lundi 24 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHINOUF SOPHIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2022, M. B D A, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire de trente jours et a désigné le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou, en cas de refus de ce bénéfice, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision portant refus d'admission au séjour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son diplôme étant équivalent à un master ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où le préfet aurait dû procéder à la régularisation exceptionnelle de sa situation ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours et le pays de destination seront annulées pour voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.
Par une ordonnance du 8 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 12 mai 2011 fixant la liste des diplômes au moins équivalents au master pris en application du 2° de l'article R. 311-35 et du 2° de l'article R. 313-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 21 décembre 1994, est entré en France le 23 septembre 2017 muni d'un visa étudiant valable un an et a obtenu un titre de séjour en sa qualité d'étudiant, régulièrement renouvelé jusqu'au 30 novembre 2021. À la suite de l'obtention de son diplôme, il a sollicité, le 22 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Il demande l'annulation des décisions du préfet du Rhône du 3 juin 2022 lui refusant l'admission au séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays à destination duquel il sera reconduit d'office.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
2. En premier lieu, le refus d'admission au séjour comporte les considérations de droit et de faits qui le fondent, tenant notamment aux conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Il est ainsi suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant au regard des éléments portés à sa connaissance à la date de la décision en litige. La décision attaquée n'est dès lors entachée d'aucune erreur de droit.
4. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. A fréquente une ressortissante française depuis août 2021 et que sa belle-mère, son demi-frère et sa demi-sœur résident à Reims, le préfet du Rhône n'a commis aucune erreur de fait en indiquant, dans la décision en litige, que l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, (), se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; () ". En application de l'article D. 422-13 de ce code : " La liste mentionnée aux articles L. 422-10 et L. 422-14 comprend : / 1° Les diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ; / 2° Le diplôme de licence professionnelle. "
6. Pour refuser d'accorder le titre de séjour sollicité par M. A, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé n'est pas titulaire d'un diplôme de master ou d'un diplôme des établissements d'enseignement supérieur techniques privés et consulaires, ni d'un titre inscrit au niveau 7, anciennement niveau I, au répertoire national des certifications professionnelles, au regard de l'article 1er de l'arrêté du 12 mai 2011, et qu'il n'établit pas être titulaire d'une licence professionnelle ou d'un diplôme de niveau 7, anciennement niveau I, labellisés par la Conférence des grandes écoles. Il ressort des pièces du dossier que M. A a suivi l'essentiel de sa formation en France, à l'INSEEC de Lyon, en master " finance d'entreprise et ingénierie financière ", puis " analyse financière internationale ", sans les valider, ainsi qu'il le reconnaît. S'il s'est inscrit pour l'année universitaire 2020-2021 en MBA 2 à l'École de commerce de Lyon, l'attestation établie par le directeur d'établissement le 25 octobre 2021 mentionne la réussite de M. A aux examens en MBA mais aucun des documents produits ne permet d'établir que le requérant aurait obtenu un diplôme au terme de cette année, ni qu'il s'agirait d'un diplôme au moins équivalent au grade de master ou mentionné à l'article D. 422-13 précité. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Rhône a méconnu l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. A réside régulièrement en France depuis son entrée le 23 septembre 2017, son séjour sur le territoire français en qualité d'étudiant ne lui confère pas, en principe, vocation à s'y installer. Il ne justifie d'ailleurs pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, avoir validé un diplôme à l'issue de ses études. S'il a accompli des missions d'intérim en 2019 et 2021 et s'il occupe un emploi d'agent de recouvrement en contrat à durée déterminée depuis décembre 2021, ces expériences professionnelles ne sont pas de nature à établir une intégration particulière de l'intéressé dans la société française. Sa relation avec une jeune femme de nationalité française, avec laquelle il n'établit aucune communauté de vie, débutée en août 2021 reste très récente, alors qu'il n'établit pas de liens particuliers avec sa belle-mère, son demi-frère et sa demi-sœur, âgés de 11 et 5 ans, qui habitent à Reims Il ne conteste d'ailleurs pas que ses parents résident dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces circonstances et nonobstant les relations qu'il a pu nouer avec ses coéquipiers du club de football, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Rhône a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation exceptionnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
10. En premier lieu, M. A, qui n'a pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8, le moyen tiré de ce que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La mesure d'éloignement n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
12. En l'absence d'illégalité de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours et le pays de destination doivent être annulées pour voie de conséquence de l'annulation de cette mesure d'éloignement doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet du Rhône du 3 juin 2022. Sa requête doit par suite être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Chinouf.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président-rapporteur,
Mme Marie Monteiro, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
J.-P. Chenevey
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. C
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026