jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, Mme B D, représentée par Me Fréry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sous astreinte d'une présentation hebdomadaire aux commissariat pour justifier des diligences entreprises pour l'organisation de son départ ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ce refus méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, étant fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant cru en situation de compétence lié pour assortir le refus de titre de séjour d'une mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est illégale, étant fondée sur des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination elles-mêmes illégales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant une astreinte est illégale, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 22 août 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par décision du 8 juillet 2022, Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par ordonnance du 8 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 à 16 h 30.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C E,
- et les observations de Me Doumane, substituant Me Fréry, représentant Mme D, requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante arménienne, est entrée sur le territoire français le 30 juillet 2015 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 16 décembre 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 juillet 2015. Par un arrêté du 21 septembre 2016 confirmé par jugement du tribunal du 23 mars 2017, le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Après le rejet d'une seconde demande d'asile, le préfet de l'Ardèche a de nouveau, par un arrêté du 9 octobre 2017 confirmé par un jugement du tribunal du 8 janvier 2018, obligé Mme D à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par un arrêté du 19 avril 2022, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an, sous astreinte d'une présentation hebdomadaire aux commissariat pour justifier des diligences entreprises pour l'organisation de son départ.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles les décisions qu'il comporte se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation personnelle de Mme D, notamment au regard des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.
5. Si Mme D fait valoir qu'elle réside avec son fils depuis sept années en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue sur le territoire français en dépit de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre, par arrêtés des 21 septembre 2016 et 9 octobre 2017. Alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident encore sa mère et son frère, elle ne se prévaut d'aucune autre attache en France que son fils et sa sœur, son beau-frère et leurs enfants. Aucun obstacle ne s'oppose à ce que le fils de A D, né en Arménie et âgé de neuf ans à la date de la décision attaquée, la suive hors du territoire français. Enfin, la requérante n'établit pas que l'assistance quotidienne qu'elle apporte à sa sœur pour la garde de sa nièce en situation de handicap ne pourrait pas être prodiguée par une tierce personne. Dans ces conditions, même si Mme D participe à des activités de bénévolat et suit des cours d'apprentissage de la langue française, la décision refusant un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de l'Ardèche n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
7. La circonstance que Mme D a été dans son pays d'origine victime de violences conjugales ne saurait, par elle-même, justifier une admission exceptionnelle au séjour en France sur le fondement des dispositions précitées. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, l'insertion et les attaches familiales dont se prévaut la requérante sur le territoire français ne suffisent pas à justifier une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Ardèche n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de cet article.
8. En dernier lieu, en vertu de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Compte tenu du jeune âge du fils de la requérante, rien ne fait obstacle à ce qu'il la suive hors de France, notamment en Arménie, où il est né et pourra y reprendre sa scolarité. Dans ces conditions, le préfet de l'Ardèche n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
12. Contrairement à ce que fait valoir la requérante, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait senti en situation de compétence liée pour décider de l'obliger à quitter le territoire français, sans examiner les éléments de sa situation personnelle autres que la circonstance constituée par le rejet d'une demande de titre de séjour. Le préfet de l'Ardèche n'a commis aucune erreur de droit dans l'application de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 à 9 et en l'absence d'argumentation spécifique, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait, en prononçant la mesure d'éloignement contestée, porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant ou méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces deux moyens doivent dès lors être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office " et aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. La requérante n'établit par aucune pièce qu'elle s'exposerait, en cas de retour dans son pays d'origine, à de nouvelles violences de la part de son ex-mari. A cet égard, la seule circonstance qu'elle ait été par le passé victime d'agressions de ce dernier ne permet pas d'établir qu'elle serait, à la date de la décision attaquée, exposée à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Arménie. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
17. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté. En outre, le refus de titre de séjour et la décision fixant le pays de destination ne constituant pas la base légale de l'interdiction de retour en France, la requérante ne peut utilement exciper de l'illégalité de ces deux décisions à l'encontre de la décision attaquée.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
20. Tel qu'il a été dit plus haut, Mme D ne justifie pas d'une vie privée et familiale stable et intense en France et aucun obstacle ne s'oppose à ce que son fils la suive dans son pays d'origine. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme D n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 21 septembre 2016 et 9 octobre 2017. Enfin, si la requérante souligne que la décision en litige la prive de la possibilité de maintenir des liens avec sa sœur et ses neveux et nièces présents en France, compte tenu de l'impossibilité de retour durant un an, cette circonstance n'apparaît pas disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi par la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 précités, quant au principe et à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doivent être écartés.
21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision astreignant à une présentation une fois par semaine auprès de la brigade de gendarmerie d'Annonay :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision attaquée doit être écarté.
23. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
24. Si la requérante soutient que l'obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Annonay pour justifier des diligences qu'elle effectue pour préparer son départ est manifestement disproportionnée au regard de sa situation familiale, elle n'avance aucun argument permettant de justifier de cette disproportion. Le préfet de l'Ardèche n'a donc pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marie Monteiro, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026