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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205997

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205997

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMATRICON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 4 août 2022, M. C, représenté par Me Matricon, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. C soutient que :

- le signataire des décisions ne disposait pas d'une délégation régulière de signature ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné ;

- la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information " Schengen " constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône les 5 et 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo, magistrat désigné ;

- les observations de Me Matricon, représentant M. C ;

- les observations de Mme E, représentant le préfet du Rhône.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 27 octobre 1984, serait entré en France pour la dernière fois selon ses déclarations au cours de l'année 2017. Il a fait l'objet de mesures l'obligeant à quitter le territoire français le 7 octobre 2017 et le 17 mars 2021. Il a été condamné le 13 septembre 2021 par le tribunal de grande instance de Nancy à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, et par le tribunal judiciaire de Lyon le 5 janvier 2022 à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, et écroué à la prison de Lyon-Corbas le 5 janvier 2022. A sa levée d'écrou, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D, chef du bureau de l'éloignement, à qui le préfet du Rhône a délégué sa signature par un arrêté du 8 juin 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, aux fins de signer toutes décisions établies par le bureau de l'accueil et de l'admission au séjour en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et l'intégration. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier s'agissant de la situation personnelle de l'intéressé l'existence d'un enfant dont il n'a pas la charge. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, la seule circonstance que le préfet du Rhône n'ait pas fait mention dans sa décision de son précédent mariage avec une ressortissante française ne suffit pas pour considérer que celui-ci aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire au cours de l'année en 2017, et s'y est maintenu sans chercher à régulariser sa situation. En outre, le requérant ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière ni de liens personnels suffisamment anciens et stables en France, alors en outre qu'il est revenu récemment sur le territoire français. S'il se prévaut d'un mariage avec une ressortissante française, il est constant qu'il est divorcé et n'apporte aucun élément pour établir les relations qu'il entretiendrait avec son ex-compagne. De même, s'il est constant que l'intéressé est père d'une fille de nationalité française, il ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec elle, ni qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet du Rhône, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas, au regard des buts poursuivis par cette décision, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il est par ailleurs très défavorablement connu des services de police, a été condamné à deux reprises récemment et écroué à compter du 5 janvier 2022. Il n'a en outre pas exécuté les mesures l'obligeant à quitter le territoire prise à son encontre le 7 octobre 2017 et le 17 mars 2021. Par suite le préfet du Rhône pouvait pour ces seuls motifs refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire, le requérant n'établissant pas que la décision du préfet serait entachée d'une erreur de droit.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. M. C s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, ce dont l'intéressé n'a pas justifié. Par ailleurs, le requérant, dont l'entrée en France est récente, ne justifie pas de liens anciens et stables en France, celui-ci n'apportant aucun élément au soutien de ses allégations pour établir la relation qu'il entretiendrait avec son ex-compagne et sa fille, dont il n'a pas la charge. Il est par ailleurs très défavorablement connu des services de police, a été condamné à deux reprises récemment et écroué à compter du 5 janvier 2022, et a fait l'objet de deux mesures d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé.

12. Par ailleurs, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige " produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre Etat membre de l'espace Schengen " en ce que cette décision, qui emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige mais n'emporte aucune incidence quant à la légalité de cette mesure.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le requête de M. C doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Matricon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

Le magistrat désigné,

C. B

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2205997

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