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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206082

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206082

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2022, M. B C, représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire trois points pour une infraction au code de la route commise le 18 septembre 2019 à 16h05, quatre points pour une infraction commise le 18 septembre 2019 à 16h11, un point pour une infraction commise le 6 novembre 2021, un point pour une infraction commise le 7 novembre 2021, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 1er juillet 2022 par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction du 19 décembre 2021, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions procédant aux retrait de points de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;

- au moment de sa verbalisation pour les infractions susvisées, il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions portant retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis une série d'infractions au code de la route les 18 septembre 2019 à 16h05 et 16h11, 6 novembre 2021 et 7 novembre 2021. Par une décision référencée " 48 SI " du 1er juillet 2022, suite à une infraction commise le 19 décembre 2021 ayant entraîné le retrait de trois points de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. M. C saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. C ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

3. En deuxième lieu, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un retrait de points, si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. C soutient qu'il n'a pas reçu les informations requises par le code de la route lors des infractions commises les 18 septembre 2019 à 16h05 et 16h11, 6 novembre 2021, 7 novembre 2021 et 19 décembre 2021.

En ce qui concerne les infractions du 18 septembre 2019 à 16h05 et 16h11 :

5. Il résulte de l'instruction que les infractions susvisées, qui ont respectivement entraîné le retrait de trois et quatre points, ont été constatées par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie des procès-verbaux se rapportant à ces infractions, lesquels revêtent la signature de M. C et précisent la qualification de l'infraction et comportent en annexe la mention selon laquelle un retrait de points est prévu. Ces procès-verbaux comportent, en outre, la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressée d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs à ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne les infractions des 6 et 7 novembre 2021 et 19 décembre 2021 :

6. S'agissant de l'infraction du 19 décembre 2021, correspondant aussi à un excès de vitesse dont la décision de retrait de points contestée a été prise et enregistrée ainsi dans le relevé d'information intégral le 1er juillet 2022, si le ministre produit le procès-verbal électronique dressé à la suite de cette infraction, ce document n'est pas signé par le requérant, ne comporte pas la mention d'un refus de signer et ne mentionne aucune information exigée par la loi. En outre, si les mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé indiquent l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à cette infraction, le ministre n'établit pas, à défaut de le produire à l'instance, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée dont M. C a été destinataire comportait les informations requises par le code de la route. Par ailleurs, s'agissant des infractions des 6 et 7 novembre 2021, dont les décisions de retrait de points contestées mentionnées dans le relevé intégral d'information respectivement les 27 et 28 juin 2022 et correspondant chacune à un excès de vitesse, si les mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé indiquent l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée relatif à ces infractions, le ministre n'établit pas, à défaut de les produire à l'instance, que les formulaires d'amende forfaitaire majorée dont M. C a été destinataire comportaient les informations requises par le code de la route.

7. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'ait pas été informée, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Il résulte en l'espèce de l'instruction qu'à l'occasion d'une infraction de même nature au code de la route commise le 18 octobre 2019, correspondant à un excès de vitesse, M. C a réglé l'amende forfaitaire majorée le 22 mars 2022. Alors que le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document émanant de la trésorerie de Lyon ni à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requise et le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté envers lui de son obligation de lui délivrer, l'ensemble des informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, l'ensemble des informations requises par ces dispositions ayant été porté à sa connaissance lors d'une infraction antérieure de même nature et suffisamment récente, la requérante n'a pas été privé d'une garantie et ne peut donc valablement soutenir que les décisions de retraits de points litigieuses relatives à ces trois infractions seraient intervenues au terme d'une procédure irrégulière.

8. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison des infractions commises le 18 septembre 2019 à 16h05 et 16h11, ainsi que les infractions commises les 6 et 7 novembre 2021 et 19 décembre 2021. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie et le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de ces infractions ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas ainsi fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points contestées et de la décision " 48 SI ".

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le magistrat désigné

J. A

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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