mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAUBRIET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2022, M. A D, alias E B, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions en date du 10 août 2022 par lesquelles la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son avocat de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié des délégations de signature ;
- l'arrêté contesté est entaché d'insuffisance de motivation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle, notamment familiale et professionnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, le signalement dans le système d'information Schengen qui découle de cette décision constituant de fait une mesure d'expulsion de tout l'espace Schengen.
Par une ordonnance du 17 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.
Des pièces, demandées par le tribunal en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, ont été produites par la préfète de la Drôme le 8 novembre 2022.
Un mémoire présenté par la préfète de la Drôme, enregistré le 14 novembre 2022, n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. D alias B a été constatée par une décision du 30 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D alias B, ressortissant algérien né le 1er juin 1994, déclare être entré sur le territoire français en 2016. Par un arrêté du 10 août 2022, la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative. Toutefois, par une ordonnance du 15 août 2022, le premier président de la cour d'appel de Lyon a décidé qu'il n'y avait pas lieu de prolonger cette rétention administrative. Par sa requête, M. D alias B sollicite l'annulation de l'arrêté du 10 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français.
2. En premier lieu, par un arrêté de la préfète de la Drôme en date du 27 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de la Drôme a donné délégation à Mme F G, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfecture de la Drôme, à compter du 30 août 2021, pour signer les obligations de quitter le territoire des étrangers en situation irrégulière. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté du 10 août 2022, par lequel la préfète de la Drôme a obligé M. D alias B à quitter le territoire français sans délai, mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, indique les motifs tirés de la menace à l'ordre public que sa présence en France représente, permettant à l'intéressé d'en discuter utilement, et fait référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle. Ainsi, il comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, l'arrêté, qui précise la nationalité de l'intéressé, relève que ce dernier n'établit être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté se réfère à l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté dans toutes ses branches.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. D alias B au regard des informations portées à sa connaissance avant de prendre à son encontre les décisions contestées. Il ne ressort en effet pas des pièces du dossier que M. D alias B, qui reconnaît n'avoir pas effectivement déposé de demande de délivrance d'un titre de séjour avant l'édiction de l'arrêté contesté, aurait porté à la connaissance de la préfète de la Drôme les éléments relatifs à sa situation familiale et professionnelle dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les décisions ne sont entachées d'aucun défaut d'examen et d'aucune erreur de droit à ce titre.
5. En quatrième lieu, M. D alias B fait état de ce que sa vie privée et familiale se situe en France, où il réside depuis 2016, où séjournent régulièrement son père et ses frères et sœurs et où il travaille en qualité de ferrailleur. Toutefois, M. D alias B n'a jamais été autorisé à séjourner en France et il ne justifie pas avoir déposé de demande de délivrance d'un titre de séjour, se bornant à soutenir qu'il était en instance de fixation d'un rendez-vous sans en apporter la preuve. Célibataire, sans charge de famille et sans domicile propre, il n'allègue d'aucune attache autre que son père et ses frères et sœurs en France, alors qu'il a vécu vingt-deux ans dans son pays d'origine. La circonstance qu'il exerce une activité professionnelle n'est pas suffisante pour caractériser une intégration particulièrement forte en France. Dans ces conditions, M. D alias B n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En cinquième lieu, alors même que l'arrêté contesté ne précise pas les alinéas des articles L. 621-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il se fonde, il ressort des termes de cet arrêté que la préfète de la Drôme a fondé sa décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 de ce code, qui permettent de refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsque " le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ". M. D alias B ne conteste aucun des éléments relatifs à la menace à l'ordre public que son comportement constituerait listés dans la décision et établis par les pièces produites en défense dans le cadre de la présente instance, à savoir les circonstances qu'il a été interpellé le 8 août 2022 pour des faits d'outrage à un agent d'un exploitant d'un réseau de transport public de personnes, qu'il est connu des services de police sous différents alias et notamment signalé au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de vol à l'arrachée en 2016, détention non autorisée de stupéfiants en 2021, détention de faux documents administratifs en 2017, violence aggravée en 2017, vol en 2017 et violence en état d'ivresse en 2020. En se bornant à soutenir qu'il a entamé des démarches pour le dépôt d'une demande de délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il dispose d'une adresse stable chez ses parents en Seine-et-Marne, le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à remettre en cause l'appréciation de la préfète de la Drôme sur la menace pour l'ordre public que constitue son comportement. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.
7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D alias B, entré sur le territoire français en 2016, se maintient en situation irrégulière en France depuis plusieurs années sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour à la date de la décision attaquée. Il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 30 juin 2017 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'arrêtés du préfet de police de Paris du 6 septembre 2020 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français de trente-six mois. En ce qui concerne la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, le requérant n'est présent que depuis 2016 en France, est célibataire et sans charge de famille. Enfin, il ressort de ce qui a été exposé au point précédent que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. En se bornant à soutenir qu'il a entamé des démarches pour le dépôt d'une demande de délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il travaille et qu'il est présent pour prendre soin de ses parents, le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à remettre en cause l'appréciation de la préfète de la Drôme sur le principe et la durée de l'interdiction de retour de trois ans prononcée à son encontre.
8. En dernier lieu, les circonstances dont fait état M. D alias B, rappelées aux points précédents, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher les décisions contestées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D alias B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D alias B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D alias E B et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
G. CLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026