vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
I - Sous le n° 2206108, par une requête, enregistrée le 9 août 2022, M. E C, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 29 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. C soutient que :
- les décisions prises dans leur ensemble sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet s'est abstenu d'examiner sa demande de titre de séjour au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 dont la publication en date du 30 novembre 2020 l'autorise à s'en prévaloir ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, lesquelles révèlent un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en considérant que la promesse d'embauche suscite des interrogations sur l'authenticité du document, le préfet a commis une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Rhône a produit des pièces le 10 octobre 2022
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.
II - Sous le n° 2206109, par une requête, enregistrée le 9 août 2022, Mme J I, épouse C, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 29 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme C soutient que :
- les décisions prises dans leur ensemble sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet s'est abstenu d'examiner sa demande de titre de séjour au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 dont la publication en date du 30 novembre 2020 l'autorise à s'en prévaloir ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, lesquelles révèlent un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en considérant que la promesse d'embauche suscite des interrogations sur l'authenticité du document, le préfet a commis une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Rhône, a produit des pièces le 10 octobre 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.
La clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 par ordonnance du 10 août 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure-publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme L,
- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Les deux requêtes présentées par M. C et Mme C portent sur la situation de deux époux, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, dès lors, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme C, ressortissants albanais nés respectivement les 25 août 1964 et 5 juin 1974, déclarent être entrés en France le 16 décembre 2015, accompagnés de leurs deux enfants mineurs nés les 19 février 2002 et 13 octobre 2004. Leurs demandes d'asiles ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 29 avril 2016, que par la Cour nationale du droit d'asile le 25 novembre 2016. Dans ce cadre, les intéressés ont respectivement fait l'objet d'une première mesure d'éloignement prononcée à leur encontre en date du 19 janvier 2017. Le 29 janvier 2021, ils ont sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions en date du 29 juillet 2022, le préfet du Rhône a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office, et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. et Mme C demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :
3. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme D G, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 8 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 9 juin suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application et notamment les articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elles précisent les éléments déterminants de la situation des requérants qui ont conduit à leur refuser la délivrance d'un titre de séjour, notamment eu égard à la situation de leurs enfants. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans ses décisions tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France des requérants, alors même que les décisions ne visent pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ressort de leur lecture que la situation des enfants, notamment de leur fille, a bien été analysée dans la décision et appréciée au regard de leur intérêt supérieur. Par suite, les décisions contestées comportent des éléments de droit et de fait qui en constituent les fondements et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
5. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que les décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure, dès lors que le préfet du Rhône s'est abstenu d'examiner leurs demandes, lesquelles seraient fondées sur la mise en œuvre de la circulaire du 28 novembre 2012, ainsi que sur l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, d'une part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle ne comporte que des orientations générales définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle les intéressés ne peuvent faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la seule circonstance que le préfet n'ait pas visé l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à entacher lesdites décisions d'un défaut d'examen complet et particulier de la situation des requérants, dont le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté..
6. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le préfet aurait entaché ses décisions d'erreurs de faits en relevant que, d'une part, que M. C ne justifiait ni de ses conditions d'existence, ni d'un logement propre, et d'autre part, que Mme C ne justifiait d'aucun diplôme ou expérience professionnelle en rapport avec l'emploi pour lequel un contrat de travail lui avait été proposé, ni d'un logement propre. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers, que M. et Mme C sont hébergés par leur fils ainé, M. B C et ne justifient pas, ainsi d'un logement qui leur soit propre. Par ailleurs, si les requérants produisent des bulletins de paie au nom de Mme C, correspondant aux salaires, compris entre 104 et 206 euros, perçus par cette dernière pour la période de février à juin 2022, ces pièces ne permettent pas de justifier des conditions d'existence de M. C, lequel est marié et père de deux enfants mineurs à charge. Enfin, Mme C ne produit aucune pièce de nature à justifier de ce qu'elle serait titulaire d'un diplôme ou d'une expérience professionnelle significative en qualité d'agent d'entretien. Enfin, contrairement à ce qu'ils soutiennent, le préfet n'a pas considéré que leur fille était majeure mais a relevé que cette dernière, à la date des décisions en litige, le serait très prochainement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées de plusieurs erreurs de fait.