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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206254

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206254

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2022, la SARL Hôtel Continental Brasserie, représentée par Me Moraïtou et Me Vannini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2022 par laquelle la direction générale des Finances publiques a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide " fermeture ", prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, pour un montant total de 32 178 euros au titre de la période de janvier à août 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui octroyer l'aide " fermeture " ainsi sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le remboursement des dépens et le versement de la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'en rejetant sa demande d'aide " fermeture " au seul motif que son activité d'hôtellerie n'avait fait l'objet d'aucune mesure administrative de fermeture ou d'interdiction d'accueil du public au cours de la période considérée, alors que l'exercice de cette activité a été empêché, au sens et pour l'application des dispositions du a) du 3° du I de l'article 1er du décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, par d'autres mesures sanitaires, telles que les interdictions d'accueil du public applicables aux magasins, centres commerciaux, restaurants, débits de boissons, salles de conférences, de réunions, de spectacles et d'exposition, ou encore les mesures de couvre-feu et de restriction des déplacements en France ou à l'international, mesures qui ont eu pour effet de lui faire perdre une part substantielle de sa clientèle d'affaires ou de loisirs représentant, d'ailleurs, plus de 80 % de son chiffre d'affaires par rapport à la même période de l'année 2019, l'administration a entaché la décision attaquée du 21 juin 2022 d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, l'administratrice des Finances publiques adjointe de la direction des grandes entreprises conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2021-310 du 24 mars 2021 ;

- le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hôtel Continental Brasserie, qui a été créée le 1er janvier 1977, exploite des activités d'hôtellerie et de restauration sous l'enseigne " Campanile Lyon Centre - Gare Perrache - Confluence", à Lyon, et fait partie du groupe hôtelier " Groupe du Louvre ", a présenté, le 17 février 2022, une demande tendant au bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret du 16 décembre 2021, pour un montant total chiffré, pour ses deux activités, à 34 073 euros au titre de la période de janvier à août 2021. Par une décision du 7 mars 2022, la direction des grandes entreprises a rejeté cette demande au motif que la société Hôtel Continental Brasserie, qui avait perçu en 2021 des aides " coûts fixes ", ni le " Groupe Louvre " auquel elle appartient, n'avait atteint le plafond de dix millions d'euros fixé par le décret du 24 mars 2021, condition à laquelle est notamment subordonnée la perception de l'aide " fermeture ". Ce plafond ayant été atteint, le 8 juin 2022, au niveau du groupe, la société Hôtel Continental Brasserie a présenté une nouvelle demande d'aide " fermeture ", le 14 juin 2022, pour un montant total ramené, pour ses deux activités, à 32 178 euros au titre de la même période. Par une décision du 21 juin 2022, la direction des grandes entreprises a rejeté cette demande, aux motifs, d'une part, que seules les activités fermées étaient éligibles, l'activité d'hôtellerie, qui ne faisait plus l'objet de mesures administratives de fermeture depuis le mois de juin 2020, ne pouvait pas bénéficier de l'aide " fermeture " et, d'autre part, que si l'activité de restauration y était éligible, uniquement sur la période de janvier à mai 2021, seuls les produits et les charges afférents à cette activité devaient être pris en compte, la demande d'aide était ainsi irrecevable dès lors que les modalités de calcul et le montant des charges étaient erronés puisqu'ils tenaient compte de l'activité d'hôtellerie. La société Hôtel Continental Brasserie demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 16 décembre 2021 instituant une aide " fermeture " visant à compenser les coûts fixes non couverts des entreprises dont l'activité a été affectée par les mesures de restriction administratives visant à lutter contre l'épidémie de covid-19 : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé () peuvent bénéficier, au titre de la période allant du 1er janvier 2021 au 31 août 2021, d'une aide dite aide "fermeture" () lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande : / 1° Elles ont été créées avant le 1er janvier 2019 ; / 2° Elles ont perçu en 2021 les aides mentionnées par le décret du 24 mars 2021 susvisé et celles-ci ont atteint le plafond de 10 millions d'euros prévu au III de l'article 2 dudit décret ; / 3° Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret du 30 mars 2020 susvisé dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 et remplissent l'une des conditions suivantes au cours de la période éligible : / a) Une partie au moins de leurs activités a fait l'objet au cours de la période éligible de mesures administratives telles que des fermetures administratives, () des interdictions d'accueil du public, ou toute autre mesure empêchant l'exercice de tout ou partie de l'activité ; / b) Une partie au moins de leurs activités réalise plus de 80 % de leur chiffre d'affaires au cours de la période éligible dans une activité ayant fait l'objet de mesures administratives mentionnées à l'alinéa précédent ; / 4° Leurs activités éligibles ont subi une perte de chiffre d'affaires, calculée selon les modalités de l'article 3, d'au moins 80 % durant la période éligible ; / 5° L'excédent brut d'exploitation coûts fixes de leurs activités éligibles au cours de la période éligible est négatif. / II. - Au sens du présent décret : / () - la période éligible est le mois calendaire au titre duquel l'entreprise remplit les conditions prévues au I du présent article ; / - les activités éligibles sont les activités empêchées de l'entreprise, qu'elles soient principales ou secondaires, c'est-à-dire les activités ayant subi une interdiction d'accueil du public ou tout autre mesure administrative empêchant l'exercice de l'activité ou dépendant d'activités interdites d'accueil du public () ".

