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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206032

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206032

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantHAMOUMOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 5 août 2022 et les 1er et 6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Hamoumou, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la CNRACL, au besoin sous astreinte, de :

- recalculer les montants de sa pension de retraite, de la rente d'invalidité et de la majoration pour enfants en retenant les montants suivants à la date du 1er juillet 2020 : pension de retraite, 1 223,70 euros, majoration à hauteur de 15%, 183,56 euros, soit 1 407,26 euros au titre de la pension de retraite majorée, rente d'invalidité, 983,51 euros, majoration à hauteur de 15 %, 147,53 euros, soit rente d'invalidité majorée 1 131,04 euros ;

- revaloriser ces montants dans les conditions prévues à l'article L. 16 du code des pensions civiles et militaires et à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale à compter du 1er juillet 2020 ;

- lui verser les arrérages de la majoration pour enfants de sa pension de retraite et de sa rente d'invalidité à compter du 1er janvier 2016 et jusqu'au jour du jugement sur la base du montant recalculé ;

- lui rembourser la somme de 9 162,71 euros au titre des sommes indument retenues par la CNRACL ;

2°) de condamner la CNRACL à lui payer une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice ;

3°) de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la CNRACL ne peut lui opposer les dispositions du V de l'article 37 du décret du 26 décembre 2003, qui ont été abrogées avec effet immédiat par le décret du 2 février 2015 ;

- en l'absence de fraude de sa part, la CNRACL ne pouvait récupérer un indu, au moins au titre de l'année 2016 ;

- la CNRACL a manqué à son devoir d'information prévu par l'article L. 161-17 du code de la sécurité sociale ;

- il a subi un préjudice résultant de la modification de son revenu imposable.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 mai et 14 septembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle a versé les arrérages de majoration pour enfants au titre de l'année 2016 ;

- la requête n'est pas recevable ;

- ses moyens ne sont pas fondés.

Par lettre en date du 12 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la solution du litige est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office.

Par mémoire enregistré le 13 octobre 2023, M. B soutient que la notification de ce moyen d'ordre public est tardive, que le tribunal doit statuer sur sa demande, et que si la CNRACL a effectivement payé la somme, aucun double paiement ne résultera de l'exécution du jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de Me Hamoumou, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 1er avril 1957, perçoit depuis le 1er juillet 2010, une pension de retraite pour invalidité, majorée d'une rente d'invalidité, versée par la CNRACL. Le 23 janvier 2020, il a demandé à la CNRACL de majorer sa pension compte tenu qu'il était père de trois enfants. Le 12 juin 2020, la CNRACL reconnaissait son droit à majorations pour enfants de 10% à compter du 1er avril 2010, compte tenu qu'à cette date, M. B était père de trois enfants, puis de 15% à compter du 14 août 2014, car à cette date, il était père de quatre enfants. Les majorations pour enfants lui étaient accordées à compter du 1er janvier 2016, compte tenu de la prescription applicable aux années antérieures. Toutefois, la CNRACL opérait une régularisation du montant de la pension et de la rente d'invalidité due à M. B, de telle sorte que la somme globalement payée à l'intéressé en août 2020 n'était pas majorée. La CNRACL, interrogée par téléphone par M. B lui répondait par courrier du 12 octobre 2020, que les dispositions du V de l'article 37 du décret du 26 décembre 2003, faisaient obstacle à ce que sa pension de retraite, augmentée de la rente d'invalidité et des majorations pour enfants, excédât le traitement annuel brut afférent à l'indice 510 retenu lors de la liquidation de sa pension. L'attestation de paiement datée du 21 octobre 2020 transmise par la CNRACL à M. B comportait le détail du nouveau calcul des sommes dues. Par la requête susvisée, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner la CNRACL à lui verser des arrérages de pension et rente d'invalidité, outre 1 500 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions tendant au paiement des arrérages de majoration pour enfants au titre de l'année 2016 :

2. Aux termes de l'article R. 611-7 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations sur le moyen communiqué ".

