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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206313

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206313

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 23 août 2022, M. E D, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle alors que le courrier du ministère de l'intérieur du 18 août 2022 confirme sa demande d'asile en Suisse ;

- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, dès lors qu'il n'a pu disposer d'un délai suffisant pour présenter ses observations ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, puisque les autorités suisses n'ont pas été saisies d'une demande de prise ou reprise en charge ; la décision aurait dû fixé la Suisse comme possible pays de destination ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 19.2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 33 de la convention de Genève.

Des pièces ont été produites le 22 août 2022 par le préfet du Rhône.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme G les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 août 2022, Mme G a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Petit, avocat de M. D, qui a repris les moyens soulevés dans la requête en insistant sur le fait que l'intéressé avait mentionné depuis juin 2021, et à de multiples reprises, le dépôt d'une demande d'asile en Suisse, ce que le fichier Eurodac produit par le préfet confirmait ;

- les observations de M. D, requérant, assisté de Mme F, interprète en langue arabe ; il a précisé, à la demande de la magistrate, qu'il était né le 18 septembre 1996, qu'il était arrivé en France courant 2020 et n'avait pas quitté l'espace Schengen depuis ; il a confirmé ne pas avoir déposé de demande d'asile en France tant en 2020 que depuis sa détention en août 2021 ; il a indiqué ne pas avoir demandé l'asile en Allemagne et souhaiter retourner en Suisse ;

- les observations de M. A pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 18 septembre 1996, déclare être entré en France, en dernier lieu, en juin 2021. Il demande l'annulation de la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet du Rhône a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il sera éloigné, prise en exécution de la peine d'interdiction du territoire national pour une durée de dix ans prononcée par un arrêt de la cour d'appel de Chambéry du 25 novembre 2021 devenu définitif.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau, non contestés ici, par un arrêté préfectoral du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, cette décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, en particulier relatives à l'exécution, en application des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la peine d'interdiction de territoire nationale de dix ans prononcée à son encontre par arrêt de l'arrêt de la cour d'appel de Chambéry du 25 novembre 2021. Elle précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, ni son admissibilité dans un autre pays. Elle est ainsi motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée ainsi que des pièces du dossier que le préfet du Rhône a procédé à un examen particulier de la situation du requérant, notamment au regard des risques pour sa vie qu'il a allégués en cas de retour dans son pays d'origine et des demandes d'asile évoquées lors de ses différentes auditions. En particulier, et contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas du courrier du 18 août 2022 adressé au service des étrangers de la préfecture du Rhône à la suite d'un relevé d'empreintes de l'intéressé, que l'identification de M. D au fichier Eurodac démontrerait le dépôt d'une demande d'asile en Suisse.

6. En quatrième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, abrogées. Alors qu'il ressort des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions d'éloignement d'un étranger, le requérant ne peut davantage utilement se prévaloir du non-respect de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il a pu faire valoir ses observations le 22 juillet 2022, ainsi qu'il y était invité par le préfet du Rhône dans la perspective d'une mesure d'exécution de la décision d'éloignement, de sorte qu'il ne peut sérieusement soutenir qu'il n'a pu disposer d'un délai suffisant à ce titre avant l'édiction de la mesure en cause.

7. En cinquième lieu, M. D reconnait à l'audience n'avoir jamais sollicité l'asile auprès des autorités françaises. Il ressort tant de ses différentes auditions consignées par procès-verbaux des 7 mai, 20 juin et 2 août 2021, que de ses observations du 22 juillet 2022, qu'il n'en a d'ailleurs pas manifesté l'intention. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'était pas tenu de saisir les autorités suisses ayant relevé ses empreintes le 10 juin 2021 d'une demande de prise ou reprise en charge au titre de la procédure Dublin.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. D indique craindre pour sa vie en cas de retour en Algérie, en raison d'un litige successoral, et avoir déposé une demande d'asile en Suisse. Toutefois, s'il apparaît que l'intéressé s'est rendu en Suisse à la suite d'une mesure d'éloignement alors assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prononcées à son encontre le 8 mai 2021, il ne justifie pas y avoir déposé une demande de protection internationale. En effet, et ainsi qu'il a été dit précédemment, le fichier Eurodac daté du 18 avril 2022 fait uniquement état d'une prise des empreintes de l'intéressé par les autorités allemandes le 13 décembre 2020 et les autorités suisses le 10 juin 2021, sans mentionner une demande d'asile dans l'un de ces deux États, M. D indiquant même à l'audience n'avoir pas demandé l'asile en Allemagne. En outre, il n'apporte aucun élément probant quant à la réalité et l'actualité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine qu'il a quitté depuis septembre 2019 pour des motifs économiques, ainsi qu'il ressort de ses propos consignés dans les procès-verbaux des 7 mai et 2 août 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 19.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile doit être écarté. Le requérant, qui n'a pas la qualité de réfugié, ne peut utilement se prévaloir du principe de non refoulement des réfugiés énoncé par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 fixant le pays de destination en exécution de la peine d'interdiction de territoire national de dix ans.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.

La magistrate désignée,

K. G

La greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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