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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206348

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206348

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2022, Mme A B, représentée par Me Thinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 août 2022 par lesquelles la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Mme B soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles portent atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne précitée, eu égard aux risques encourus en cas de retour au Nigéria ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B, enregistrée le 13 septembre 2022 ;

- l'arrêté du 12 juillet 2022 publié le 13 juillet 2022 portant délégation de signature à M. C D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. En premier lieu, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que les décisions attaquées ne sauraient être entachées d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. L'arrêté susvisé ayant été régulièrement publié, et le Tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que M. D, a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme B soutient avoir été privée de la possibilité de présenter des observations avant l'édiction de la mesure d'éloignement prise à son encontre, elle ne précise pas quels sont les éléments qu'elle aurait été ainsi empêchées de faire valoir et qui étaient utiles à l'examen de sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Mme B, de nationalité nigériane, est entrée en France selon ses déclarations le 2 février 2019 pour y demander l'asile. Sa demande a été définitivement rejetée le 26 avril 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Mme B ne justifie d'aucune attache personnelle en France, à l'exception de son jeune fils né en 2019 qui a vocation à repartir avec elle. Dans ces circonstances, elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En dernier lieu, Mme B n'apporte aucun élément en vue de démontrer qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'en outre, sa demande d'asile a été rejetée. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne précitée ne peut donc qu'être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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