3. Aux termes de l'article R. 613-2 du code de justice administrative : " Si le président de la formation de jugement n'a pas pris une ordonnance de clôture, l'instruction est close trois jours francs avant la date de l'audience indiquée dans l'avis d'audience prévu à l'article R. 711-2. Cet avis le mentionne ".

4. La communication à M. B le 11 octobre 2023 de la pièce produite par la CNRACL dont il résulte qu'une somme de 1 981,05 euros a été mise en paiement à son profit le 23 septembre 2023 a eu pour effet de rouvrir l'instruction qui avait été close au 29 septembre 2023. La notification aux parties le 12 octobre 2023 du moyen d'ordre public tiré de ce que cette mise en paiement était susceptible de justifier qu'il n'y ait plus lieu à statuer sur la requête de M. B à hauteur de cette somme, qui pouvait, au surplus, intervenir au-delà de la clôture de l'instruction, a, en tout état de cause, été adressée aux parties plus de 3 jours francs avant la date d'audience et M. B, qui a présenté des observations en réponse le 13 octobre 2023, a été mis à même de répondre à ce moyen d'ordre public.

5. Il résulte de l'instruction que le 23 septembre 2023, la CNRACL a mis en paiement la somme correspondant à ces arrérages, ce que ne conteste pas M. B. Par suite, ainsi que les parties en ont été averties, il n'y a plus lieu à statuer sur ces conclusions.

Sur la recevabilité des conclusions tendant au paiement du surplus des arrérages de pension :

6. La CNRACL soutient que la requête de M. B est dirigée contre la décision du 12 octobre 2020 et qu'enregistrée seulement le 5 août 2022, après un recours gracieux du 6 mai 2022, elle est tardive.

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

8. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

9. En l'espèce, M. B confirme qu'il entend contester la décision du 12 octobre 2020, laquelle ne mentionnait pas les voies et délais de recours et qu'avant de saisir le 6 mai 2022 la CNRACL d'un recours gracieux, puis le tribunal, par la présente requête, il a demandé à plusieurs reprises des explications à la CNRACL. Il soutient avoir ainsi introduit sa requête dans un délai raisonnable, après la dernière décision de la CNRACL dont il admet qu'elle est simplement confirmative.

10. Il résulte néanmoins de l'instruction que M. B a reçu la décision de la CNRACL en date du 12 octobre 2020 au plus tard le 16 mars 2021, date à laquelle il l'a gracieusement contestée, et que la CNRACL, par courrier du 18 mars 2021, a confirmé sa décision. M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à prolonger au-delà d'un an le délai raisonnable dans lequel il devait introduire un recours juridictionnel.

11. Par suite, la Caisse des dépôts et consignations est fondée à soutenir que les conclusions de la requête de M. B qui remet en cause le calcul du surplus de la somme qui lui est due depuis le 1er janvier 2016 au titre de sa pension de retraite, de sa rente d'invalidité et des majorations pour enfants sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. M. B soutient que la CNRACL aurait commis une faute dans son obligation d'information, résultant de l'article L. 161-17 du code de la sécurité sociale, en ne l'informant pas, en janvier 2020, des conséquences particulières que l'attribution de la majoration pour enfants aurait sur le montant de ses droits à pension et rente d'invalidité et sur le montant de la CSG et de son impôt sur le revenu. Toutefois, les dispositions de l'article L. 161-17 du code de la sécurité sociale et celles de l'article 8 du décret du 7 février 2007 n'impliquaient pas que la CNRACL informât M. B des éventuelles conséquences qu'aurait sur ses droits à pension et sa situation fiscale la liquidation de la majoration pour enfants.

13. Dans ces conditions, M. B qui n'établit pas, au surplus, avoir subi un préjudice, n'est pas fondé à demander que la Caisse des dépôts et consignations soit condamnée à lui verser des dommages et intérêts.

14. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais du litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. A B relatives au paiement des arrérages de majoration pour enfants au titre de l'année 2016.

Article 2 : La Caisse des dépôts et consignation est condamnée à verser à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Caisse des dépôts et Consignations.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La magistrate désignée

A. WolfLe greffier,

J-P Duret

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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