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L ' 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C, âgés respectivement de 58 ans et de 48 ans, déclarent être entrés en France le 16 décembre 2015, accompagnés de deux de leurs enfants nés les 19 février 2002 et 13 octobre 2004. A la date des décisions attaquées, ils résident en France depuis seulement six ans. S'ils font valoir la présence sur le territoire français de leur fils ainé B, né le 17 août 1997, naturalisé français, avec lequel ils reconnaissent n'avoir eu aucun contact durant plusieurs années, la scolarisation en France de leurs deux enfants âgés de 20 et 17 ans, leur maitrise de la langue française, et l'expérience professionnelle dont justifie Mme C pour la période de février à juin 2022, et se prévalent de promesses d'embauches édictées en date du 15 janvier 2021, en qualité d'agents d'entretien, ainsi que de témoignages attestant de leurs efforts d'intégration en France, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'ils y auraient désormais, ainsi qu'ils le soutiennent, le centre de leur vie privée et familiale, dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Albanie, où résident notamment trois sœurs de la requérante. Dans ces circonstances, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
10. Compte tenu des éléments indiqués au point 8 ci-dessus, les requérants ne justifient d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ni d'un motif exceptionnel au regard de leur expérience et de leurs qualifications qui justifierait leur admission à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que les refus de titre de séjour contestés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, c'est sans méconnaitre ces mêmes dispositions que le préfet a relevé que leur employeur n'avait pas recherché d'autre candidat pour les postes visés par les promesses d'embauches dont se prévalent les intéressés.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. M. et Mme C font valoir que leur fille F, âgée de 17 ans, est scolarisée en France et a vocation à y obtenir un titre de séjour, et que les décisions contestées privent leur fille de leur présence, ainsi que de la possibilité pour eux de travailler et de subvenir dignement à ses besoins. Toutefois, les requérants, tous deux de nationalité albanaise, n'apportent aucun élément permettant d'établir que la cellule familiale ne pourrait être reconstituée dans leur pays d'origine, où l'ensemble de la famille a vécu avant son entrée en France. Par ailleurs, ils ne démontrent pas que la scolarisation de leur enfant ne pourrait être poursuivie dans ce pays. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant en leur refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
13. D'une part, M. et Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour prises à leur encontre, leur moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
14. D'autre part, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques aux mesures d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs énoncés précédemment s'agissant des refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". () Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours () ".
16. Les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des refus de titre de séjour et des mesures d'éloignement prononcées à leur encontre, ils ne sont pas fondés à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant les délais de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions du préfet en date du 29 juillet 2022 fixant le pays de destination seraient illégales du fait qu'elles seraient la conséquence de refus de titre de séjour et de mesures d'éloignement eux même illégaux.
18. En outre aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".
19. Les requérants soutiennent qu'ils encourent des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie en raison du conflit qui les opposent à la famille K. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 29 avril 2016, que par la Cour nationale du droit d'asile en date du 25 novembre 2016. Dans les présentes instances, M. et Mme C se bornent à reprendre leur récit d'asile et ne produisent aucune pièce de nature à établir qu'ils seraient personnellement et actuellement exposés à des risques pour leur intégrité physique en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, ils n'apportent aucun élément probant susceptible d'établir le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence des précédentes doit être écarté.
21. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à ces décisions, être écartés pour les mêmes raisons que précédemment.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
23. Il ressort des décisions attaquées que pour fixer à six mois, la durée des interdictions de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que M. et Mme C avaient fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 19 janvier 2017. Si les requérants justifient d'une durée de résidence de près de six ans sur le territoire français, ainsi que d'efforts d'intégration sociale et professionnelle, il ressort des pièces des dossiers qu'ils se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français, malgré le prononcé de mesures d'éloignement prises à leur encontre en 2017, qu'ils n'ont ainsi pas exécutées. En outre, les requérants, de même nationalité, ne justifient pas d'une vie privée et familiale stable et intense sur le territoire français, et n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de 51 ans et 41 ans, et où résident trois des sœurs de la requérante. Dans ces conditions, et alors même que M. et Mme C ne représentent aucune menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer des interdictions de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances des espèces, de caractère disproportionné.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 29 juillet 2022. Par suite, les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme J I, épouse C, et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente,
Mme L, première vice-présidente,
M. Gille, vice-président.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La première vice-présidente,
C. L
La présidente,
G. Verley-Cheynel
La greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2206108-2206109
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026