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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206314

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206314

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n°2206314, par une requête, enregistrée le 19 août 2022 et des pièces enregistrées les 23 août 7 septembre et 3 octobre 2022, Mme H B, née F, représentée par Me Robin (SCP ROBIN-VERNET), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet a omis de mentionner que ses enfants sont scolarisés depuis 5 ans en France et qu'il a omis de prendre en compte l'expérience professionnelle de son mari ;

En ce qui concerne le refus de certificat de résidence :

- en estimant qu'elle ne justifiait pas de moyens d'existence, le préfet a commis une erreur de fait ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.

II. Sous le n°2206384, par une requête, enregistrée le 19 août 2022 et des pièces enregistrées les 24 août, 7 septembre et 3 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Robin (SCP ROBIN-VERNET), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, ainsi que de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen en cas d'annulation de la décision portant interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet a omis de mentionner que ses enfants sont scolarisés depuis 5 ans en France et qu'il a omis de prendre en compte ses activités professionnelles ;

En ce qui concerne le refus de certificat de résidence :

- en estimant qu'il ne justifiait pas d'une promesse d'embauche sur un contrat à durée indéterminée ni de compétences dans le domaine d'activité concerné ni de moyens d'existence, le préfet a commis des erreurs de fait ; il a retenu à tort que le salaire proposé par l'employeur n'était pas conforme au salaire minimum interprofessionnel de croissance ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.

Par lettres du 14 novembre 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le pouvoir de régularisation du préfet.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Verley-Cheynel,

- et les observations de Me Lulé, substituant Me Robin, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M B, de nationalité algérienne, déclarent être entrés en France respectivement le 31 janvier 2017 et le 4 août 2017 sous couvert de visas de court séjour multi-entrées. Le 11 juin 2019, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir l'état de santé de son fils E né en 2004. Par arrêté du 29 octobre 2019, confirmé par jugement du 23 juin 2020, le préfet du Rhône lui a refusé le séjour et lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 7 juillet 2021, l'intéressé a de nouveau sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, et son épouse a fait de même le 30 juillet 2021. Par des décisions en date du 12 avril 2022, le préfet du Rhône a respectivement refusé de leur délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office et, s'agissant seulement de M. B, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de six mois. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B demandent respectivement l'annulation des décisions du 12 avril 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les arrêtés du 12 avril 2022 relatifs à la situation de M. et Mme B visent les textes dont ils font application et par ailleurs, précisent les éléments déterminants de la situation des requérants qui ont conduit à leur refuser la délivrance d'un certificat de résidence et à les obliger à quitter le territoire français. En tout état de cause, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France des intéressés, la circonstance que les décisions ne visent pas le fait que les enfants du couple sont scolarisés en France depuis plus de cinq ans, qui ne révèle en elle-même aucun défaut d'examen particulier, n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. En outre, si les requérants soutiennent que le préfet a omis de prendre en compte les activités professionnelles de M. B, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet qui était au demeurant seulement saisi de demandes de certificats de résidence fondées sur les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation de M. B dès lors qu'il s'est prononcé sur sa situation personnelle et professionnelle de manière globale au titre de son pouvoir de régularisation et, dans ce cadre, a fait état des termes de la promesse d'embauche produite au dossier et du contenu de l'avis défavorable de la plateforme main-d'œuvre étrangère. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation des requérants et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit.

En ce qui concerne les décisions portant refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Si les requérants soutiennent que le préfet a mentionné à tort qu'ils ne justifiaient pas de moyens d'existence, il ne ressort pas des pièces du dossier produites par les intéressés qui portent essentiellement sur des années antérieures qu'ils disposaient effectivement, à la date des décisions attaquées, de moyens d'existence.