3. Pour l'application des dispositions précitées du 3° du I de l'article 1er du décret du 16 décembre 2021, l'activité éligible doit avoir été empêchée soit en droit, cas visé au a), par une mesure administrative de fermeture, d'interdiction d'accueil du public ou de restriction autre ayant été édictée à son égard, soit en fait, cas visé au b), dès lors que, n'étant pas elle-même visée par une telle mesure, cette activité éligible dépend néanmoins d'une autre activité ayant été empêchée en droit et avec laquelle elle réalise plus de 80% de son chiffre d'affaires.

4. En l'espèce, il est, d'une part, constant que l'activité éligible d'hôtellerie, rouverte depuis le mois de juin 2020, ne faisait plus l'objet d'une mesure administrative de fermeture ou d'interdiction d'accueil du public au cours de la période de janvier à août 2021. D'autre part, si la société Hôtel Continental Brasserie fait valoir que cette activité éligible d'hôtellerie a cependant été empêchée par diverses autres mesures administratives, telles que les interdictions d'accueil du public applicables aux magasins, centres commerciaux, restaurants, débits de boissons, salles de conférences, de réunions, de spectacles et d'exposition, ou encore les mesures de couvre-feu et de restriction des déplacements en France ou à l'international, lesquelles ont eu pour effet de lui faire perdre une part substantielle de sa clientèle d'affaires ou de loisirs au cours de la période concernée, la requérante n'établit, ni même n'allègue, que ces mesures administratives de restriction auraient été édictées à l'égard de l'activité éligible d'hôtellerie. Ces mesures, qui visaient ainsi, non pas l'activité d'hôtellerie, mais ses clients potentiels ou d'autres activités, d'affaires ou de loisirs, susceptibles d'être réalisées par ceux-ci, ne peuvent donc être regardées comme étant au nombre de celles visées au a) du 3° du I de l'article 1er du décret du 16 décembre 2021. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en rejetant, par la décision attaquée du 21 juin 2022, sa demande d'aide " fermeture " pour l'activité éligible d'hôtellerie, l'administration aurait, pour l'application de ces dernières dispositions, commis une erreur de droit. Enfin, la société Hôtel Continental Brasserie ne soutenant pas que son activité éligible d'hôtellerie aurait, par ailleurs, dépendu d'une autre activité empêchée avec laquelle elle réalisait plus de 80 % de son chiffre d'affaires, au sens des dispositions du b) du même paragraphe 3, l'administration a pu, à bon droit, retenir que l'intéressée ne remplissait pas, pour cette activité, les conditions auxquelles le décret du 16 décembre 2021 subordonne le bénéfice de l'aide " fermeture ".

5. Il résulte de ce qui précède que la société Hôtel Continental Brasserie n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2022 par laquelle l'administration a rejeté sa demande d'aide " fermeture " pour son activité d'hôtellerie.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Hôtel Continental Brasserie, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, la société Hôtel Continental Brasserie ne justifie pas avoir, à l'occasion de la présente instance, exposé de dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin de remboursement présentées à ce titre par l'intéressée, au demeurant non chiffrées, doivent être rejetées.

8. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la société Hôtel Continental Brasserie d'une somme en remboursement des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Hôtel Continental Brasserie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Hôtel Continental Brasserie, au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au directeur régional des Finances publiques de la région d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience le 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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