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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206051

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206051

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDEFAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 août, 21 novembre 2022 et 3 avril 2023, M. B A, représenté par la SELARL L. Robert et Associés, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Béard-Géovreissiat a rejeté sa demande tendant au rétablissement de l'accès à sa propriété pour tous les véhicules ;

2°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Béard-Géovreissiat a rejeté sa demande tendant à la mise en conformité ou à l'enlèvement des bordures de l'ilot directionnel situé au droit de sa propriété ;

3°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Béard-Géovreissiat a refusé de supprimer l'écluse double mise en place route de Géovreissiat ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté le " recours hiérarchique " formé contre la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 ;

5°) d'annuler la délibération du 24 octobre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat a confirmé le refus de supprimer l'écluse double mise en place route de Géovreissiat opposé par le maire ;

6°) d'enjoindre à la commune de Béard-Géovreissiat de procéder à la suppression, à ses frais, de l'écluse double dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que les courriers du maire de la commune de Béard-Géovreissiat des 3 septembre 2020 et 12 mars 2021 ne constituent pas des décisions, qu'ils ne comportent, en tout état de cause, aucune mention des voies et délais de recours et qu'il a formé un recours hiérarchique le 5 mai 2022 ;

- la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale, dès lors que l'entrée de sa propriété n'a pas été aménagée en bateau comme le prévoient les prescriptions techniques annexées à la convention signée par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain ;

- elle est illégale, dès lors que les bordures de l'ilot directionnel situé au droit de sa propriété ne passent pas de leur pleine hauteur à zéro centimètre comme le prévoient les prescriptions techniques figurant en annexe de la convention signée par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain ; les bordures existantes sont dangereuses en cas de chute et empêchent, également, tout stationnement devant son portail ;

- la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté son " recours hiérarchique " est illégale en raison de l'illégalité de la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 ;

- la délibération du conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 est illégale, dès lors que l'entrée de sa propriété n'a pas été aménagée en bateau comme le prévoient les prescriptions techniques annexées à la convention signée par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain ;

- elle est illégale, dès lors que les bordures de l'ilot directionnel situé au droit de sa propriété ne passent pas de leur pleine hauteur à zéro centimètre comme le prévoient les prescriptions techniques figurant en annexe de la convention signée par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain ; les bordures existantes sont dangereuses en cas de chute et empêchent, également, tout stationnement devant son portail.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 octobre 2022 et 17 mars 2023, la commune de Béard-Géovreissiat, représentée par Me Defaux, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 sont tardives, dès lors que cette décision revêt un caractère purement confirmatif des décisions des 3 septembre 2020 et 12 mai 2021 ; il en va de même des conclusions tendant à l'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat du 24 octobre 2022, qui revêt, elle aussi, un caractère confirmatif ; pour les mêmes motifs, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté le " recours hiérarchique " formé par M. A contre la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 sont également irrecevables ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 n'était pas susceptible d'un recours hiérarchique ; elle ne dispose, en outre, d'aucun pouvoir de substitution en pareille hypothèse ; en tout état de cause, l'opportunité d'user d'un tel pouvoir n'est pas susceptible d'être discutée devant le juge administratif ; enfin, à supposer que la demande de M. A puisse être regardée comme une demande de déféré préfectoral, le refus implicite opposé à une telle demande ne constitue pas une décision susceptible de recours ;

- les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Defaux, représentant la commune de Béard-Géovreissiat.

Considérant ce qui suit :

1. Afin de réduire la vitesse au niveau du carrefour entre la route de Géovreissiat et la rue de la Croix, la commune de Béard-Géovreissiat a, dans un premier temps, procédé à la pose de quatre coussins berlinois. En raison des nuisances sonores causées aux riverains par le passage des véhicules sur ces équipements, et après expérimentation, la commune de Béard-Géovreissiat les a remplacés par une écluse double, réalisée à l'été 2020. Par un courrier du 20 août 2020, M. B A, propriétaire riverain, a demandé au maire de la commune de Béard-Géovreissiat de rétablir l'accès à sa propriété pour tous les véhicules, demande rejetée par une décision du 3 septembre 2020. Le 23 avril 2021, l'intéressé a sollicité la mise en conformité ou l'enlèvement des bordures de l'ilot directionnel situé au droit de sa propriété, refusés par une décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 12 mai 2021. Par un courrier du 7 mars 2022, M. A a adressé au maire de la commune de Béard-Géovreissiat une mise en demeure de supprimer l'écluse double mise en place route de Géovreissiat, à laquelle ce dernier a refusé de déférer par une décision du 8 mars 2022. M. A a alors saisi la préfète de l'Ain par un courrier réceptionné le 6 mai 2022. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande, qui doit être regardée comme une demande de déféré préfectoral, a fait naître une décision implicite de rejet. Par une délibération du 24 octobre 2012, le conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat a, notamment, confirmé le refus de supprimer l'écluse double implantée route de Géovreissiat opposé par le maire le 8 mars 2022. Dans le dernier état de ses écritures, M. A demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions du maire de la commune de Béard-Géovreissiat des 3 septembre 2020 et 12 mai 2021 :

