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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206188

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206188

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, M. B A, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle et à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat, ou le versement d'une somme de 1 500 euros à son bénéfice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de son dossier ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est disproportionnée au regard notamment de sa vulnérabilité et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023 l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction, initialement fixée au 10 novembre 2023, a été reportée au 17 novembre 2023 par une ordonnance du 9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien né le 30 septembre 1996, a sollicité l'asile le 26 octobre 2021 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 29 mars 2022, le préfet du Rhône a décidé de son transfert aux Pays-Bas et, dans cette attente, l'a assigné à résidence. Par un courrier du 25 mai 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé l'intéressé de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à faire valoir ses observations dans un délai de 15 jours. Par la décision attaquée du 14 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

2. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code: " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () . La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

3. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A au visa des dispositions précitées des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.

4. En premier lieu, il ressort des termes précédemment rappelés de la décision litigieuse que celle-ci comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est par suite suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A préalablement à l'édiction de cette décision.

5. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a manqué à aucune de ses obligations, il ressort au contraire des pièces du dossier produit en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que l'intéressé s'est abstenu de se présenter le 16 mai 2022 au " pôle régional Dublin " de la préfecture du Rhône, faisant ainsi obstacle à son transfert prévu le lendemain aux Pays-Bas, le requérant n'apportant aucune explication quant à cette absence. En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir sans être précisément contesté qu'il ne s'est pas non plus présenté aux autorités en charge de l'asile le 30 mai 2022, ni au demeurant le 27 juin 2022, postérieurement à la décision attaquée. De plus, en se bornant à faire état de manière générale de son extrême précarité, de son isolement et de son impossibilité de recourir à une quelconque aide extérieure, sans produire le moindre élément à l'appui de ses allégations, l'intéressé qui, ainsi qu'il a été dit, ne fait par ailleurs état d'aucun élément permettant de justifier des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations qu'il avait acceptées lors de l'octroi des conditions matérielles d'accueil, ni des conditions de ressources et de logement lui ayant permis de séjourner sur le territoire français durant sa période de fuite, n'établit pas l'état de vulnérabilité dont il se prévaut. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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