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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206139

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206139

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDRAHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée le 10 août 2022 sous le n° 2206139, Mme B E, représentée par Me Drahy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022, par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle serait accordée, le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser directement la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que : le préfet ne justifie pas avoir saisi pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ni que cet avis lui a été transmis ; il n'est pas établi que l'avis sur lequel le préfet s'est fondé a été rendu par le collège de médecins de l'OFII préalablement habilités par son directeur ; l'avis du collège de médecins de l'OFII n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ; aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII ; aucun élément ne permet de s'assurer que l'avis du collège de médecins de l'OFII bien été rendu au terme d'une délibération collégiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence par voie d'exception ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

II- Par une requête, enregistrée le 10 août 2022 sous le n° 2206140, M. D A, représenté par Me Drahy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022, par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle serait accordée, le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser directement la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence par voie d'exception ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G ;

- et les observations de Me Drahy, représentant Mme E et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A et Mme B E, ressortissants albanais nés les 5 juin 1998 et 3 mars 2000, sont entrés en France le 5 novembre 2018. Leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 mars 2019, que par la Cour nationale du droit d'asile le 13 septembre 2019. Par deux arrêtés du 14 août 2019, le préfet du Rhône leur a fait obligation de quitter le territoire français. Le 9 juillet 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et Mme E sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code. Par deux arrêtés du 3 mai 2022 dont ils demandent l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de leur délivrer les titres de séjour sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office, et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

2. Les requêtes susvisées n° 2206139 et n° 2206140 présentées par les membres d'une même famille, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas, le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 432-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa.

5. Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical / Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avais le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical relatif à la situation de Mme E a été établi le 23 septembre 2021 par le Dr F, médecin de l'OFII. C'est ainsi, nécessairement au vu de ce rapport, que le collège de médecins de l'OFII, a rendu son avis du 15 octobre 2021, transmis le même jour au préfet et qu'il vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par les trois médecins qui composent le collège, qui ont été régulièrement désignés et ont tous signé l'avis. En outre, il ressort des documents produits en défense par le préfet que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425­11 du code précité, ne faisait pas partie du collège conformément aux dispositions de l'article R. 425-14 du même code. Enfin, la mention dans cet avis selon laquelle : " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, permet d'attester du caractère collégial de cette délibération préalablement à l'avis rendu, lequel a été signé par les trois médecins composant le collège. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit, en toutes ses branches, être écarté.

7. En deuxième lieu, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

8. Le préfet s'est approprié l'avis précité du collège de médecins de l'OFII selon lequel, si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire et vers lequel elle peut voyager sans risque médical lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme E, qui ne lève pas le secret médical sur sa pathologie, conteste cet avis en se bornant à invoquer une erreur de fait relative à la disponibilité d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'assortit son moyen d'aucun élément ni d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, elle n'établit pas qu'elle ne serait pas en mesure d'accéder personnellement à des soins et ne remet pas en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la disponibilité d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.

9. En troisième lieu, termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. A et Mme E, âgés respectivement de 23 ans et de 22 ans, sont entrés en France le 5 novembre 2018. S'ils résident en France depuis plus de trois ans à la date des décisions attaquées, il ressort des pièces du dossier qu'ils se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français en dépit du rejet de leur demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 mars 2019, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 13 septembre suivant, et de l'édiction de mesures d'éloignement à leur encontre le 14 août 2019. Les requérants se prévalent de la présence en France de la mère, de la sœur et du frère de Mme E, en tant que bénéficiaires de la protection subsidiaire. Cette circonstance ne suffit toutefois pas à démontrer qu'ils auraient désormais déplacé en France, ainsi qu'ils le soutiennent, le centre de leur vie privée et familiale alors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Albanie et qu'ils ne font état d'aucun obstacle à ce que leur cellule familiale, composée d'eux-mêmes et de leur enfant né le 5 octobre 2019 à Villeurbanne, se reconstituent dans leur pays d'origine dont ils ont tous la nationalité. Dans ces circonstances, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. A et Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour prises à leur encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En deuxième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques aux mesures d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les mesures d'éloignement, doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 10 s'agissant du refus d'admission au séjour.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

14. Il résulte de ce qui a été écrit au point 9 que Mme E ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII estimant qu'au vu des éléments du dossier de l'intéressée et à la date de cet avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers l'Albanie, ce que la requérante ne conteste pas. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

15. M. A et Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () "

18. Dans ses décisions, le préfet du Rhône indique que les requérants ont chacun fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 14 août 2019, demeurée inexécutée, et qu'aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Il a également précisé que l'examen de leur situation relatif au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français a été effectué au regard notamment de leur durée de présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de leurs liens avec la France et de la circonstance qu'ils aient déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement. Enfin, alors qu'aucune disposition législative ou règlementaire applicable, ni aucun principe ne prévoient qu'il doive indiquer les motifs pour lesquels il ne s'abstient pas de prendre une telle mesure, la circonstance que le préfet n'ait pas précisé si leur présence en France constituait ou non une menace pour l'ordre public, n'implique pas, par elle-même, l'absence d'examen de ce critère, et n'est pas de nature à faire regarder ces décisions comme insuffisamment motivées, dès lors que celles-ci ne sont pas fondées sur l'existence d'une telle menace. Par suite les décisions sont suffisamment motivées en droit et en fait.

19. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme E et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet du Rhône du 3 mai 2022. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation qu'ils présentent doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2206139 et 2206140 de Mme E et M. A, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. D A, et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme G, première vice-présidente,

M. C, vice président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La première vice-présidente,

Mme G

La présidente,

Mme H La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2206140

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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