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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206007

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206007

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 août 2022, M. A C, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 26 juillet 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- le refus de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entaché d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne précitée et est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en ce qu'il est pris pour l'application d'une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle par le préfet ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- elle présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 octobre 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,

- les conclusions de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentées ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né en 1992, est entré en France en 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 29 mai 2019. Par un arrêté du 3 décembre 2019, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français. Le 16 février 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 20 juin 2022 dont il est demandé l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ()/ Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure./ Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. " En vertu des dispositions de l'article L. 614-4 dudit code, le tribunal statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise en application des 3°, 5° et 6° de l'article L. 611-1. Aux termes de l'article L. 614-5 du même code applicable lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise en application des 1°, 2° et 4° de l'article L. 611-1, " Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine./ L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise./ () Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet, le 3 décembre 2019, d'une première obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions alors en vigueur du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises au 4° de l'article L. 611-1, suite au rejet de sa demande d'asile. Le 16 février 2022, l'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire français, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ", ou subsidiairement au titre de la vie privée et familiale. Par la décision attaquée, la préfète de l'Ain, après avoir rappelé le refus opposé à la demande d'asile de M. C, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français fondé sur les 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. L'article L. 113-1 du code de justice administrative dispose : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".

6. La requête de M. C présente à juger les questions suivantes :

1°) La circonstance qu'un étranger ait, consécutivement au rejet de sa demande d'asile, fait l'objet d'une - ou le cas échéant plusieurs - obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait-elle obstacle à ce qu'un préfet, saisi d'une demande de titre de séjour postérieure, puisse légalement fonder à nouveau une nouvelle mesure d'éloignement sur ces dispositions du 4° de l'article L. 611-1 '

2°) En cas de réponse négative à la première question, une décision portant obligation de quitter le territoire français intervenant dans ce contexte et prise à la fois sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit-elle être regardée comme intervenue concomitamment au refus de séjour, au sens de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui implique l'application de la procédure contentieuse prévue à cet article '

7. Ces questions sont nouvelles, présentent une difficulté sérieuse et sont susceptibles de se poser dans de nombreux litiges.

8. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de M. C et de transmettre pour avis cette question au Conseil d'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la requête de M. C est transmis au Conseil d'Etat pour examen des questions de droit mentionnées au point 6 du présent jugement.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller.

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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