5. M. et Mme B, âgés respectivement de 45 ans et de 48 ans, déclarent être entrés en France les 4 août et 31 janvier 2017 avec leurs cinq enfants nés en 2002, 2004, 2011 et 2017 en Algérie. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date des décisions attaquées, ils résident en France depuis moins de cinq ans. À cet égard, ils ne contestent pas, ainsi que le relève le préfet, d'une part, que Mme B soit retournée en Algérie se faire délivrer une nouveau passeport le 13 mai 2018 et a ensuite fait l'objet sur place de trois refus de visa de court séjour, sa dernière demande datant de début 2019 et, d'autre part, que M. B soit quant à lui sorti du territoire français le 28 octobre 2017 ni, par ailleurs, qu'il avait fait état, dans le cadre de sa précédente demande de titre de séjour, d'une vie maritale avec une ressortissante française. Les requérants se prévalent de ce que M. B a été agent de tri de février 2019 à décembre 2020, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée avec une grande plateforme de commerce en ligne, qu'il a effectué parallèlement plusieurs missions d'intérim depuis 2017, dispose d'une promesse d'embauche en qualité de chauffeur livreur et a exercé une activité de vendeur sur les marchés comme micro-entrepreneur. De plus, ils font valoir leur volonté d'insertion ainsi que la scolarisation de leurs enfants. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'ils auraient désormais en France, ainsi qu'ils le soutiennent, le centre de leur vie privée et familiale dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Algérie où résident les parents et le frère et la sœur du requérant et où ils ont vécu l'essentiel de leur existence ainsi que travaillé. Dans ces circonstances, eu égard notamment aux conditions de leur séjour en France, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En deuxième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. L'accord franco-algérien ne contient aucune stipulation équivalente à celle prévue à l'article L. 435-1 permettant d'admettre exceptionnellement au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière. Or, en l'espèce, il ressort des termes de la décision contestée relative à la situation de M. B que le préfet du Rhône a également examiné la situation de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que ces dispositions ne sont pas applicables à l'intéressé qui est de nationalité algérienne. Toutefois, il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir discrétionnaire, dont dispose l'autorité préfectorale, de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Si M. B soutient que le préfet a mentionné à tort que la promesse d'embauche qu'il a produite pour exercer une activité en qualité de chauffeur-livreur portait sur un contrat à durée déterminée alors qu'il s'agissait d'un contrat à durée indéterminée, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette divergence ait eu en l'espèce une incidence sur l'appréciation à laquelle le préfet s'est livré. Enfin, le requérant qui n'établit pas posséder de qualification professionnelle dans ce domaine d'activité, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait sur ce point. Dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché d'une erreur manifeste l'appréciation à laquelle il s'est livré dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Si M. et Mme B font valoir que leurs enfants ont accompli l'essentiel de leur scolarisation en France et notamment que leur fils E a entamé une formation de certificat d'aptitude professionnelle, toutefois ils ne démontrent pas que la scolarisation de leurs enfants ne pourrait être poursuivie dans leur pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des refus de certificat de résidence.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. et Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions de refus de certificat de résidence, leur moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions d'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

12. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les mesures d'éloignement doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 5 et 9 s'agissant des refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". () Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours () ".

14. M. et Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire, ne sont pas fondés à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination seraient illégales du fait qu'elles seraient la conséquence de mesures d'éloignement elles-mêmes illégales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B :

16. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de la précédente doit être écarté.

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Dans sa décision, le préfet du Rhône vise les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également précisé les motifs pour lesquels il prononçait une interdiction de retour sur le territoire français, au regard des critères fixés par la loi. Par suite la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

19. Il ressort de la décision attaquée que pour fixer à six mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que M. B avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'avait pas exécutée et qu'il était dépourvu d'attaches anciennes et stables en France. Il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa, malgré le prononcé de la mesure d'éloignement prise à son encontre en 2019, qu'il n'a ainsi pas exécutée, alors au surplus que la légalité de cette mesure a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer dès lors que son épouse et sa fille aînée sont aussi concernées par des mesures d'éloignement. Ainsi, l'interdiction de retour sur le territoire français n'a pas pour conséquence de séparer durablement le requérant de ses enfants. Dans ces conditions, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer une interdiction de retour pour une durée de six mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil des requérants, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2206314 et n° 2206384 de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B née F, à M. C B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme Schmerber, première vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La présidente,

G. Verley-CheynelLa première vice-présidente,

C. Schmerber

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2206314, 2206384

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