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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206212

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206212

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMAHDJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. I C D, représenté par Me Mahdjoub, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 avril 2022, par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles ne sont pas motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier et global de sa situation ;

-en n'examinant pas la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur un autre fondement que celui qu'il a sollicité, le préfet du Rhône a commis une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Verley-Cheynel a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. I C D, ressortissant algérien né le 2 avril 1963, est entré régulièrement en France le 17 avril 2021 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " regroupement familial " délivré par les autorités consulaires françaises à Alger pour rejoindre son épouse titulaire d'un certificat de résidence de 10 ans. Le 3 août 2021, M. C D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis alinéa 4 d) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par des décisions du 29 avril 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 8 avril 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme Sarah Guillon, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par sa direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, les décisions contestées précisent les éléments déterminants qui ont conduit le préfet du Rhône à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indiquent à cet égard que M. C D ne peut plus être considéré comme étant un membre de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans, compte tenu de la rupture de sa communauté de vie et du lien conjugal avec Mme A, et qu'il ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire national. Par suite, les décisions en litige comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente (.) ". Aux termes du titre II du protocole annexé au même accord : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien (). Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau. () d) Les ressortissants algériens autorisés à séjourner en France au titre du regroupement familial, s'ils rejoignent un ressortissant algérien lui-même titulaire d'un certificat de résidence d'un an, reçoivent de plein droit un certificat de résidence de même durée de validité, renouvelable et portant la mention " vie privée et familiale de l'article 7 bis ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial. ".

5. Le regroupement familial, lorsqu'il est autorisé au profit du conjoint d'un ressortissant algérien résidant en France, a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, ainsi qu'il résulte notamment des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet peut rejeter la demande de certificat de résidence lorsque le demandeur est séparé de son conjoint depuis une date antérieure à la décision relative à la demande de certificat de résidence présentée par l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 5 décembre 2021, le Tribunal de Chlef a prononcé la dissolution du lien conjugal par répudiation à la demande de l'épouse de M. C D. Le requérant qui se borne à soutenir que le préfet ne pouvait se fonder sur un seul courriel de dénonciation ne conteste pas l'absence de toute communauté de vie. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a refusé de lui délivrer le certificat de résidence qu'il avait sollicité.

6. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il n'apparaît pas que M. C D, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'alinéa 4 d) de l'article 7) bis de l'accord franco-algérien précité, aurait également présenté une demande de titre de séjour sur le fondement du a) ou du d) de l'article 7 de cet accord. Par ailleurs, l'arrêté en litige mentionnant qu'" aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie une mesure dérogatoire ", le préfet ne saurait, contrairement à ce que soutient le requérant, être considéré comme ayant omis l'examen d'une possibilité de régularisation de sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen global et particulier des circonstances de l'espèce et aurait ainsi entaché sa décision d'erreur de droit.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C D, âgé de 59 ans résidait en France depuis seulement un an à la date de la décision attaquée. Il ne conteste pas être séparé de son épouse et, en outre, ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 58 ans et où résident deux de ses enfants majeurs, ses parents, ainsi que ses quatre frères et ses deux sœurs. S'il fait valoir l'état de santé de son enfant G né en 2009 et ses difficultés scolaires, il ne démontre pas l'aide qu'il lui apporterait au quotidien depuis son entrée en France. En outre, rien ne s'oppose à ce que le requérant rende régulièrement visite à sa famille présente en France ou reçoive leur visite hors du territoire français. Au surplus, l'exercice par l'intéressé de divers emplois dans le secteur du nettoyage, entre août 2021 et janvier 2022 n'est pas suffisante à démontrer une réelle intégration dans la société française. Dans ces circonstances, et compte tenu de son entrée récente sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. C D fait valoir que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, et plus particulièrement de son fils mineur G. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été exposé précédemment, il ne démontre pas l'aide qu'il lui apporte au quotidien et pas davantage que celui-ci ne pourrait, le cas échéant, bénéficier d'un suivi médical dans son pays d'origine ni qu'il ne pourrait y poursuivre sa scolarité et y bénéficier d'une aide scolaire. En outre, rien ne s'oppose à ce que le requérant rende régulièrement visite à cet enfant présent en France ou reçoive sa visite hors du territoire français. Enfin, il ne démontre pas que l'équilibre psychologique de ses enfants serait menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, M. C D n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er: La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I C D, et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme Schmerber, vice-présidente,

M.Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 202La présidente,

Mme Verley-Cheynel

La vice-présidente,

Mme Schmerber La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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