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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206424

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206424

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, M. A C B, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles le préfet de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de séjour n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également l'intérêt supérieur de son fils mineur en violation de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée ainsi que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en ce qu'elle est prise pour l'application d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle est prise pour l'application d'un refus de séjour lui-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques encourus en cas de retour en République démocratique du Congo.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Béligon, substituant Me Bescou, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories () qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

3. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, est entré en France au mois de janvier 2018 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 13 septembre 2021. Il est constant que M. B, qui est marié avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable dix ans, entre dans la catégorie des étrangers éligibles au regroupement familial, quand bien même il ne remplirait pas les conditions de ressources ou de logement fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour en bénéficier. Il ne peut donc valablement soutenir que le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaîtrait l'article L. 423-23 précité.

4. Toutefois, si le mariage du couple, qui date du 22 janvier 2022, était récent à la date de la décision contestée, la vie commune entre M. B et son épouse est établie par les pièces jointes au présent recours depuis le mois d'avril 2021. Par ailleurs, le couple a donné naissance à deux enfants sur le territoire français, l'un décédé quelques jours après sa naissance au mois de janvier 2021, l'autre né le 30 mai 2022, deux mois seulement avant la décision en litige. En outre, l'épouse du requérant, qui dispose d'une carte de résident en qualité de membre de famille de ressortissants de l'Union européenne, est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée comme infirmière. Enfin, de nombreux témoignages au dossier attestent de la stabilité du foyer formé par M. B et son épouse. Dans ces circonstances, et en dépit du caractère récent de la constitution de la cellule familiale de M. B en France, le refus de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée. Il doit donc être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et la décision désignant le pays de renvoi, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que la préfete de l'Ain délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, pour le tribunal, de lui ordonner d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de l'Ain en date du 25 juillet 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Ain de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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