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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206336

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206336

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2022, M. E C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé d'admettre M. E au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;.

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en considérant qu'il était à la charge de ses parents alors qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel depuis le mois de février 2022, la préfète a entaché sa décision d'une erreur de fait

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022, rectifiée le 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F

- et les observations de Me Huard représentant M.E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant arménien, né le 22 décembre 2003, déclare être entré en France le 3 janvier 2018 accompagné de ses parents et de ses deux frères mineurs. L'intéressé a sollicité à titre principal, un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du même code. Par un arrêté en date du 8 juin 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'ensemble des décisions :

2. M. E soutient que l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivé. Toutefois, il vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 422-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et à l'obliger à quitter le territoire français. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la circonstance que la décision ne vise pas son insertion scolaire, ses perspectives universitaires et son parcours scolaire - qui ne révèle aucun défaut d'examen particulier- n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. Par suite, il comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant âgé de 18 ans résidait en France depuis seulement 4 ans à la date de la décision attaquée. En outre, il est célibataire et sans charge de famille, et ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 14 ans. S'il fait valoir la présence en France de ses deux parents, il convient de noter que ces derniers sont en situation irrégulière et se maintiennent sur le territoire français malgré deux mesures d'éloignement prononcées à leur encontre les 12 novembre 2020 et 6 novembre 2019 dont la légalité a été confirmée par la cour administrative d'appel de Lyon le 26 juillet 2021. Si M. E fait valoir sa parfaite maîtrise de la langue française, l'exemplarité de son parcours scolaire et se prévaut d'un contrat à durée indéterminée conclu en février 2022 pour exercer des fonctions d'équipier polyvalent dans la restauration, ainsi que de nombreux témoignages attestant de sa parfaite intégration, ces éléments ne permettent pas d'établir qu'il aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles. Enfin, s'il allègue l'impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Arménie en raison de persécutions, il ne l'établit par aucune pièce versée au dossier. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". L'article L.412-1 dudit code dispose que " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

6. Pour refuser le titre de séjour portant la mention " étudiant ", la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance d'une part, que M. E n'avait pas produit le visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L.412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part qu'il ne démontrait pas disposer de moyens d'existence suffisants. Au surplus, la préfète a considéré qu'il ne justifiait pas remplir les conditions permettant de le faire bénéficier de la dispense de visa prévue à l'alinéa 2 de l'article 422-1 du même code. M.E qui ne conteste pas ne pas avoir présenté de visa de long séjour au soutien de sa demande de titre de séjour étudiant, soutient qu'il, a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de quatorze ans et que suite à l'obtention de son baccalauréat en 2022, il poursuit des études supérieures en licence d'anglais à l'université Lyon III pour l'année universitaire 2022-2023. Il soutient également disposer des moyens d'existence suffisants en se prévalant d'un contrat à durée indéterminée conclu en février 2022 pour exercer un poste d'ouvrier polyvalent dans la restauration. Si effectivement M. E justifie exercer à temps partiel une activité professionnelle, il est encore à charge de ses parents. A supposer que la préfète de l'Ain a considéré à tort qu'il ne disposait pas des moyens d'existence suffisants, il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré du défaut de visa de long séjour. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a débuté sa scolarité en France à l'âge de 15 ans et a obtenu son baccalauréat en juin 2022, il ne justifie toutefois pas à la date de la décision attaquée de la poursuite d'études supérieures ni d'une entrée régulière sur le territoire français, conditions nécessaires pour obtenir une dispense de visa. En outre, s'il soutient que la préfète aurait dû tenir compte, à la date de la décision attaquée, de la nécessité liée au déroulement de ses études, à savoir le déroulement des épreuves du baccalauréat, il n'est pas contesté que M. E ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le titre de séjour mention " étudiant ", la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en droit d'asile. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que la mention dans la décision attaquée de ce qu'il ne disposait pas de moyens d'existence suffisants résulte de l'appréciation portée par la préfète sur sa situation. Cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait fondée sur ce seul motif pour refuser à M. E la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 4.

10. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés précédemment.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme F, premier vice-présidente,

M.Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La première vice-présidente,

C. F

La présidente

G.Verley-Cheynel

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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