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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206068

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206068

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, M. A C, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État, à son profit, la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- le refus d'admission au séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qui concerne la possibilité de traitement dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, tout comme la décision fixant le pays de destination, sont privées de base légale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par ordonnance du 9 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 4 septembre 1951, déclare être entré en France en 2012. Il a obtenu un titre de séjour temporaire, en raison de son état de santé, délivré le 13 février 2019 et renouvelé jusqu'au 14 avril 2021. Il demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Loire du 21 avril 2022 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie notamment à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 4 mars 2022, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, le refus de titre comporte les considérations de droit et de faits qui le fondent. Sont visées, en particulier, les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 septembre 2021, dont la teneur est intégralement reprise. La décision expose également la situation personnelle du requérant, en ce qui concerne notamment sa vie privée et familiale. Ainsi les exigences de motivations résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ont été respectées.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, en vertu des règles gouvernant l'administration de la preuve devant le juge administratif, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Par un avis du 30 septembre 2021, sur lequel la préfète de la Loire s'est en partie fondée, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, il pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Le requérant lève le secret médical en produisant le rapport établi le 8 juin 2021 par son médecin traitant à destination des médecins de l'office, qui relève de multiples pathologies, dont une sciatalgie invalidante sur canal lombaire étroit avec scoliose sévère et hernies discales, une hypertension artérielle sévère, traitée depuis 2001, un syndrome d'apnée du sommeil et un état anxio-dépressif. Ce rapport précise que ces pathologies sont stabilisées. M. C n'apporte pas d'informations suffisamment circonstanciées quant à l'impossibilité d'un traitement effectif de ces affections en République démocratique du Congo en se bornant à produire, d'une part, un certificat de son médecin traitant du 4 mai 2022 faisant état de ses doutes, compte tenu de la situation sanitaire du pays, sur la possibilité d'un suivi " correctement effectué ", l'approvisionnement en médicaments et la possibilité de faire réaliser des analyses médicales, d'autre part, des données générales ou peu probantes sur les difficultés de traitement des sciatiques en Afrique. La circonstance que le président de la République démocratique du Congo a été pris en charge en Belgique pour la réalisation d'une opération d'une hernie discale ne constitue pas davantage un élément sérieux de contestation. Par suite, aucun des éléments versés aux débats n'est de nature à remettre sérieusement en cause l'avis du collège de médecins de l'office quant à la possibilité pour M. C d'accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Si M. C réside en France depuis plus de neuf ans, dont deux ans en situation régulière entre 2019 et 2021, il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français, ni même d'attaches personnelles et familiales intenses et stables, alors qu'un seul de ses sept enfants, tous majeurs, résiderait régulièrement en France, la plupart de sa famille, dont son épouse, étant installée en Angola. Dans ces conditions, alors qu'il est entré en France à l'âge de cinquante-deux ans, la préfète de la Loire n'a pas porté au droit au respect à une vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

9. M. C n'ayant pas établi que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'illégalité, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination ne manquent pas de base légale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Loire du 21 avril 2022. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation qu'il présente, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. En tout état de cause, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Lawson-Body.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président-rapporteur,

Mme Marie Monteiro, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. Chenevey

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. B

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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