2. Les conclusions à fin d'annulation des décisions du maire de la commune de Béard-Géovreissiat des 3 septembre 2020 et 12 mai 2021 ne sont assorties d'aucun moyen et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code de la voirie routière : " Les voies qui font partie du domaine public routier départemental sont dénommées routes départementales. () ". Aux termes de l'article L. 131-2 de ce code : " () Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département. ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations () ". Aux termes de l'article L. 3221-4 du même code : " Le président du conseil départemental gère le domaine du département. A ce titre, il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, sous réserve des attributions dévolues aux maires par le présent code () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune est compétent, dans le cadre de ses pouvoirs de police de la circulation, pour décider de la mise en place de dispositifs de ralentissement sur les routes départementales à l'intérieur de l'agglomération et sur le territoire de la commune, sous réservé de l'accord du président du conseil départemental lorsque ces dispositifs ont pour objet ou pour effet de modifier l'assiette de la route départementale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il appartenait, non pas au maire de la commune de Béard-Géovreissiat, mais à son conseil municipal de statuer sur sa demande tendant à la suppression de l'écluse double implantée route de Géovreissiat.

5. En deuxième lieu, si la convention conclue par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain s'agissant de la réalisation de l'écluse double litigieuse prévoit, dans son annexe 1 relative aux prescriptions techniques, que les entrées riveraines seront réalisées en bateaux, il est constant que les véhicules n'accèdent pas à la propriété de M. A depuis la route de Géovreissiat, où seule une entrée piéton existe, mais depuis l'impasse du pré Vaguet. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces stipulations auraient été méconnues, en l'absence de réalisation d'un bateau au niveau de l'entrée de sa propriété située route de Géovreissiat.

6. En troisième lieu, selon l'annexe 1 de la convention précitée, " toutes les extrémités des zones bordurées seront traitées avec des bordures plongeantes passant de leur pleine hauteur à zéro centimètre ". Toutefois, contrairement à ce que soutient M. A, ces stipulations, dont l'interprétation est éclairée par la commune intention des parties, ne s'appliquent qu'aux bordures d'accotement, et non aux bordures d'ilots directionnels. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces stipulations auraient été méconnues, les bordures de l'ilot directionnel implanté au droit de sa propriété présentant, au point le plus bas, une hauteur de 8 centimètres.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Béard-Géovreissiat.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de déférer au tribunal la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 :

8. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ". Aux termes de l'article L. 2131-8 du même code : " Sans préjudice du recours direct dont elle dispose, si une personne physique ou morale est lésée par un acte mentionné aux articles L. 2131-2 et L. 2131-3, elle peut, dans le délai de deux mois à compter de la date à laquelle l'acte est devenu exécutoire, demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 2131-6. () ".

9. La saisine du préfet, sur le fondement de ces dispositions, par une personne qui s'estime lésée par l'acte d'une collectivité territoriale n'ayant pas pour effet de priver cette personne de la faculté d'exercer un recours direct contre cet acte, le refus du préfet de déférer celui-ci au tribunal administratif ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, ainsi que le fait valoir la préfète de l'Ain en défense, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle cette préfète a refusé de déférer au tribunal la décision du maire de la commune de Béard-Géovreissiat du 8 mars 2022 doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la délibération du conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat du 24 octobre 2022 :

10. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'annexe 1 précitée de la convention conclue par la commune de Béard-Géovreissiat avec le département de l'Ain s'agissant de la réalisation de l'écluse double litigieuse, relatives à l'aménagement des entrées riveraines en bateaux, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5.

11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la même annexe, relatives aux extrémités des bordures d'accotement, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de Béard-Géovreissiat du 24 octobre 2022 présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme demandée par M. A au titre de ses frais d'instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant le versement à la commune de Béard-Géovreissiat d'une somme de 1 500 euros à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Béard-Géovreissiat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Béard-Géovreissiat et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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