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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206331

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206331

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 22 août 2022 sous le n° 2206331, M. E C, représenté par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire avec droit au travail, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire, à titre très subsidiaire en cas d'annulation de la seule décision l'obligeant à quitter le territoire français, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'avis du collège de médecins ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 par ordonnance du 22 août 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022.

II. Par une requête enregistrée le 22 août 2022 sous le n° 2206332, Mme B A épouse C, représentée par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire avec droit au travail, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire, à titre très subsidiaire, en cas d'annulation de la seule décision l'obligeant à quitter le territoire français, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'avis du collège de médecins ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 par ordonnance du 22 août 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme D a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, nés respectivement en 1940 et 1944, mariés et parents de cinq enfants, déclarent être entrés régulièrement en France le 10 juin 2021, sous couvert d'un visa C multi-entrées mention " court séjour circulation ". Le 7 décembre 2021, les intéressés ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès de la préfecture de la Loire. Par deux arrêtés du 20 avril 2022, la préfète de la Loire a rejeté leur demande, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office. Les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes n° 2206331 et n° 2206332 portent sur la situation des membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes utiles sur lesquels elles se fondent, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précisent le contenu des avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et rappellent les éléments déterminants du parcours de M. et Mme C qui ont conduit la préfète de la Loire à leur refuser la délivrance d'un titre de séjour. En outre, la préfète n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, caractérisant la vie personnelle des intéressés. Elles comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait devra être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. - L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. - Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que des rapports médicaux relatifs à la situation de M. et Mme C ont été établis le 10 février 2022 par le Dr. Cireno, médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. C'est ainsi, nécessairement au vu de ces rapports que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu ses avis du 8 mars 2022, produits en défense par la préfète et qu'elle vise dans ses décisions. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure relatif à l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. et Mme C soutiennent, devant le tribunal, être de nationalité palestinienne, ils se sont eux-mêmes revendiqués de nationalité libanaise au soutien de leur demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, comme l'indiquent notamment les rapports médicaux confidentiels destinés au collège de médecins de l'OFII qu'ils produisent, rédigés à partir de certificats médicaux établis par leur médecin à cet effet. Par ailleurs, les intéressés, réfugiés palestiniens au Liban, ont vocation à rejoindre ce pays en cas de retour dans le pays de renvoi. Ainsi, la préfète de la Loire, en s'en tenant aux mentions de l'avis du collège de médecins de l'OFII et en les considérant comme ressortissants libanais, notamment pour l'application des dispositions précitées, n'a pas commis d'erreur de fait. De même, c'est par une exacte appréciation des faits que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans son avis du 8 mars 2022, s'est prononcé sur la disponibilité au Liban, et non dans un quelconque autre pays, des soins dispensés aux requérants. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Loire aurait commis une erreur de fait n'est pas fondé, et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni de l'ensemble des pièces des dossiers que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants, notamment au regard de leur nationalité compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation des requérants doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

9. D'une part, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. C en qualité d'étranger malade, la préfète de la Loire s'est appropriée l'avis précité du collège de médecins en date du 8 mars 2022, selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. C soutient que son traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine, dans lequel il serait isolé. Toutefois, les certificat médicaux produits par le requérant, dont un est postérieur à la décision attaquée, et les rapports et articles de presse dont il se prévaut relatifs à la prise en charge des réfugiés palestiniens au Liban ne démontrent pas que M. C ne serait pas en mesure d'accéder personnellement à des soins. En effet, en se bornant tout d'abord à produire un certificat émanant d'un médecin généraliste, daté du 3 septembre 2021, indiquant, sans autre précision, la nécessité " d'examens médicaux urgents " et que " la présence de son épouse est indispensable auprès de lui à cause de son handicap majeur ", un certificat médical du 23 mai 2022 rédigé en des termes généraux par un pédiatre libanais postérieurement à l'acte attaqué, et des articles de presse sur l'état général du système de santé libanais, l'intéressé ne justifie pas de manière probante de l'indisponibilité du traitement dont il s'agit. Ainsi, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins quant à la disponibilité d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'une des filles de M. C réside au Liban de sorte que l'intéressé ne serait pas isolé et dépourvu de soutien en cas de retour dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque médical. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé.

10. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, la préfète s'est appropriée l'avis précité du collège de médecins de l'OFII, en date du 8 mars 2022, selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer pour l'intéressée de conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante conteste l'appréciation portée sur son état de santé s'agissant du défaut de prise en charge médicale qui selon elle devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. S'il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'arthrose du genou ayant conduit à la pose d'une prothèse totale du genou gauche en novembre 2020 aux Etats-Unis, et nécessitant l'utilisation d'une canne ou d'un déambulateur, les éléments produits par la requérante sont insuffisamment circonstanciés quant à la gravité de son état de santé et du risque lié à l'interruption de son traitement et ne suffisent ainsi pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, si Mme C expose que les médicaments nécessaires au traitement de son état de santé ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui repose non sur la disponibilité de soins dans le pays d'origine de l'intéressée mais sur l'absence de conséquences d'un défaut de prise en charge de son état de santé. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. D'une part, les requérants, qui ont seulement présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne constituent pas le fondement des décisions attaquées.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C, âgés respectivement de 81 ans et 78 ans, résident en France depuis moins d'un an à la date des décisions attaquées et ne démontrent aucune insertion sociale ni vie privée et familiale intense, ancienne et stable. La présence en France de trois de leurs enfants français, dont l'un d'entre eux les héberge, ne suffit à démontrer qu'ils y auraient déplacé le centre de leur vie privée et familiale dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence au Liban où ils n'établissent pas être isolés dès lors que leur fille y réside. Par ailleurs, comme il a été dit précédemment, M. C pourra effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine et Mme C n'établit pas que l'interruption de sa prise en charge médicale devrait entraîner des conséquences d'une particulière gravité. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions attaquées n'ont pas porté, eu égard aux buts qu'elles poursuivent, une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale et, par suite, n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et en l'absence d'autre élément, les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que la préfète aurait entachée ces décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, M. et Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour prises à leur encontre, leur moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

16. Comme il a été dit précédemment aux points 9 et 10, M. C pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et Mme C n'établit pas que l'interruption de sa prise en charge aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. En l'absence d'indication particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont seraient entachées les mesures d'éloignement doit également être écarté.

17. En dernier lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqués, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les mesures d'éloignement doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 13 s'agissant des refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

18. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions de la préfète en date du 20 avril 2022 fixant le pays de destination seraient illégales du fait qu'elles seraient la conséquence d'obligation de quitter le territoire elles-mêmes illégales.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulations des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonctions.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

20. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement aux requérants, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2206331 et 2206332 de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et Mme B C et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme D, première vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La première vice-présidente,

C. DLa présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2206331 ' 220633

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