vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206315 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 août 2022 et des pièces enregistrées les 22, 23 août 2022 et 3 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Robin (SCP ROBIN-VERNET), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 12 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme C soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont insuffisamment motivées révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet a omis de mentionner que ses frères et sœurs mineurs sont scolarisés depuis 5 ans en France et qu'il a omis de prendre en compte l'activité professionnelle de son père qui lui donne des moyens d'existence ;
En ce qui concerne le refus de certificat de résidence :
- en estimant qu'elle ne justifiait pas de moyens d'existence, le préfet a commis une erreur de fait ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination:
- elle sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Verley-Cheynel,
- et les observations de Me Lulé, substituant Me Robin, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 15 août 2002, déclare être entrée en France accompagnée par sa mère le 31 janvier 2017, sous couvert d'un visa de court séjour multi-entrées. Elle a sollicité le 7 juillet 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'article 65 de l'accord franco-algérien. Par décision du 12 avril 2022 le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté du 12 avril 2022 vise les textes dont il fait application notamment l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il précise les éléments déterminants de la situation de la requérante qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence et à l'obliger à quitter le territoire français. En tout état de cause, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressée, la circonstance que l'arrêté ne vise pas le fait que ses frères et sœurs sont scolarisés en France depuis plus de cinq ans, qui ne révèle en elle-même aucun défaut d'examen particulier, n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. En outre, si la requérante soutient que le préfet a omis de prendre en compte les activités professionnelles de son père et les ressources dont elle bénéficie grâce à cette activité, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet, qui s'est prononcé par des décisions du même jour sur le droit au séjour de ses parents, se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de sa situation au regard des ces éléments. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation de la requérante et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :
3. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Mme C, âgée de 20 ans à la date de la décision attaquée, soutient vivre en France depuis son entrée le 31 janvier 2017, en compagnie de ses parents et de ses quatre frères et sœurs nés en 2002, 2004, 2011 et 2017 en Algérie et bénéficier des revenus procurés par l'activité professionnelle exercée en France par son père. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, ses parents résident en France depuis moins de cinq ans, qu'ils séjournent irrégulièrement sur le territoire depuis l'expiration de leur visa court séjour et n'ont pas vocation à s'y maintenir dès lors que, par des décisions du même jour, le préfet a refusé de leur délivrer les titres de séjour qu'ils avaient sollicités et leur a également prescrit l'obligation de quitter le territoire français. La requérante fait valoir que, comme ses frères et sœurs, elle a suivi sans interruption sa scolarité en France, elle même à partir de la 4e, et a obtenu le 30 juin 2020 un CAP d'employé de commerce multi-spécialités. Toutefois, elle ne justifie ni de la poursuite de ses études ni d'aucune insertion particulière dans la société française depuis l'obtention de son diplôme en 2020. Dans ces circonstances, eu égard notamment aux conditions de son séjour en France, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation du refus de certificat de résidence.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
7. En l'absence de tout élément particulier invoqués, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 4 s'agissant du refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". () Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours () ".
9. Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait qu'elle serait la conséquence d'une mesures d'éloignement elle-même illégale.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige : :
12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente,
Mme Schmerber, première vice-présidente,
M. Gille, vice-président.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La présidente,
G. Verley-CheynelLa première vice-présidente,
C. Schmerber
La greffière,
G. Montezin
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026