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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206420

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206420

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 août et 9 novembre 2022, M. C E, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'illégalité dès lors qu'il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté en litige ;

- le refus de séjour en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui lui sont opposées entache d'illégalité la décision fixant son pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 octobre 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Dachary pour M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant thaïlandais né en 1983, M. E demande l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

3. L'arrêté du 26 juillet 2022 a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que le préfet du Rhône lui a donnée par un arrêté du 8 juin 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du refus de titre de séjour en litige doit être écarté.

4. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par M. E en vue de la poursuite de ses études, le préfet du Rhône s'est fondé, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressé dans son cursus universitaire. Si le requérant fait valoir le sérieux de son projet, les problèmes de santé et les difficultés d'ordre psychologique et matériel qu'il a rencontrés en raison notamment de l'épidémie de Covid 19, d'une agression dont il a été victime et de l'éloignement de ses parents, ainsi que les efforts qu'il a déployés en vue de poursuivre ses recherches, il est toutefois constant que, comme le relève la décision en litige, M. E n'a pas été en mesure de valider la 2nde année du master de lettres modernes dans laquelle il s'est inscrit à trois reprises, ne pouvant ainsi justifier depuis son entrée en France en 2018 que de la validation de la 1ere année de ce cursus. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Les circonstances dont M. E fait état, tirées notamment de son engagement associatif, de son exercice d'une activité professionnelle et de la perspective qui s'offre à lui d'enseigner à terme la littérature française en Thaïlande, ne suffisent pas davantage pour considérer que le préfet du Rhône a, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. E n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

6. Traduisant un examen particulier de la situation du requérant, l'arrêté critiqué fait état du fondement de la demande de titre de séjour en cause, du rejet de cette demande pour les motifs qu'il explicite et des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile habilitant le préfet à prescrire l'éloignement de l'intéressé dans une telle hypothèse. Par suite, les moyens tirés par le requérant du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Pour soutenir que son éloignement porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. E fait valoir, outre le sérieux de son projet universitaire, sa bonne intégration en France et, notamment, son implication dans le milieu associatif. Compte tenu toutefois des conditions et de la durée du séjour du requérant en France, où il est entré en qualité d'étudiant au mois de septembre 2018 et où il ne fait pas état d'attaches particulières, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont il est fait état ne permettent pas davantage de considérer qu'au regard des conséquences de l'éloignement du requérant sur sa situation personnelle, le préfet du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

8. Compte tenu de ce qui précède, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire qu'il conteste entache d'illégalité la décision fixant son pays de destination.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet du Rhône du 26 juillet 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme D, 1ere vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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