débat la traduction de deux certificats établis par un centre de santé indiquant que les trois médicaments qui lui sont prescrits n'existent pas en Mongolie. Bien que ces certificats datent du 9 janvier 2018 et du 14 octobre 2019, la préfète de la Loire, qui n'a produit aucune observation en défense, n'allègue pas que, depuis l'établissement de ces documents, l'offre de soin et les caractéristiques du système de santé en Mongolie auraient favorablement évolué. Ainsi, en l'absence de tout élément permettant de contredire utilement les pièces produites par le requérant justifiant de l'indisponibilité de son traitement en Mongolie, M. E est fondé à soutenir que la décision attaquée de refus de renouvellement de titre de séjour a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulée. La décision portant obligation de quitter le territoire français étant, par suite, dépourvue de base légale, elle doit être annulée, de même que les décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination, lesquelles sont à leur tour également dépourvues de base légale. M. E est dès lors fondé à demander l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 5 juillet 2022, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de la Loire de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité d'étranger malade, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros, à verser au requérant, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 5 juillet 2022 de la préfète de la Loire est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité d'étranger malade, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. E une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige, en application des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marie Monteiro, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026