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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206302

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206302

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 aout 2022, M. B E C, représenté Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jours de retards, et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. E C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas avoir saisi pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le délai de départ volontaire :

- elles sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 26 septembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date 7 octobre 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022, par ordonnance du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les observations de Me Vernet, représentant de M. E C.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, né le 4 avril 1987, de nationalité angolaise, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 21 juillet 2017. Le 10 octobre 2017, il a sollicité l'asile. Par une décision du 29 janvier 2018, l'Office français des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 octobre 2018. L'intéressé a été admis au séjour à raison de son état de santé par la délivrance d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 6 avril 2020 au 5 avril 2021. Le 27 avril 2021, le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions en date du 3 août 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la présente requête, M. E C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

3. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ().

4. Le préfet du Rhône a versé au débat l'avis du 7 septembre 2021 par lequel le collège de médecins de l'OFII, a considéré que l'état de santé de M. E C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cet avis précise également qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays d'origine du requérant, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement adapté et que son état de santé ne faisait pas obstacle à ce qu'il voyage sans risque vers ce pays. Au demeurant, aucune disposition ne fait obligation au préfet de communiquer cet avis lors de la notification de sa décision. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus de délivrance d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait, ou non, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En l'espèce, pour refuser l'admission au séjour de M. E C en qualité d'étranger malade, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 7 septembre 2022, versé au débat, estimant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci pourra néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Angola, son pays d'origine. Il ressort de l'instruction que le requérant est atteint d'une neuropathie démyélinisante et souffre d'un diabète de stade 2. Pour cette raison, il bénéficie d'une prise en charge par le centre de référence Rhône-Alpes des maladies neuromusculaires rares de l'hôpital neurologique Pierre Wertheimer de Bron. Le requérant soutient qu'il ne lui saurait pas possible d'avoir un accès effectif à la prise en charge médicale qui lui est indispensable en Angola. Au soutien de cette allégation M. E C se prévaut d'un document datant du 16 septembre 2021 ne faisant pas mention de certains des médicaments nécessaires au bon traitement de la pathologie du requérant ainsi que d'autres documents, notamment d'un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), datant de 2013, indiquant les dysfonctionnements du système de santé Angolais. Si ces documents mettent certes en lumière un accès insuffisant aux soins, un manque d'infrastructures et de médicaments et le coût des soins, ces éléments de portée générale ne permettent pas de remettre en cause la disponibilité des traitements nécessaires au requérant, retenue par le collège de médecins de l'OFII et fondée sur une combinaison de sources sanitaires officielles relatives à l'offre de soins en Angola, pas plus que les certificats médicaux, au demeurant postérieurs à la décision attaquée, versés au dossier. Par ailleurs, la circonstance selon laquelle M. E C avait, lors de sa demande de titre initiale, bénéficié d'un avis de l'OFII favorable, n'est pas de nature à remettre en cause l'exactitude de l'avis rendu le 7 septembre 2022. Dans ces conditions, M. E C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. E C fait part de son état de santé et de sa précarité qui nécessiteraient son maintien sur le territoire français, ainsi que des efforts d'intégration dont il a fait preuve malgré sa situation. Toutefois, eu égard aux éléments relevés précédemment et alors que M. E C reconnaît ne pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Partant, les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. Le requérant ne peut utilement invoquer un moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales à l'encontre de la décision portant refus d'admission au séjour. Il s'ensuit que ce moyen inopérant, doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

11. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, M. E C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui interdisent d'éloigner un étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé présente les caractéristiques énoncées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation spécifique, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, de celle portant obligation de quitter le territoire français, et de celle fixant le délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'illégalité par la voie de l'exception de la décision fixant le pays de renvoi doit par voie de conséquence, être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. E C n'apporte, au soutien du présent recours, aucun commencement de preuve en vue d'établir la réalité des risques qu'il prétend encourir en cas de renvoi vers son pays d'origine, alors qu'en outre, sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les autorités compétentes. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. E C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme F, première vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La première vice-présidente,

C. F

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2206302

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